Vie de parent

Aujourd’hui, où en sont-ils...
dans leur vie de tous les jours ?

De simples joujoux, les nouvelles technologies ? Et la dimension éducative, alors ? Pour évoquer cette relation à trois, parents-enfants-gadgets high-tech, nous nous sommes baladés dans les sphères scolaire et familiale. Et à cette occasion, mis notre nez dans le net profond (dit aussi darknet), cet espace suspect réservé aux trafics louches sur lequel les plus fouineurs de nos ados pourraient tomber. Quels impacts les nouvelles technologies ont-elles déjà aujourd’hui sur l’éducation ? Témoignages de parents, de profs et réflexions d’experts.

Aujourd’hui, où en sont-ils... dans leur vie de tous les jours ?

Donatien, deux enfants, 5 et 7 ans : « Des outils magnifiques »

Dans la famille, on raffole de tout ce qui est tablette, ordinateur, smartphone. Pas juste pour rester scotché bêtement sur un écran, mais pour apprendre aussi. Mon fils aîné a appris à lire grâce à des jeux très interactifs sur mon iPad. Ma fille de 5 ans connaît l’alphabet et les chiffres via des jeux éducatifs sur mon smartphone. Qu’est-ce que ça a de plus nuisible que la dictée magique de notre enfance, par exemple ? On se sert des outils que l’on a sous le coude. Peut-être que bientôt les enfants apprendront à lire sur des lettres en 3D ? Et des réacs diront : « Ça ne vaut pas nos bonnes vieilles tablettes d’antan ! ».

Hamza, un garçon de 10 ans : « Comme contaminés »

Je trouve qu’on nous l’impose, cet avenir high-tech. Le marketing, l’école, la pression des copains, des voisins, de la famille. On est contaminés. Cette nouvelle technologie, au final, c’est un placebo des apprentissages. La soif de connaissance, la curiosité intellectuelle, ce n’est pas derrière un écran que ça s’inculque. Un jour, on criera au génie parce qu’un gamin va écrire avec un stylo sur un cahier. Je le sens venir. Je n’éloigne pas mon fils de tous ces joujoux, puisque c’est incontournable, paraît-il. En revanche, je fais tout pour qu’il ait le plus d’activités manuelles possibles. Qu’il patauge dans la peinture, qu’il touche des instruments de musique, qu’il se salisse, qu’il palpe, qu’il ressente autre chose que la lumière d’un écran ou une petite caresse tactile.

Sylvain, trois enfants, 5 à 14 ans : « Est-ce que les choses ont changé ? »

Je partage l’argument de la stratégie marketing. Notre méfiance à l’égard des nouvelles technologies vient du fait que tous ces besoins ont été créés par des Apple et compagnie. Faire un exposé sur PowerPoint, d’accord. Mais c’était bien aussi de présenter des choses sur des grandes feuilles. Un tableau numérique à l’école. Bon. Allez, c’est peut-être plus pratique. Correspondre avec les profs par e-mail. Organiser les devoirs via Skype avec les mômes… Au final, est-ce si révolutionnaire que cela ? Est-ce qu’on n’essaie pas de se convaincre que l’on est dans un monde plus performant ? Votre opérateur vous plante, vous n’avez plus de connexion internet et, au final, toute cette superbe technologie révolutionnaire se réduit à des objets coûteux, sans utilité. C’est ce que j’explique à mes enfants. Savoir faire pousser un arbre, apprendre à faire la cuisine, savoir lire, écrire et dessiner, c’est ça miser sur le futur.

Erica, deux ados, 12 et 14 ans : « Le web des ténèbres »

Mes imbéciles de fils n’ont rien trouvé de mieux à faire que se balader pendant des mois sur le « darknet ». On ne connaissait pas non plus, c’est la poubelle du web, la face cachée. Ils ont joué les observateurs, prétendent-ils. On s’en est rendu compte un jour en ouvrant une plateforme bien connue : Tor. Ce qu’on y a trouvé est à vomir. Mes enfants n’ont pas réalisé du tout. Ils ont eu une sorte de curiosité morbide. Le goût de l’interdit. Ça me rend malade.

Angélique, trois enfants, 8, 12 et 17 ans : « Je déteste ces outils »

Quand je vois ce témoignage, quand j’entends plein d’autres histoires, liées au traçage, aux mômes accros à leurs petits appareils. Quand je vois à quel point ça semble nous éloigner plus que nous rapprocher, ça m’effraie. Personne ne se dit que l’on fonce tout droit vers les pires scénarios catastrophes de science-fiction ? Un copain de mon fils aîné passe plus de dix heures à jouer sur une plateforme de vie virtuelle, genre Sim’s. Dix heures ! Il gagne de l’argent virtuel, a une petite amie virtuelle, une maison virtuelle, des amis virtuels, il s’achète même des vêtements virtuels, alors que quand il quitte son ordi, il est habillé comme un sac à charbon. Et le pire, c’est que mis à part mettre mes enfants en garde, discuter avec eux, surveiller un peu leur consommation, je n’ai aucun poids sur tout ça. Je hais cette technologie.

