Vie de parent

« Elle a raté son année et tout s’effondre, pour elle, pour nous »

Mauvaise méthode de travail, mauvais choix d’orientation, il y a presque autant de raisons que de jeunes qui sont en échec. Ainsi, des jeunes n’ayant pas d’atome crochu avec certaines matières s’y dirigent, par ignorance, par facilité (proximité) ou par contrainte. L’échec apparaît alors comme une occasion de remettre les choses à plat, d’analyser les causes et de corriger le tir.

« Elle a raté son année et tout s’effondre, pour elle, pour nous » - Thinkstock

Il ne faut jamais dire que des choix ont été faits et qu’on ne peut pas revenir en arrière. Rater, c’est l’occasion pour le jeune de réinterroger sa personnalité, son parcours, ses intérêts, les objectifs qu’il a ou qu’il n’a pas. Mais c’est aussi une opportunité pour le parent de réfléchir à la liberté qu’il donne à son enfant de faire ses propres choix et donc à la confiance qu’il place en lui.
Alain Ghilissen, agent social au sein d’un PMS bruxellois, rappelle : « Il est important de travailler l’orientation individuellement, mais sur le plan collectif également, en renforçant la collaboration entre école-parents-PMS et élève, tout en sachant que les professionnels doivent préserver leur mandat et leur déontologie. »
Certes le choix est loin d’être facile. Tout d’abord parce qu’il y a pléthore de métiers et qu’il est difficile, voire impossible, de les connaître tous ! Par défaut, le jeune s’orientera vers ce qu’il croit connaître, à savoir les jobs les plus communs. Ensuite, parce que certaines idées préconçues, notamment en ce qui concerne certaines filières, les découragent à suivre une voie qui pourrait les tenter sans oublier ceux qui subissent des influences extérieures (parents, amis, connaissances, etc.).
Pas simple, dans un tel contexte, de savoir ce que l’on veut vraiment ! Et pourtant, pour réussir et s’épanouir professionnellement, bien s’orienter est le b.a.-ba. Jeunes (et plus vieux étudiants) nous livrent quelques-unes de leurs expériences malheureuses dont vous pourrez certainement tirer profit !

D’abord, bien s’informer

Pour prévenir l’échec, il faut d’abord bien s’orienter et donc bien s’informer. Cela induit de prendre en compte toute une série de facteurs : personnalité, centres d’intérêts, contraintes, capacités, etc. La formation et les professions sont des secteurs en constante évolution. D’où l’importance de se renseigner sur les types de formation : les filières d’études (types, formes, options), l’offre d’enseignement des enseignements scolaires et autres lieux de formation, la législation scolaire (passerelles, conditions d’admission, dates limites de changement d’orientation, etc.) mais aussi sur les métiers et les différents « chemins » pour s’y former.
Le parcours de Christine, 35 ans, kiné, en dit long : « J’ai fait mes secondaires en latin, puis en sciences, car je pensais m’orienter vers la pharmacie ou la médecine. En première année de bachelier en médecine, la réalité est rude : on nous annonce d’emblée que les élus seront rares. Les horaires sont éreintants et ne laissent aucune place à toute autre chose. Or, je suis quelqu’un qui a besoin de bouger et l’idée de passer sept ans à ne faire qu’étudier me rend dingue. En avril, après deux sessions d’examens plus ou moins réussies, j’ai compris que ce n’était pas fait pour moi. J’ai alors réfléchi et trouvé ce qui me convenait : la kiné. Je n’avais jusque-là jamais vu de kiné mais, à vue de nez, sept heures de sport par semaine, un contact régulier avec des médecins, un aspect social, la possibilité de soigner des enfants : tout y était ! J’ai fait mes quatre années d’études à l’ULB, puis une spécialisation en neuropédiatrie (kiné Bobath). Je suis hyper épanouie dans mon métier ! »

Changer d’option…

Colin, 17 ans, 5e technique artistique, n’a pas hésité, en quelques petits jours à se retourner et à prendre résolument une autre voie. « J’ai raté ma 5e et j’ai dû me décider en trois jours après les résultats des examens de passage. Ça m’a mis la pression ! J’ai changé d’école pour changer d’option et faire des études artistiques. Je me sens beaucoup mieux maintenant. »
Ainsi, de nombreux élèves autres que Colin se dirigent naturellement en supérieur, vers ce qu’ils ont cru être bon pour eux en secondaire. Et là, désillusion, le cursus ne répond pas à leurs attentes : trop compliqué, inintéressant, pas assez concret, etc. L’une des raisons est souvent de l’ordre du relationnel : certains élèves peuvent avoir accroché à un cours parce que le professeur était passionnant et ont eu l’illusion d’être faits pour cette matière. À tort, parfois. Dans d’autres cas, c’est l’implication exigée qui est sous-estimée.

