3/5 ans

Accidents domestiques :
les enfants en première ligne

Pas de couteau ou de médicament à portée des enfants, pas de poignée de poêle tournée vers l’extérieur… Le fameux « Fais pas ci, fais pas ça ! » vaut aussi pour les parents. Selon le professeur Clément de Cléty, pédiatre aux Cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles, la moitié des accidents domestiques pourrait être évitée grâce à des mesures de prévention. Il en a évoqué les principales lors d’une conférence à la Fondation Laly qui œuvre contre les dangers à la maison.

Accidents domestiques : les enfants en première ligne

Les chutes

Ce sont les enfants de moins de 5 ans qui sont les plus exposés aux dangers domestiques. Une des raisons : leur corps est disproportionné et présente une tête beaucoup plus lourde que le bas du corps. Un enfant qui fait une longue chute, se retourne et tombe la tête la première.
Combien de parents, même prévenus, n’ont-ils pas vu leur enfant tomber de la table à langer ? Il suffit de quelques secondes d’inattention - la grande sœur qui fait une bêtise, le repas qui brûle - et le bébé roule en bas de la table. La chute ne sera que de 1m20 de haut, mais cela peut suffire à causer un traumatisme crânien. Même risque pour les chaises hautes dans lesquelles les petits doivent être attachés.
Il existe aujourd’hui du matériel de qualité qui peut prévenir les chutes. Des barrières pour les escaliers à placer au-dessus, mais aussi en-dessous, (un enfant peut descendre mais il peut aussi monter et tout dégringoler), des systèmes de blocage pour les fenêtres qui empêchent que le petit ne puisse les ouvrir et tomber d’un ou plusieurs étages. Enfin, les lits superposés à cet âge-là sont vivement déconseillés et les trotteurs sont à proscrire. L’association européenne pour la sécurité des enfants milite aujourd’hui auprès de l’Union européenne pour interdire la vente de ce jouet jugé dangereux.

► Les gestes qui sauvent : si la sécurité de l’enfant n’est pas menacée, laissez-le là où il est tombé et ne procédez à aucune manipulation. Dans le cas contraire, déplacez-le en bloc. Quatre personnes minimum seront nécessaires, dont idéalement un médecin ou un secouriste. La tête de la victime doit être alignée sur le tronc, en évitant toute torsion ou flexion du corps. Vérifiez ensuite si l’enfant est conscient et s’il a une respiration normale. S’il est conscient, couvrez-le. S’il est inconscient, donnez les premiers soins de réanimation en attendant les secours (voir encadré Apprendre à sauver).

Les étouffements

Jusqu’à 1 an, le bébé n’a besoin ni de couette ni d’oreiller ni de tour de lit, une turbulette suffira à le tenir au chaud dans son propre lit. Couette, couverture, oreiller, tour de lit, etc., peuvent empêcher une bonne ventilation, l’enfant pouvant alors s’intoxiquer avec son propre CO2. Autre détail qui a son importance : les barreaux du lit doivent être assez rapprochés pour ne pas laisser passer la tête d’un bébé.
Faire dormir bébé dans le lit parental est également à proscrire. Dans son sommeil, l’adulte pourrait coincer le nourrisson dans une position l’empêchant de respirer.
L’enfant peut aussi s’étrangler avec de petits objets comme des petites pièces de jeu (ou de monnaie). Les âges de référence sur les boîtes de jeux sont toujours à prendre en considération, non pas en matière de capacité de l’enfant à jouer, mais pour la sécurité de celui-ci. Il ne faut donc pas laisser traîner les jouets des plus grands en présence des tout-petits : si Lego et Duplo s’adressent à deux publics différents, c’est pour des raisons de sécurité. De la nourriture peut aussi faire fausse route et aller dans les voies respiratoires.

► Les gestes qui sauvent : si le corps étranger est invisible, n’allez jamais le rechercher avec un doigt. Si l’enfant tousse, laissez-le faire, il peut rejeter lui-même ce qui fait obstruction. Si l’enfant est inconscient, il faut appliquer la méthode de réanimation cardio-pulmonaire « 30+2 » (voir encadré Apprendre à sauver). Si l’enfant a plus de 1 an et est conscient, faites cinq frappes dans le dos entre les omoplates puis cinq compressions abdominales.

Les noyades

Quatre cas de noyade sur dix concernent un enfant de moins de 4 ans. Les piscines sont bien sûr en cause mais un enfant peut aussi se noyer dans un bain. Vingt à trente centimètres d’eau suffisent. Aucun enfant de moins de 4 ans ne doit être laissé seul dans son bain sans surveillance. Et aucun enfant de moins de 10 ans ne peut être responsable d’enfants plus jeunes dans le bain. Votre téléphone et votre repassage attendront. Ne comptez pas sur un siège de bain : il s’agit d’une fausse sécurité, l’enfant peut en sortir, glisser et se cogner la tête.