Gilles, papa d’un « pirate » de 17 ans : « Un no man’s land virtuel »

Je ne devrais pas trop m’en vanter, mais je suis le papa d’un hacker. D’un pirate du web, quoi. Depuis qu’il est tout petit, il trouve des combines avec le téléphone, les calculettes, etc. Alors quand il a découvert le potentiel de l’ordinateur, ça a été comme une révélation. Ce qu’il fait est complètement illégal aujourd’hui. Mais qu’est-ce qu’on en dira dans vingt ans ? Tant qu’il ne nuit à personne, je trouve ça presque épatant. Il cracke des séries et les partage sur le web. Et quoi ? Moi, je télécharge. Je suis persuadé que si les autorités se dépoussiéraient un peu, consultaient des petits geeks comme mon fils et repensaient leurs économies plus en symbiose avec le potentiel high-tech, on ferait des merveilles.

Les experts réagissent

► Maryse Rolland, Child Focus : « Intégrer l’écran dans l’éducation »

Quand on se retrouve avec ses enfants de 3 et 7 ans au moment des « Pourquoi ? », c’est agréable de prendre sa tablette, d’y répondre de montrer des images, d’ouvrir la petite fenêtre du monde. Ce qui est encore plus génial, c’est de varier les sources d’informations. Rien ne remplacera la magie de tourner les pages d’un livre, mais l’un ne se fait pas au détriment de l’autre. Il faut donc intégrer cette dimension dans l’éducation.
Aujourd’hui, votre gamin de 12-13 ans est peut-être plus expert que vous avec tous ses gadgets, certes. Mais ça ne vous empêche pas de lui dire que vous l’encadrez, qu’il peut se tourner vers vous en cas de doute, de danger. Insistez aussi sur le fait que vous n’êtes pas les seuls interlocuteurs, qu’un professeur ou un des nombreux acteurs de terrain peut l’aider, qu’il y a ainsi toujours un filet de sécurité.
Vous voudriez en savoir davantage sur la vie cybernétique de votre enfant et surtout de votre ado ? Demandez-lui sur le même ton qu’un « Alors, bonne journée ? », « Que fais-tu ? », « À quoi joues-tu ? ». L’ado répondra, s’il en a envie, mais il sait au moins que vous gardez un œil sur son écran. Quant à l’enfant de moins de 12 ans, expliquez-lui qu’il ne doit pas faire sur le web ce qu’il ne ferait pas devant sa grand-mère et que le mot de passe, c’est comme une brosse à dents, ça ne se prête pas. Vous verrez, ça marche !
J’entends des parents qui me disent : « Plus d’internet, plus de problème ». En être privé pour un ado, c’est un drame. Ça revient à le couper de tout rapport social. C’est comme lui interdire d’avoir des relations amoureuses pour être certain qu’il n’ait pas le cœur brisé.

► Olivier Bogaert, spécialiste de la cyberdélinquance : « Le plus gros problème ? La dispersion des infos »

Pour donner plus de précisions, le « darkweb » ou « darknet », c’est la partie invisible du net. Comme un iceberg. Les infos transitent d’utilisateur en utilisateur, presque anonymement, donc. C’est le cas de la plateforme Tor, dont parle Erica. C’est bien sûr le terreau propice aux cybercriminels. D’un point de vue général, le plus à craindre, c’est la dispersion des infos. Enfants et ados ont une perception limitée de la façon dont on interagit avec le reste du monde. Ils se limitent à la famille, aux copains et à l’école. Ils se disent que tous les rapports qu’ils construisent en tant qu’utilisateurs de nouvelles technologies fonctionnent comme dans la sphère intime. C’est là où toutes les dérives sont possibles. Le discours éducatif doit donc impérativement porter sur les bons usages. Un exemple ? Le marché de l’emploi. Aujourd’hui, les recruteurs s’attachent d’avantage aux infos disponibles sur internet qu’au C.V. Sur deux profils correspondants, c’est le plus performant sur le web qui est retenu. Expliquez-le aux ados.  

Le Ligueur s’étonne…

… Notre journaliste parti enquêter sur les nouvelles technologies d’aujourd’hui et de demain se sent déjà presque dinosaure. « À 35 ans, j’ai pris un sacré coup au moral ! », s’exclame-t-il. Et de rajouter que ce sont les parents témoins qui lui ont fait découvrir très concrètement un univers totalement inconnu : le darkweb. D’où cette sensation déplaisante d’être un peu « dépassé ». Il faut dire que sa fille a tout juste 5 ans et que ce sont les enfants qui initient leurs parents aux tout derniers développements technologiques. Bien sûr, rassurez-vous notre journaliste connaissait théoriquement l’existence de la face sombre du web et de ses dangers. Mais… il n’y avait pas encore mis son nez. La bonne nouvelle ? Les 20-30 ans, ces natifs digitaux vont faire avancer à pas de géants les problématiques liées à l’éducation high-tech. Toute l’équipe du Ligueur compte sur vous, parents, pour poser les premières pierres afin que cette technologie constitue un outil constructif pour les générations à venir. Et vous promet de vous accompagner dans cette démarche empirique.

Yves-Marie Vilain-Lepage

Les bonnes adresses du Ligueur

  • clicksafe.be : Tout sur la sécurité en ligne pour les parents, enfants, ados et pros.
  • game-addict.org : Plateforme pour tous les problèmes d’addiction chez les jeunes.
  • e-Enfance.org : Une association pour lutter contre les dangers en tous genres, dont le cyber-harcèlement.
  • webetic.be : Child Focus et la Ligue des familles ont créé cette plateforme pour apprendre à gérer Internet au quotidien, ensemble, en famille.