Changer d’école

Le plus bel établissement scolaire du monde ne peut donner que ce qu’il a. Et parfois, il ne peut pas offrir la section qui colle parfaitement au projet de votre enfant. Ce fut le cas pour Aurélie, 20 ans, en 5e puériculture. Étudiante en stylisme à Francisco Ferrer, elle s’est rendu compte vers 18 ans, malgré d’honorables résultats, que ce métier n’était pas pour elle. Le parcours du combattant a alors débuté… et elle s’y est accrochée.
« J’ai arrêté l’école en novembre et j’ai bossé pendant dix mois dans l’HoReCa, etc. En septembre, je me suis inscrite à Erasme pour devenir sage-femme. Les études étaient passionnantes, mais j’avais occulté un aspect : la vie de famille, quasi inexistante dans ce métier. J’ai repris un petit boulot tout en continuant mes études, mais j’étais découragée. Finalement, à 20 ans, je me suis inscrite en 5e secondaire en puériculture. Lorsque j’étais en humanités, j’ignorais qu’il existait ce type de section. Je pensais qu’il n’y avait que celles proposées dans mon école (latin, maths, langues, sciences, etc.). J’aime ma formation, qui me permettra d’avoir un emploi stable... »

Recours : les cours du soir

Jean-Baptiste, 34 ans aujourd’hui et quatre enfants plus loin, met en garde les étudiants qui se laissent trop pousser par leurs parents, même si ceux-ci ne leur veulent que du bien. Et démontre par la même occasion qu’il est toujours possible de se réorienter, via des cours du soir.
« J’étais dans un collège qui faisait l’apologie de la réussite, du chemin tout tracé. En sortant de rhéto, je pensais savoir très clairement ce que je voulais : un an en Australie, puis des études de droit. Mes deux premières années se sont passées sans encombre, me confortant dans mon choix. En première année de master, ça a basculé. J’ai réalisé que ce n’était absolument pas ce que je voulais faire de ma vie. Mais c’était trop tard. Poussé par mes parents, je me suis acharné et j’ai triplé ma maîtrise. Je me suis alors réorienté vers les sciences du travail, deux ans en cours du soir. »

C. V. N.

En pratique

CE SERAIT QUOI MON MÉTIER ?

Pour essayer de savoir au mieux ce que votre jeune voudrait vraiment faire de sa vie professionnelle, voici neuf questions à lui proposer de se poser :

  • Veut-il voir du pays ?
  • Aime-t-il accueillir ou communiquer ?
  • Rêve-t-il de vivre au grand air ?
  • S’imagine-il faire du business ?
  • Les techniques le passionnent-il ?
  • Aime-t-il manier les chiffres ?
  • Se sent-il bien en conseillant et en aidant ?
  • Ses talents artistiques le titillent-il ?
  • Aime-t-il soigner et sauver ?

Témoignages

Bifurcations

Après avoir raté ma 5e secondaire, mes parents m’ont envoyé dans un collège strict. Mon échec était dû, selon eux, à mes mauvaises fréquentations. J’y ai passé deux ans et après ma rhéto, je ne savais absolument pas quoi faire. Le frère de mon petit ami faisait des études commerciales à l’EPHEC et m’a proposé de le suivre. Ce que j’ai fait. J’ai très vite détesté : Bruxelles, mes cours, l’université... Rien de tout cela ne me convenait ! J’ai arrêté mes études, dégoûtée. Hors de question pour moi d’entreprendre autre chose. Après quelques mois d’inactivité, mes parents m’ont envoyée travailler dans une usine, à la chaîne ; pour voir ‘à quoi ressemblerait ma vie sans diplôme’. C’était une sacrée claque ! J’ai très vite décidé de reprendre des études, en infirmerie cette fois. Les cours m’intéressaient mais, au cours de me stages, je me suis rendu compte que le milieu hospitalier ne me plaisait pas. Bref, au bout de deux ans, je n’en pouvais plus. J’ai alors entamé des cours du soir en comptabilité, pour avoir un diplôme. Parallèlement à mes études, je travaillais régulièrement chez un fleuriste et j’aimais ça. Il m’a fallu six ans pour réaliser que finalement, c’était ça, mon métier.
Candice, 37 ans, fleuriste

Le nouveau Cousteau !

À la fin de mes humanités scientifiques, j’étais passionné par les animaux et je rêvais d’étudier la biologie animale pour observer les animaux, découvrir, de nouvelles espèces, etc. Un métier qui n’en était pas un aux yeux de mes parents qui avaient d’autres aspirations pour moi. Ils m’ont alors emmené voir un pharmacien qui faisait de la recherche biomédicale en laboratoire. Et je me suis laissé convaincre. Une première année brillamment réussie, j’ai obtenu mon bachelier sans trop de difficultés. Il me restait alors deux années de master. Difficile alors de se désengager lorsqu’on réussit. J’avais envie de travailler assez vite et je ne me voyais pas entreprendre à nouveau cinq années d’études. J’ai les ai poursuivies quand même tout en sachant que je ne voulais pas devenir pharmacien. Quelques années plus tard, j’ai suivi une formation en finances à l’INSEAD (MBA en business) et il y a quatre ans, j’ai lancé ma boîte. Je suis très heureux dans mon boulot mais je me demande encore aujourd’hui ce que je serais devenu si j’avais suivi ma propre voie...
Julien, 38 ans, entrepreneur 

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