► Les gestes qui sauvent : si un enfant se noie, ne prenez aucune mesure de drainage, ne mettez pas la tête en bas. Cela ne sert à rien et cela peut être dangereux s’il y a un traumatisme à la colonne vertébrale. Mettez la victime à plat et réanimez-la dès que possible. Mais si elle respire, mettez-la en position latérale de sécurité pour éviter qu’elle ne s’étouffe si elle recrache de l’eau ou si elle vomit (voir encadré Apprendre à sauver)

Les brûlures

Alors que le bain est un moment de détente, il peut aussi être le lieu d’accident. Pour rappel, la température de l’eau du bain doit se situer autour de 37°C. Par précaution, il faut régler la température maximale de votre circuit d’eau chaude sur 50°C, ce qui permettra déjà d’éviter une brûlure très importante si l’enfant joue avec un robinet et s’asperge.
Le café du matin ou la tisane du soir peuvent aussi brûler votre enfant si vous avez un mouvement maladroit près de lui. Pensez à poser votre tasse au milieu de la table, hors de portée de vos petits aventuriers. Autres opérations de bon sens qui font aussi partie de l’arsenal de prévention : pas de bougie allumée à la portée des enfants, installation de cache-prises, de cache-interrupteurs et de détecteurs de fumée.

► Les gestes qui sauvent : il faut appliquer la règle des « 20-20-20 », à savoir faire couler doucement et délicatement de l’eau tiède (20°C) sur la brûlure à 20 centimètres pendant 20 minutes. Ensuite, la zone doit être couverte d’un linge stérile ou d’un tissu propre en coton, imbibé d’eau. Il ne faut jamais retirer un vêtement brûlé, cela pourrait arracher un morceau de peau auquel un tissu synthétique aurait adhéré complètement.

Les intoxications

Un jour, le professeur Clément de Cléty a reçu dans son unité pédiatrique des urgences une dizaine d’enfants somnolents. La piste de l’intoxication au CO est rapidement écartée par des tests de sang. Il s’agit en fait d’une intoxication à un médicament de la catégorie du Temesta et du Valium. Un enfant a cru généreux de partager avec ses petits copains une plaquette trouvée chez ses parents…
On ne le répète jamais assez : il faut ranger hors de portée les médicaments et autres produits chimiques. En 2015, le centre anti-poisons a reçu 44 400 appels, dont le tiers pour des enfants âgés de 1 à 4 ans. Des plantes et des champignons peuvent aussi être la cause d’une intoxication. La rose de Noël est, par exemple, très toxique. Pensez à emmener avec vous l’objet de l’intoxication, s’il en reste, chez le médecin ou aux urgences. Cela peut faciliter le diagnostic.

► Les gestes qui sauvent : si l’enfant est inconscient, il faut appliquer les gestes de réanimation comme en cas d’étouffement et appeler immédiatement le centre anti-poisons. Il ne faut rien donner à boire ou à manger, cela pourrait provoquer des vomissements et le produit toxique passerait une seconde fois dans les voies digestives.

Julie Martin

En savoir +

Le rôle des parents et de l’entourage adulte ?

Il faut s’informer, se former et informer les autres. L’ONE a publié une brochure sur ces situations dangereuses. Éduquer, c’est apprendre à l’enfant à reconnaître lui-même les situations dangereuses, c’est lui montrer les gestes adéquats face au risque et lui expliquer le sens de nos interdits. C’est enfin le laisser agir tout en l’accompagnant.

En pratique

Les numéros d’urgence

  • le 112 pour les urgences médicales et les services d’incendie.
  • le 070/245 245 pour joindre le centre anti-poisons.

Avant de raccrocher, vous devez dire trois choses :

  • qui vous êtes,
  • l’adresse exacte où se trouve la victime,
  • l’état de la victime (inconscient, respiration normale…) et son âge.

Ne raccrochez pas tant que le service d’urgence ne vous a pas répété ces trois informations. Si le préposé considère que c’est nécessaire, il fera sortir un SMUR avec un médecin à bord.

Apprendre à sauver

  • Veiller à votre sécurité et à celle de la victime.
  • Vérifier si la victime est consciente.
  • Dégager les voies respiratoires et écouter si l’enfant respire.
  • S’il est inconscient et ne respire pas, appeler le 112 et faites la réanimation cardio-pulmonaire « 30+2 » : trente compressions sur la moitié inférieure du sternum et deux insufflations comme pour un adulte. Répétez des séries jusqu’à ce que l’enfant reprenne une respiration normale ou que les secours soient arrivés.

Pour les autres techniques de premiers secours très spécifiques comme la désobstruction par compression ou la position latérale de sécurité en cas de noyade, il est crucial de maîtriser les bons gestes. La Croix-Rouge organise des formations de premiers secours, dont une consacrée à la réanimation pédiatrique en trois heures. Renseignez-vous auprès de votre mutuelle, elle peut intervenir financièrement. D’autres associations proposent aussi ce type de formations, comme savemylife.be.

En chiffres

En Europe, 1 enfant de moins de 5 ans sur 5 500 serait mort en 2012 d’une blessure non intentionnelle selon l’OMS. En Belgique, 54 enfants de 0 à 5 ans en seraient décédés en 2011. Cela correspond à 10 % des décès infantiles. Les causes les plus fréquentes sont la noyade (25 % des cas), l’étouffement (19 %), les moyens de transport (16 %) et l’exposition à la fumée, au feu et aux flammes (9 %). (source : educasante.org)

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