Vie de parent

Comment je m’organise ?

Les mamans sont souvent stressées au moment des examens. Et les papas ? Appréhendent-ils l’approche du mois de juin ou la vie continue-t-elle son petit bonhomme de chemin ? Les deux, mon capitaine !

Comment je m’organise ?

Comme d’habitude

Prince Ali : « Vingt minutes, pas plus ! »

Oui, moi aussi, avec mes garçons, Nathanaël, 9 ans, et Solal, 12 ans, je garde nos petites habitudes. C’est-à-dire qu’on travaille le moins possible ! J’essaie de rendre ça le plus funky possible. Comment ? Je me plonge dans les matières et je fais en sorte que ça m’amuse aussi. Un exemple ? La géographie. L’Europe et les capitales. On a tout redessiné. On a rendu ça ludique. On a cherché des moyens mnémotechniques. Paris ? La ville de Ratatouille. Amsterdam = amstramgram. Pas plus de vingt minutes, surtout. Pour bien se mettre en jambes, je crée la confiance. Je commence toujours par leur poser des questions auxquelles je sais qu’ils vont pouvoir répondre. Ils ont la bonne réponse ? Ils sont contents. Ils sont chauds. On enchaîne avec la suite. La phrase magique, c’est : « T’as compris, là ? Alors tu peux aller jouer ». Je ne suis pas là pour les emmerder. Ils connaissent ? Ils passent à autre chose. Parce que la vie, c’est surtout autre chose.

Jean-Michel : « Le mythe de Sisyphe »

Nous, avec Érica, 14 ans, on ne change rien. On refait les mêmes erreurs d’année en année. On se promet de ne pas s’énerver et c’est la cata. Ma femme est une ancienne prof. Oui, ce sont les cordonniers les plus mal chaussés. Ça hurle, les portes claquent, le ton monte. Le problème vient du fait que l’on est trop sur le dos d’Érica. On contrôle tout. On lui impose un rythme de travail qu’elle juge contreproductif. On est obligés de la pousser à fond. De tout lui faire répéter. C’est laborieux, mais elle est tellement paresseuse que c’est la seule manière pour obtenir des résultats. Le reste de l’année se passe plutôt bien, c’est juste cette période pendant laquelle tout le monde pète les plombs. C’est notre mythe de Sisyphe à nous. Vivement que ça se termine !

Vincent : « On lui fout la paix »

Depuis le secondaire, notre fille aînée Alice, 20 ans, n’a pas changé sa façon de réviser, ni de concevoir les examens. À tel point qu’elle revient bloquer ses matières à la maison, comme si elle voulait retrouver ses habitudes. Comme si c’était une norme. Ce que l’on fait, sa mère et moi ? On soutient. On veille à ce qu’elle ait les meilleures conditions possibles. Qu’elle ne se soucie pas du quotidien. On évite par-dessus tout de lui demander toutes les dix secondes, par-dessus son épaule : « Alors, ça se passe bien ? ». On lui fout la paix. Elle est là pour se ressourcer avant tout.

Ce que j’ai changé

Toutes ces bonnes habitudes n’empêchent cependant pas d’explorer de nouveaux horizons. La preuve…

Prince Ali : « Apprendre en jouant »

J’ai des garçons qui souffrent tous les deux de troubles de l’attention. Alors, j’expérimente par le jeu. On muscle le physique et le mental en même temps. Mes garçons ne savent pas rester assis. Alors, qu’est-ce qu’on va faire ? Je pose une question. Ils courent jusqu’au mur d’en face. Ils le touchent. Ils reviennent et ils me donnent la réponse. Si c’est du pur académique, je sais qu’ils s’ennuient. Le système digestif, par exemple, Solal a trop de mal à l’apprendre sur son bouquin. Alors, on le recompose avec ce qui nous tombe sous la main. On refait tout. Et il va le reproduire en récitant à chaque fois les mots qui le constituent. C’est comme ça que ça rentre. À fond visuel. On est obligé de marcher comme ça, de se réinventer à chaque fois et ça fonctionne super.

Jean-Michel : « Un plan d’attaque »

Cette année, on a décidé d’organiser le chaos. C’est-à-dire qu’au moment où je vous parle, je suis en train de constituer un tableau Excel avec un planning très précis des révisions. Ce qui peut idéalement nous permettre de lâcher un tout petit peu la bride et de juste vérifier si Erica suit bien le planning. Ma femme pense que ça va lui permettre d’avancer de cocher des cases et de voir la progression au-dessus de son bureau, donc de la stimuler. C’est une excellente idée dans les faits. Mais je vois tout de suite le scénario catastrophe où ça va coincer au fur et à mesure que les jours avancent et que la pression monte. Rhoo, ma femme ne va pas être contente que je dise tout ça.

Nicolas : « Accepter son sort »

Tristan, 17 ans, est à l’université, je le laisse faire. Je sonde. Je veille à ce qu’il mange correctement, qu’il fasse du sport, en un mot qu’il ait une hygiène de vie correcte. Pour la cadette, Juliette, 15 ans, plutôt freinée par sa dyslexie, j’ai décidé cette année de prendre du recul. À vrai dire, je suis tiraillé entre deux envies : qu’elle réussisse coûte que coûte et, pour ça, la pousser à fond ou qu’elle fasse en fonction de ses possibilités, parce qu’au final, on ne peut pas influer sur son parcours. En fin de compte, je me dis que le plus important, c’est qu’elle montre ce qu’elle sait faire, pas ce qu’elle aurait dû faire. Je veux qu’elle soit consciente de ses compétences. Et moi, je suis là pour l’aider à accepter son sort. Facile à dire, pas facile à accepter, tant pour les parents que pour les enfants.

