Vie de parent

Chevetogne : l’eau retrouve la liberté

Une zone humide vient d’être inaugurée au domaine de Chevetogne. L’occasion de vérifier, en vrai et en famille, tous les bienfaits de la biodiversité et de l’ingéniosité visionnaire des castors.

Chevetogne : l’eau retrouve la liberté

Le jour où nous visitons la nouvelle zone humide de Chevetogne, fin mai, les pelles mécaniques sont encore à l’œuvre. L’inauguration de l’endroit est prévue le 4 juin, sur fond d’incertitudes. Un conflit oppose le personnel à la Province de Namur, son employeur. L’avenir du domaine provincial est peut-être incertain, mais les projets de son directeur, Bruno Belvaux, suivent leurs cours, imperturbables, comme cette zone humide restaurée au cœur du parc.

« Le ruisseau qui traversait cette zone avait été complètement collé contre la colline pour pouvoir consacrer le maximum d’espace à des caravanes. C’était une autre époque. C’était terriblement anti-paysager. Il n’y avait plus de perception de l’eau nulle part. »

On a appuyé sur la touche « Play ». Fidèle à sa réputation d’argumenteur passionné, le débit de Bruno Belvaux ne tarit pas, à l’image du Molinia qui coule désormais sous nos pieds, dans une liberté toute retrouvée. « On renoue enfin avec une eau courant sur le site… ».

Les castors montrent la voie

C’est sûr qu’à terme, le coup d’œil paysager sur cette vallée va gagner en qualité. C’est important, certes, mais, au-delà, il y a un enjeu supérieur. Celui de la biodiversité. Avec en guise d’exemple à suivre, les castors.

« On a une famille de castors sur le site. On s’est rendu compte à quel point elle était parvenue à remodeler le paysage, à recréer une zone humide. Avec derrière, une tonne de bienfaits. Ça ramène des cigognes noires, des grandes aigrettes… Il y a une explosion de la biodiversité. Les castors ont donc montré la voie. On s’est dit que si les castors y arrivaient, des ingénieur·e·s devaient bien pouvoir y parvenir aussi. » C’est le pari de cette zone humide.

Dans un livre consacré à cette aventure (voir ci-dessous), Bruno Belvaux parle d’un « voyage à l’envers », d’une « manière de remonter le temps ». Cette escapade temporelle prend notamment la forme d’une carte dessinée au XVIIIe siècle où les cours d’eau baignaient l’endroit. L’idée a été de retrouver le côté sauvage des ruisseaux, de les laisser déborder en fonction des saisons pour créer un biotope particulier, riche de diversité végétale et animale. Fini, la canalisation quasi bétonnée d’antan, place à un encadrement vert et intelligent dont l’objectif est de renforcer, recréer la biodiversité. « C’est une zone humide qu’il va falloir jardiner, entretenir ».

Villégiature et pédagogie

Et les enfants là-dedans ? Au Ligueur, on voit deux intérêts à l’arrivée de cette zone humide au cœur du parc de Chevetogne pour les familles. Le premier, direct, c’est la promenade. Cette zone humide ajoute un kilomètre de circuit aux trois kilomètres qui se déroulent déjà le long des étangs et, bonne nouvelle pour les jeunes parents, il est adapté aux poussettes.

Le deuxième, plus engagé, est lié à la défense de l’environnement. Favoriser la biodiversité, c’est préserver l’avenir. Montrer des exemples concrets aux enfants sur le terrain, ça vaut mieux que des grands discours prononcés dans l’alcôve familiale. Plusieurs panneaux didactiques seront ainsi installés sur le site pour aider les plus jeunes à comprendre la démarche. 

Sur ces panneaux, il est évidemment question des castors, inspirateurs en chef du projet. En nous penchant sur cette zone humide, nous avons découvert que cet animal avait un sens familial très développé. Monogame, le castor a développé un régime matriarcal. Les petits vivent chez papa et maman jusqu’à l’âge de 3 ans, des petits dont l’accompagnement par les parents ainsi que les grands frères et sœurs serait particulièrement rassurant et protecteur. Au Ligueur, on a presque envie d’en faire sa mascotte de cet animal-là. Et, au minimum, de le rencontrer lors d’une de nos prochaines pérégrinations dans le domaine, parce que là, lors de notre visite, il est resté bien discret. Excès de modestie ? Sans doute.

Thierry Dupièreux

Le livre

Histoire d’une restauration

Pour comprendre ce projet qui va s’épanouir au cœur du domaine, il est bon de se plonger dans l’ouvrage qui explique toute la démarche entreprise à Chevetogne. Disponible pour le prix de 10 € au domaine, il raconte l’aventure de cette zone humide sous l’angle de l’histoire, de l’écologie, de la technologie, de l’architecture ou de l’art. Riche en illustrations, on y a retrouvé notamment les oies blanches et la bergeronnette des ruisseaux croisées lors de notre promenade sur le site. C’est un excellent prolongement à la ballade dans lequel on peut se plonger de retour à la maison.