6/8 ans

Chevetogne : il était une fois
douze plaines de jeux

Il n’y a plus rien à vous apprendre sur les plaines de jeux ? Pas sûr ! Si vous ne vous êtes pas encore rendus au Parc de Chevetogne, il y a fort à parier que vous avez encore quelques belles découvertes à faire. Zoom sur deux des douze plaines : celle du Bout du monde pour les 3-9 ans et celle de la Mine d’or oubliée pour les 5-11 ans.

Chevetogne : il était une fois douze plaines de jeux - © Emilie Rossomme

À genoux dans le sable sur la plaine de jeux du Bout du monde, deux gamins s’interrogent sur la raison qui a poussé le bateau de pirates, dont seules la poupe et la proue dépassent du sol, à s’échouer sur la rive. « Peut-être qu’il a été touché par un boulet de canon ». « Ou alors, c’est la baleine qui a voulu l’avaler puisqu’on voit son squelette, là-bas ». « Je sais, moi ! C’est une tempête. Ou carrément un tsunami. Ou même plus fort, une météorite quand les dinosaures étaient encore là ».
Des images et des hypothèses plein la tête, les apprentis-pirates se lancent à l’abordage de la vigie qu’ils atteignent en grimpant sur une échelle de corde. Un coup d’œil dans la longue vue, et hop, les voilà de nouveau sur la terre ferme, courant dans le sable en direction de la carcasse de la baleine, car ils ont aperçu, « vraiment pour de vrai », un passager clandestin qui s’y cachait.
Dans les entrailles du gigantesque mammifère, figurées par des rondins de bois que les enfants doivent escalader, il n’y a personne, évidemment. « Vite, peut-être qu’il est monté dans le perroquet géant, là-bas, et qu’il va s’envoler ». La traque ne donnera rien. Qu’importe, les deux marmots (7 et 8 ans) ont fait travailler leur imaginaire tout en mettant leur corps en mouvement.
Retour au calme et petite pause dans la cabane au-dessus de la colline qui, tel un cocon, est propice à la rêverie ou à la discussion : « Faudra qu’on demande à papa de revenir plus tard, quand il fera chaud. Et on prendra notre maillot pour jouer dans la cascade. Tu crois qu’il y a des piranhas ? ».  

Des lieux de culture

Comme pour les onze autres aires de jeu du domaine de Chevetogne (chacune est destinée à une tranche d’âge qui s’étale de 1 à 12 ans), les divers éléments de cette plaine de jeux du Bout du monde suggèrent aux enfants l’univers de Robinson Crusoé, sans pour autant être trop figuratif, ce qui aurait pour conséquence de brider leur imagination. Pas question, par exemple, d’ajouter des personnages. Il n’y en a d’ailleurs aucun dans le parc. Une manière de rappeler aux enfants que ce sont eux les acteurs de leurs jeux et non des héros imaginaires.
Bruno Belvaux, directeur du Parc de Chevetogne, est intimement convaincu que les aires de jeux sont aussi des lieux de culture pour nos marmots. « En fiction, au théâtre comme au cinéma, on dit que l’accident crée l’événement. Il en va de même dans la scénographie des espaces de jeux. Des mots, des messages gravés dans un mur, la carte d’un trésor enseveli, un souterrain impraticable par la faute d’un éboulement qui en obstrue l’entrée fournissent le prétexte à quantité d’histoires qui naissent de la nécessité d’interpréter ce que l’on sait, ce que l’on voit ou ce que l’on croit voir, ce que l’on reconstitue d’un passé qui n’est plus. »
Et la cheville ouvrière du parc d’expliquer avec passion qu’avec pareilles infrastructures, « l’enfant commence à explorer son imaginaire en partant de son corps ». Ce qui, somme toute, est plutôt rare dans son quotidien, cette compétence se développant généralement via les livres ou les histoires. Démonstration encore avec ce modeste monticule rocheux, posé dans l’herbe et qui s’avère bien plus riche qu’un toboggan où les enfants ne font que reproduire, sans fin, les mêmes gestes.
Avec sa forme arrondie, ce rocher invite naturellement le môme à se coucher dessus à plat-ventre. Il ne faut pas grand-chose de plus pour qu’il s’imagine être sur le dos d’une tortue. Il s’assied et s’y cramponne ? Le voilà à bord d’un vaisseau spatial, à la poursuite d’extraterrestres. Il se dresse sur ses deux pieds ? Il est le maître du monde, au sommet d’une montagne.