Martin : « Sans pression »

Pour beaucoup de parents, ça peut paraître vain, mais mon but, c’est de ne surtout pas mettre la pression sur mes enfants (7, 9 et 10 ans). J’ai été un excellent élève et je me suis foutu une pression pas possible, visant toujours la perfection. La pression scolaire me touche parce que j’ai été dans l’excès. Dans le culte de l’excellence. Je suis sorti de mes six années de droit avec distinction. J’ai été élevé avec cette idée de performance comme accomplissement. Écœuré jusqu’à l’os et conscient des effets néfastes, je bascule complètement dans le phénomène inverse. Je ne veux surtout pas que mes enfants tombent là-dedans, alors je balaie toutes les phrases du type : « J’attends ça de toi », « Tu dois y arriver coûte que coûte », etc.

La grosse voix

Tout cela est très bien, mais comment l’appliquer ? Par l’autorité ou, au contraire, en donnant un peu de latitude comme marque de confiance ?

Martin : « Le droit à l’erreur »

Ce serait intéressant que vous demandiez à mes enfants qui sont en primaire si, dans le cadre du travail scolaire, j’ai une quelconque autorité. Je pense qu’ils seraient pris d’un fou rire. Pour les révisions, ça se passe exactement comme je l’avais dit au Ligueur la dernière fois. Si je devais répondre par analogie, je dirais que mes enfants sont un pied de tomates et ma femme et moi un tuteur. Cela signifie que l’on mise sur leur accomplissement avant tout. Marine, ma fille aînée de 10 ans, a déjà eu des manifestations d’angoisse. Elle se met une pression pas possible. Et là, j’ai tendance à devenir un peu autoritaire en lui disant : « Tu as le droit à l’erreur. Tu dois apprendre à lâcher prise ». Elle pense que si elle n’est pas première partout, on l’aimera moins. On l’ouvre à autre chose pour relativiser l’école. La danse, la musique. Des activités où elle n’est pas en compétition et où elle peut s’épanouir hors pression.

Prince Ali : « Mode alerte »

Pour ma part, je ne crie pas. Ni pendant les exams, ni ailleurs. Je sors ma grosse voix. Je hausse le ton une fois et tout se fige. Mais on a mieux. On a inventé des mots. On en invente toujours. Ma femme, je l’appelais : « Petiagraba », Solal, l’aîné, c’est « Bool » et mon cadet, c’est « Shooshine ». Alors, ils m’ont dit : « Regarde, papa, avant que tu n’exploses, tu nous lances un nom de code. Comme ça, on sait qu’on doit se calmer ». Donc, quand ils dépassent les bornes, si Nathanaël ne veut pas se mettre au boulot, par exemple, et que je lui ai répété quinze fois qu’il était temps d’aller bosser, je balance un « Dark Sooshine » - hommage à Star Wars - et tout rentre dans l’ordre. Du coup, c’est un code de confiance. Je ne les punis jamais, mais ils savent qu’il y a des limites et que papa, même si c’est un bon Jedi, il peut aussi utiliser la force du côté obscur de temps en temps !

Nicolas : « Je rappelle les règles »

La seule chose que j’attends de mon fils Galaad, 11 ans, c’est qu’il étudie le dossier de révision en entier. Ce qui est assez fastidieux au final. Qu’il ne passe pas à côté de son expérience. J’attends de la persévérance. Je ne veux pas être un flic permanent. Mais je sonde. Je vérifie que le travail est fait et j’ai horreur que l’on mente ou que l’on me cache des choses. J’agis avec une main de fer dans un gant de velours. Pour les petits (9 et 11 ans), en période d’exams, à 20h, c’est brossage/câlin/histoire, puis on éteint tout. Pour les plus grands (15 et 17 ans), on monte vers 22h. Pas d’écrans, même si je ne peux pas lutter contre le progrès. J’entends parfois le smartphone sous la couette. Quand les règles sont dépassées, je fais la morale. Mais je ne flique pas tous les jours. Mon épouse est un peu plus rigoriste dans l’application des règles. Ma philosophie, c’est un rail de gauche, un rail de droite. Tant qu’ils roulent au milieu et que rien ne touche, ça va. Je suis plus moralisateur que rigoureux en période d’examens, en fin de compte.

Jean-Michel : « Ultra autoritaire »

Bon, désolé, je suis le nouveau venu et ce que je vais dire ne va pas faire Ligueur du tout : moi, je crie beaucoup. Encore plus en période d’exams. Et, parfois, je hurle. Et même, je claque la porte. Mettre au boulot une ado de 14 ans qui ne veut pas travailler, c’est un travail inhumain. Elle se colle devant la télé. Je lui dis : « Tu regardes jusqu’à 18h et, après, au boulot avant de souper. Les heures filent, le souper approche et on a toujours notre Érica qui glande. Sa mère vient lui coller un coup de pression. Moi, pareil. Érica monte dans les tours. Tout le monde s’énerve. Elle monte dans sa chambre. Elle nous dit qu’elle nous déteste et qu’elle est prête pour les exams. On monte vérifier discrètement si elle est en train de travailler et on la trouve au téléphone avec ses copines. Règle numéro 1 d’ailleurs, cette année : on coupe les écrans - sauf cas exceptionnel - pour tout le monde. Un film ou une série le soir en famille, c’est tout. C’est comme le planning dont je parlais plus haut, je n’y crois pas trop, mais c’est bon de se dire qu’on va essayer de nouvelles choses qui ne marcheront pas.

Ce que le Ligueur retient…

Nos papas nous ont fourni pas mal d’éléments pour cette première partie. S’il y avait un conseil global, ce serait celui de relativiser et de ne pas espérer de miracles de fin d’année. Nos papas semblent peu sujets au culte de la réussite. