Vie de parent

Bosse, mais n’y arrive pas

Bosse, mais n’y arrive pas

Ludovic, papa de Clément, 15 ans : « Il perd un peu pied » 

On a toujours dit de Clém que c’était un gros bosseur. Il a toujours travaillé beaucoup. Et puis est arrivé le secondaire. Un de ses profs a écrit un jour sur un bulletin pas terrible : « Ne travaille pas assez ». Injuste quand on sait qu’il fait des fiches, qu’il relit ses cours…Je n’ai jamais vu un enfant étudier autant. Hélas, on va de mal en pis. Et le premier bulletin de cette année est franchement mauvais. Il est effondré. La résolution de 2019, c’est de l’aider à mieux s’organiser et à s’aérer. Il perd un peu pied et devient de moins en moins efficace dans sa façon de travailler.

► Qu’est-ce que vous pouvez faire ?

Philippe Orban, professeur de langues, coordinateur du 1er degré et coordinateur régional du Brabant wallon chez Échec à l’échec 

Des cas comme celui de Clément, j’en vois souvent. Son père a compris le problème : ce n’est pas une question de capacité, mais d’organisation. Pour bien comprendre le problème, les élèves ont l’impression de faire tout ce qu’il faut puisqu’ils bossent des heures entières. Mais ils tapent à côté. Et là, s’enchaîne une sorte de spirale qui leur fait perdre confiance en eux. Plus ça va, moins les révisions et le boulot à la maison sont efficaces. Ils ont peur d’intervenir en classe. Ils n’ont plus aucune assurance. C’est une situation très pénible pour eux.

Retrouver l’étincelle

Ce que je recommande aux élèves dans ces conditions, c’est de suivre des cours de gestion mentale (voir Aller chercher de l’aide ailleurs). Dans un cas comme celui de Clément, le premier objectif, ce n’est pas d’enchaîner les bonnes notes, mais de regagner une certaine confiance en soi. Retrouver la petite étincelle. Une bonne note ou un examen de passage ne va pas tout réparer d’un coup.
En tant que professeur, je ne dis ou n’écris jamais sur un bulletin : « N’a pas étudié ». L’élève a peut-être passé des heures à bosser. Rien de plus décourageant pour lui. N’oubliez pas que dans ce genre de cas, le côté affectif joue beaucoup. C’est pourquoi j’invite les parents à prendre la mesure de la situation. Et d’en discuter avec le professeur. D’ailleurs, je remercie les parents quand ils le font. C’est important pour un prof de savoir si un élève est soutenu ou non chez lui. Quand je sais que ce n’est pas le cas, j’essaie de corriger cette injustice. Mes élèves savent qu’ils peuvent venir me voir. Que les parents poussent leur·s enfant·s à venir nous dire ce qui ne va pas à la fin d’un cours ou pendant la récré.

Rêve ta matière

Ce serait génial si les parents pouvaient jouer les modérateurs. Dans un cas comme celui de Clément, ils devraient dire : « Allez, arrête de travailler maintenant, ça ne sert plus à rien, tu te fatigues vainement ». Ça ne peut que leur servir pour la suite. À l’unif, par exemple, ils n’enchaîneront pas des heures de boulot pour rien au moment des blocus.
À cet âge, vos ados ne maîtrisent pas encore leur capacité d’apprentissage. À mon sens, le gros de la fonction des parents consiste à aiguiller l’enfant, à donner un sens, une orientation au boulot. Pas à le pousser pour le pousser. Hélas, je sais que les adultes ont de moins en moins de temps. Combien d’élèves me disent qu’ils se font chauffer une pizza au micro-ondes et qu’ils voient très peu leurs parents le soir.
Je conseille souvent aux familles de dire à leur·s enfant·s de se mettre en « situation d’interrogation ». C’est à dire d’imaginer ce que le professeur attend d’eux. Qu’ils anticipent, qu’ils se projettent. Mieux : qu’ils rêvent un peu leur matière. On demande trop de pratique aujourd’hui. Les parents ont connu une scolarité plus théorique, ils apprenaient leurs leçons mot à mot. Ça cadrait, en un sens, ça aidait les élèves en difficulté.

⇒ Aller chercher de l’aide ailleurs ?
Nous ne sommes pas allés taper à la porte des différentes unités d’Échec à l’échec pour rien. Présente dans toute la partie francophone, la structure propose des ateliers de remédiation scolaire. Le cours de gestion mentale peut aider votre enfant, s’il est dans le cas de Clément, c’est-à-dire un laborieux mal récompensé de ses efforts. Pour ces élèves, la structure propose donc une véritable remise en question de la méthode de travail. Soit une manière efficace de mieux se connaître et d’optimiser ses efforts.

Yves-Marie Vilain-Lepage

Zoom

Jusqu’où l’aider ?

Tout parent qui aide son enfant pour ses devoirs, pour un exposé, des révisions ou autre, s’est forcément posé la question de la limite de son intervention. Pour le travail à la maison, le rôle du parent est celui d’un assistant. Il gère le temps ou encore le côté affectif, du type « J’aime pas le prof, donc j’aime pas la matière ». Mais alors, quelles limites ? Un parent ne se mêle pas de la pédagogie. En inscrivant son enfant dans telle école, il a signé un contrat, le fameux règlement d’ordre intérieur (le ROI). Le parent n’est donc plus dans son rôle quand il empiète sur le territoire du prof. De même que le prof ne supplée pas le parent. Même si l’enseignant peut relayer l’affection de la maison. Chacun est le relais de l’affection de l’autre. Une vraie complémentarité, quoi…

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« Madame, le devoir, il est coté ? ». Personne n’aime les interros. Que ce soit en primaire ou en secondaire, personne n’aime les points. Pourtant, ce système d’évaluation a du mal à être remis en question. Beaucoup de profs, de parents, voire même d’élèves, défendent encore les notes dans le bulletin. N’empêchent-ils pas par là l’école d’évoluer vers un modèle centré sur l’acquisition de compétences plus que de savoirs ?