Des lieux intégrés à la nature

Autre atout des plaines de jeux de Chevetogne : leur intégration dans la nature. Contrairement à d’autres aires de jeux du domaine, volontairement implantées dans un espace confiné, la plaine de jeux du Bout du monde offre une vue dégagée, ce qui permet au regard de voir loin, par-delà l’étang et la forêt. Une localisation qui n’est pas le fruit du hasard, comme le raconte encore Bruno Belvaux : « Tous les gosses ont rêvé de lointain devant un grand paysage infini. Mais on ne peut s’imaginer partir loin… que si on voit loin. C’est cela aussi le problème de la ville : à un moment donné, le regard ne porte plus ! »
On prend le patron du domaine au mot. Et nous voilà partis en direction de l’horizon, comme si ce dernier nous faisait les yeux doux pour nous inviter à le rejoindre. Surprise : après s’être engouffrés dans un sentier bordé d’arbres et dont les cimes se rejoignent (une invitation déjà au voyage et à la rêverie en soi), on débouche subitement sur la plaine de jeux de la Mine d’or oubliée.
Cabanons à l’abandon, crânes de bisons cloués sur les portes, bureau du shérif, éolienne made in USA, rigoles dans lesquelles s’écoule de l’eau… tout est fait pour transporter les gamins au Far West, à l’époque des chercheurs d’or. De quoi donner même aux parents l’envie de retomber en enfance et de se mettre à quatre pattes pour fouiller le sable à la recherche des pépites dorées que les responsables du parc glissent chaque matin dans le sable…

Anouck Thibaut

La question

Les plaines de jeux sont-elles dangereuses ?

À cette question, le directeur du Parc de Chevetogne répond : « Grandir, c’est prendre des risques, dans tous les domaines. Nous, notre métier de gérants et concepteurs de plaine de jeux, c’est d’apprendre aux enfants à prendre des risques. Des risques qui vont leur donner le frisson de l’aventure, le frisson de grandir aussi. Le meilleur exemple est la double pyracorde du domaine, cette espèce d’araignée géante où les enfants grimpent à 11 mètres du sol. Lorsqu’il se trouve devant, le môme doit se dire : ‘Je suis cap’ de monter là-haut !’. Et en haut, il a la trouille en se disant : ‘Si je tombe, je meurs’. Là comme ailleurs, la prise de risque peut aussi être un formidable élément de l’imaginaire. Mais en même temps, il faut évidemment que ces risques soient calculés. »
Et Bruno Belvaux de rassurer les parents en rappelant que depuis 2001, une législation oblige les exploitants des plaines de jeux publiques comme privées à les sécuriser au maximum. Exemples ? Le sol sous les modules de jeux (herbe, sable, caoutchouc) doit amortir suffisamment les chutes, l’arrivée d’un toboggan ne peut dépasser une certaine inclinaison, etc. Plus de détails techniques via la brochure Misez… sécurité.

En pratique

C’est bon pour…

Petit topo des apprentissages que la plaine de jeux développe :

  • Imagination et créativité
  • Sociabilité et vie en groupe
  • Coordination des mouvements et force musculaire
  • Localisation dans l’espace
  • Équilibre
  • Sensations de mouvement
  • Persévérance

Pour en savoir plus : Plaine de jeux : « M’man, regarde comme je grandis ».

BONS PLANS

En plus de posséder les plus belles plaines de jeux du pays (douze au total et pour tous les âges dont la plaine des Elfes pour les tout-petits de 1 an et plus), le Domaine Provincial de Chevetogne est aussi un lieu de balade (550 hectares parsemés de sentiers), d’activités sportives (piscine, tennis, foot, canoë…) et culturelles (sentier Martine et Centre d’interprétation de la nature qui développe aussi l’imaginaire). La saison payante est ouverte depuis ce 26 mars. Infos : www.domainedechevetogne.be
Pour les membres de la Ligue des familles : 80 € pour le Pass Loisirs annuel au lieu de 100 €.

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