Vie de parent

Aujourd’hui, où en sont-ils... dans leurs études ?

De simples joujoux, les nouvelles technologies ? Et la dimension éducative, alors ? Pour évoquer cette relation à trois, parents-enfants-gadgets high-tech, nous nous sommes baladés dans les sphères scolaire et familiale. Et à cette occasion, mis notre nez dans le net profond (dit aussi darknet), cet espace suspect réservé aux trafics louches sur lequel les plus fouineurs de nos ados pourraient tomber. Quels impacts les nouvelles technologies ont-elles déjà aujourd’hui sur l’éducation ? Témoignages de parents, de profs et réflexions d’experts.

Aujourd’hui, où en sont-ils... dans leurs études ?

Francky, prof de mathématiques : « On n’est pas des hommes des cavernes »

Je compte sur vous pour dire que l’école n’est pas peuplée d’incompétents qui ne savent pas allumer un ordinateur. J’ai plus de 40 ans et j’apprends plein de trucs à mes élèves. Je me sers de tout ce qui est en mon pouvoir pour dispenser des cours à la pointe. Non pas que ce soit indispensable, mais parce que ça leur parle. C’est leur monde. Un truc tout bête. Notez une formule à la craie sur un tableau, vous perdez plus de 50 % de la classe. Tapez sur un tableau numérique cette même formule, ils sont comme fascinés et suivent le cours. Flippant ? Non ! Les générations évoluent. Attendons de voir les résultats avant de juger.

Émilie, prof d’anglais : « L’an 2000 ? On en est loin »

Je ne partage pas l’enthousiasme de mon confrère. Si je me focalisais sur ma matière, on pourrait faire des choses fantastiques. On dit que le monde est à portée de main. Très bien. Je devrais pouvoir créer des échanges avec des classes anglaises ou américaines. Je devrais pouvoir les balader virtuellement dans le fin fond du Loch Ness ou au Brooklyn Museum. Un truc un peu actuel pour les stimuler. Au lieu de ça, j’en suis toujours à leur faire ouvrir le manuel à la page 42 et à leur faire répéter bêtement que « My tailor is rich ». Pourquoi ? Parce que nous sommes encore à l’âge de la pierre.

Rudolf, deux enfants, 11 et 16 ans : « Une affaire d’éducation avant tout »

Peu importe si l’on trouve cela dramatique ou non, je pense que l’on ne peut pas passer à côté de la progression irrépressible de cette technologie galopante. Autant outiller les gamins. Ne serait-ce que pour le monde professionnel qui se dessine. Qui aurait parié, il y a trente ans, que toute l’entreprise serait derrière un écran ? Le gros problème, c’est que l’école n’a pas saisi le virage. Elle ne prépare pas les gamins à ce monde high-tech. Et ce n’est pas avec un vidéo-projecteur et trois souris sans fil qu’elle va rattraper le retard. Donc, c’est à nous, parents, de dispenser cette formation. C’est normal. Chacun ses compétences. En tant qu’informaticien ou que tierce personne qui passe huit heures derrière un écran, je suis peut-être plus outillé qu’un prof de littérature pour élever mes mômes là-dedans. Si on veut que le futur soit un peu plus propre et plus éthique, ça passe par un apprentissage des bons usages de tout ce potentiel technologique. C’est trop important pour le déléguer à l’école. Parce que c’est affaire d’éducation avant tout.

Florent, une fille de 17 ans : « On les survend, nos mômes »

Ma fille et ses copains ont un sentiment de supériorité en ce qui concerne la chose technologique qui me dépasse complètement. D’où ça vient ? Qui leur a dit que c’est des chefs ? Ils tapent un SMS plus vite que leur prof, c’est vrai. Mais autrement, on n’a pas des petits génies programmateurs contre des profs qui n’arrivent pas à se servir de la photocopieuse. N’exagérons rien, le fossé n’est pas si énorme. L’école n’est pas équipée comme il faut pour permettre aux enseignants de montrer l’étendue de leur savoir-faire en la matière. Et dans un autre temps, arrêtons de faire croire aux ados qu’ils sont nés avec des superpouvoirs.

