Vie de parent

Animal, le docu à aller voir avec son ado

Il y a eu Demain, il y a aujourd’hui Animal. Le nouveau documentaire de Cyril Dion, c’est un petit peu une dose de rappel qui nous fait réaliser que l'être humain à intérêt à prendre soin de son environnement s'il veut continuer à vivre. Non, la nature n'est pas un simple décor.

Animal, le docu à aller voir avec son ado

Tout comme un astéroïde a mis fin aux dinosaures, l’humain serait la bombe qui ferait exploser tous les vivants de cette planète. Car, comme c’est parti là, il va être la cause d’une sixième extinction de masse. C’est de ce constat que partent Bella et Vipulan, une Anglaise et un Français de 16 ans, militant·e·s pour la cause écologique.

Après avoir manifesté dans la rue, ils partent d’un bout à l’autre du monde (avec un sentiment d’hypocrisie en prenant l’avion, voit-on dans le film) pour découvrir comment agir. De l’action locale sur les plages indiennes de Mumbaï nettoyées par Afroz Shah et ses volontaires au reboisement d’un pays entier au Costa Rica, en passant par le lobbying européen, les pâturages des Vosges où loups et brebis cohabitent, les thèmes brassés sont nombreux et complexes.

Le réalisateur arrive à rendre compréhensibles les enjeux, notamment grâce aux deux ados protagonistes. Et avec toujours la même recette qui fait mouche : commencer par un constat alarmant (à juste titre), avec des images qui tireraient des larmes aux moins sensibles d’entre nous, pour petit à petit distiller l’espoir et les pistes de solutions et, enfin, se sentir capables d’agir. Bref, tout ce qu’on aime au Ligueur. Et tout ce dont nos ados ont besoin à en croire les psys quand on leur demande comment accompagner une jeunesse à la fois en lutte et déçue du monde qu’on leur offre (voir interview en pages 12-13).

5 questions à Cyril Dion

Certaines images d’Animal sont assez dures. À partir de quel âge conseilleriez-vous le documentaire et comment accompagner au mieux son enfant dans ce visionnage ?
Cyril Dion :
« C’est bien de voir ce documentaire à partir de 10 ou 11 ans. Si les enfants sont petits ou sensibles, c’est bien de leur dire qu’il y a quelques images où on voit ce que l’humain fait aux animaux sauvages ou d’élevage. Mais que c’est aussi important de voir ça pour se rendre compte qu’il faut arrêter. Et puis, ne pas refuser ce qu’on a coutume d’appeler des émotions négatives. Ne pas refuser d’être en colère, d’avoir de la peine. C’est normal de ressentir cela quand on voit ce qu’on est en train de faire au monde sauvage. Ce serait même inquiétant qu’on ne ressente pas ces émotions. Ça voudrait dire qu’on est devenu complètement insensible. »

Et si ces émotions négatives prennent le dessus ?
C. D. :
« Parler avec eux. Être le plus honnête possible par rapport à l’état dans lequel on est nous-mêmes. Faut pas chercher à les rassurer en leur mentant. C’est normal qu’ils soient inquiets. Les ados peuvent être éco-anxieux, car ils sont comme des enfants dont les parents n’assureraient plus le cadre de sécurité. Ils se rendent bien compte qu’il se passe un truc grave et que personne ne gère.
Le premier truc à faire est donc de leur dire qu’on les comprend. Ensuite, réfléchissons ensemble à une manière d’agir. Se mettre en cohérence avec soi-même en tant qu’ado et engager ses parents dans cette action a participé à soigner Greta Thunberg d’un état de dépression. »

C’est pas toujours facile quand les parents ont encore d’autres habitudes ou sont eux-mêmes éleveurs par exemple.
C. D. :
« Même si les parents ne sont pas écolos, ils peuvent être touchés par la détresse de leurs enfants. Et ça peut, j’espère, les conduire à s’interroger sur le sujet. »

Vous êtes vous-même papa, comment vous faites en tant que parent et militant écologiste ?
C. D. :
« Oui, j’ai deux enfants, de 13 et 16 ans. J’ai commencé à en parler quand ils étaient tout petits et ça les a vachement angoissés. Donc, j’ai décidé d’arrêter, de les laisser avoir une enfance d’abord. Il m’a semblé que ce qui aurait le plus d’impact sur eux, c’est ce qu’on fait, nous. C’est de nous voir faire des choses, pas de nous entendre faire des choses.
Je me souviens de mon fils à l’âge de 6 ans. Il y avait des souris dans la maison. J’arrivais pas à m’en débarrasser. J’avais calfeutré les placards, laissé aucune nourriture à portée de patte, j’ai même essayé des ultrasons. Mais il y avait toujours des souris. En désespoir de cause, j’ai mis une tapette. Le lendemain, une souris s’est fait attraper. Mon fils arrive, regarde la souris, me regarde et me dit : ‘Ben, alors, l’écolo, on tue des animaux ?’. Là, je me suis dit que je pouvais avoir le plus beau discours du monde, si je n’agissais pas en fonction, ça n’aurait aucun impact. Donc, j’essaye d’être le plus cohérent possible, d’expliquer pourquoi, moi, j’agis de telle façon sans les obliger à le faire, eux. Et puis, je leur partage les choses sans les culpabiliser. »

N’empêche que la charge écologique en plus de tout le reste est parfois difficile à porter…
C. D. :
« Chacun fait ses choix en fonction de ses possibilités. Les couches lavables, par exemple, on a laissé tomber parce qu’on habitait dans un petit appart’ et que c’était au-dessus de nos forces et on a choisi des couches biodégradables. Au-delà de ça, on a fait attention à manger bio et local, à ne pas prendre l’avion. C’est peut-être une raison pour laquelle mes enfants m’en veulent d’ailleurs, ils n’ont pris qu’une fois l’avion dans leur vie. Je leur explique pourquoi : ‘C’est chiant, mais on le fait parce qu’on a des convictions’. »

Animal, de Cyril Dion, distribué par Cinéart et présenté à la presse au Museum des sciences naturelles, en salle actuellement.

Marie-Laure Mathot

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