3/5 ans

3 à 5 ans : l’âge d’or du jeu symbolique

On les sait curieux de tout, dévorant apprentissage après apprentissage. Mais sait-on que leur cerveau fonctionne à plein régime et consomme deux à trois fois plus de glucose que notre pauvre cerveau d’adulte ? Ils ont bien besoin de ce gros apport de sucre, les petits de 3 à 5 ans, pour mettre en route leur créativité et entrer dans le jeu symbolique à jouer à faire semblant. Attention, histoires tous azimuts !

3 à 5 ans : l’âge d’or du jeu symbolique

Sylvie Van Lint, chercheuse en sciences de l’éducation (ULB) :

L’imaginaire, un passage à l’abstraction

En maternelle, l’enfant n’est plus seulement dans la découverte de son corps et de ses sensations. Grâce au développement du langage et du vocabulaire, il est de plain-pied dans le jeu symbolique. Cette nouvelle étape dans ses apprentissages va lui permettre d’enfin commencer à jouer véritablement avec les autres enfants : en entrant en relation avec les copains, le petit découvre aussi que ceux-ci ne pensent pas ou ne jouent pas nécessairement comme lui.
En inventant des histoires tous azimuts, une série de portes s’ouvrent. L’enfant n’est plus seulement dans ce qu’il vit ou a vécu, il est aussi dans la permanence des choses car il sait que ce qu’il ne voit pas, ce qu’il ne peut pas toucher du doigt existe malgré tout. L’imaginaire, c’est donc la préparation à l’abstraction qui est un passage difficile et que l’enfant découvrira plus tard, avec l’apprentissage de l’écriture, de la lecture ou des mathématiques.
Cet imaginaire que l’enfant développe en jouant, en s’inventant des histoires, en lisant un livre ou encore en regardant un spectacle va lui apprendre à avoir un regard méta sur les choses : quand il construit un mur avec des coussins dans le salon, il sait bien que ce n’est pas un vrai mur. Il va donc apprendre à se décentrer progressivement de lui-même et des situations qu’il rencontre tous les jours, d’une dispute à la cour de récré par exemple, ce qui va l’aider à mieux supporter les aléas de la vie.
Autre évolution : l’enfant se rend compte que pour jouer avec ses copains, les règles sont nécessaires. Mais à cet âge, il a encore très envie que ce soit lui seul qui les donne.

« Notre fille ne cesse de s’inventer des histoires, dans la voiture, dans le bain, à table ou toute seule, avec ses poupées ou ses Playmobil. Je ne sais pas où elle va chercher toute cette imagination, ce vocabulaire aussi, tant elle emploie parfois des mots très à propos. Par contre, depuis peu, elle nous déstabilise un peu tant ce qu’elle nous raconte, notamment en rentrant de l’école, est plausible. L’autre jour, elle est parvenue à me faire croire que sa maman avait eu un accident de voiture avec elle… avant que l’on se rende finalement compte, plus tard, qu’elle avait tout inventé. » 
Bert, papa de Lisa, 5 ans
 
« Chez nous, tout est jeu ! Je dois plier du linge, hop, les jumelles sont à côté de moi. Elles s’occupent des chaussettes, reconstituent les paires et on en profite pour papoter et s’inventer des histoires : à chaque lessive, on retrouve notre fil conducteur, les aventures de la famille Chaussettes où, étrangement, se mêlent souvent des péripéties très proches de celles que vivent mes filles. Je ne vous cache pas qu’on met beaucoup plus de temps pour arriver au bout de la manne. Mais qu’importe, c’est notre petit moment privilégié à nous trois, sans les grands et leur papa. »
Maïté, maman d’Ana et Zoé, 3 ans, Alicia, 9 ans, et Marius, 12 ans

En pratique, que faire ?

• La magie de l’histoire. Emmenez votre enfant au spectacle (musique, danse, théâtre) et, après la représentation, observez ses réactions, laissez-le exprimer ce qu’il a ressenti. Et s’il est muet, parlez de vos propres émotions, ce qui l’aidera à décoder les siennes, à développer son fameux regard méta.    
Le pouce et l’index. Enfiler des perles en bois, mettre des petits cailloux dans une boîte, apprendre à faire ses lacets et même (avec vous, cette fois !), taper sur un clou avec un marteau ou couper des petits légumes : autant de jeux qui feront travailler l’index et le pouce, un geste qui développe la fine motricité et qui est une préparation idéale à l’écriture.
La danse d’Elsa. Votre gamine veut encore et toujours enfiler son tutu et danser sur la musique de la Reine des Neiges ? En incarnant un personnage, elle est dans l’imitation, dans la mémorisation aussi des paroles. Mais aussi dans la répétition d’un exercice grâce auquel elle va progressivement peaufiner ses gestes.
Surtout, ne l’empêchez pas de se prendre pour Elsa mais il y a une limite à tout rêve : elle ne se déguisera pas pour aller à l’école. En classe, elle est une petite fille et pas une princesse.
Le trottoir créatif. Sur le chemin de l’école ou en balade, métamorphosez-vous, vous et votre enfant, en chasseurs de trésors. Un papier qui brille, un bout de bois à la forme bizarre, une coccinelle ou la bogue d’un marron sont autant d’éléments pour s’inventer des histoires. 
Pas de jeu sans règle. Vous pouvez jouer à tout mais seulement après avoir posé le cadre. Vous faites la course pour le premier habillé ? D’accord, mais votre petit doit savoir que le quart d’heure échu, s’il est toujours à jouer avec son pantalon, vous aurez le droit de vous fâcher.

A. T.

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