Assiah, deux enfants de 12 et 16 ans : « Plus de culture numérique »

Plein de choses ne vont pas dans l’école de mes enfants. Les bébêtes technologiques sont mal utilisées : elles restent de simples gadgets. Ces outils doivent d’abord servir à développer l’interactivité et la collaboration entre élèves, créer des liens au sein de la classe. Il faut que l’on enseigne la culture numérique, que ça devienne une matière. Je vois des choses qui me font hurler. Je trouve que laisser un élève seul face à un ordinateur en salle d’informatique, c’est un non-sens. Il doit être suivi par son enseignant qui va développer l’usage critique : les sources, les informations, distinguer le vrai du faux... Mais non, on continue à croire qu’un tableau numérique sans connexion internet, c’est aller dans le bon sens.

Les experts réagissent...

Christophe Butstraen, médiateur scolaire à la Fédération Wallonie-Bruxelles : « L’école n’a plus le monopole du savoir »

Utiliser des outils qu’emploient les ados permet de raccrocher certains des élèves, comme le déclare ce prof de maths. Arrêtons-nous sur cet exemple. Là, on a un prof high-tech, branché nouvelles technologies. Il fait découvrir un potentiel aux élèves. Il existe d’autres profs comme ce monsieur dans les écoles. Ils font ça très bien, ils donnent envie d’y croire. Seulement, ils sont une minorité. Leur formation, leur goût pour les nouvelles technologies se font à côté de l’école. Pour moi, ce sont comme des bénévoles.
Il faut être performant face aux élèves parce qu’il n’existe pas de plateforme adaptée à la structure. Il y a bien quelques essais comme Claroline qui permet de mettre des classes en réseau à travers le monde. Hélas, le corps enseignant manque de temps, de disponibilité. L’école n’a plus le monopole du savoir. Il faut qu’elle apporte autre chose que son syllabus.
Le rôle que doivent jouer ces outils technologiques ? Permettre à l’école de se servir de l’info. N’ayons pas peur d’être dépassés. Notre rôle, c’est de trier, hiérarchiser les infos. C’est mon mantra, ils ont le savoir-faire - l’iPhone 7 est vendu sans mode d’emploi, par exemple -, apportons-leur le savoir-être. Limitons les risques d’une mauvaise utilisation. Ça passe par du Wifi partout dans les classes pour commencer. Le fameux tableau blanc interactif ne sert qu’à faire du PowerPoint à l’heure actuelle.
Le tout numérique, c’est une utopie. Pourquoi pas le smartphone ? Pourquoi ne pas se servir de son potentiel ? L’école peut investir pour la vingtaine d’élèves qui n’en a pas dans le secondaire. C’est toujours plus intéressant qu’investir dans une tablette par élève et qui est dépassée au bout de deux ans. Il faut trouver une solution globale. C’est-à-dire des enseignants formés, des parents complices, des concepteurs de programmes, des industriels, des éditeurs qui coopèrent. Le tout de façon intégré, dit autrement : connecté pour que ça fonctionne et que l’on quitte enfin l’âge de la pierre.

Et donc ?

École et technologie ne s’articulent pas tout à fait de façon fluide. Loin de là. Une réalité économique, d’abord. Une mise en place ardue, ensuite. Des acteurs réfractaires, peut-être. Une non-volonté de se remettre en question, sûrement. Dommage, le potentiel est inouï, comme nous l’explique Marcel Lebrun dans la deuxième partie du dossier. Pourtant lorsqu’on écoute parents, professeurs et spécialistes, on a le sentiment que tout le monde est prêt à se retrousser les manches et à faire avancer le chantier. Alors, quoi ? Qu’est-ce qu’on attend pour désacraliser le savoir ? Penser en termes d’intérêt général ? Trouver des solutions simples et créatives qui permettraient aux élèves d’avoir envie d’apprendre. Demain, peut-être ?

Yves-Marie Vilain-Lepage

Les bonnes adresses du Ligueur

  • ecolenumerique.be : toutes les infos sur la culture numérique à l’école.
  • classeinversee.com : une école qui se sert du potentiel web ? Mais si, c’est possible, en voici quelques preuves.
  • Une tout autre école : envie de changement à l’école, toutes les infos sur le versant scolaire du mouvement Tout Autre Chose.
  • changement-egalite.be : une publication de ChanGements pour l’égalité qui sort cinq fois par an et qui aborde notamment les questions du numérique à l’école.
  • Facebook Christophe Butstraen Conférences, retrouvez sous forme de conférences ou d’ateliers toutes les thématiques liées aux réseaux sociaux, jeux vidéo, etc., soit toute une série de conseils pratiques et précieux.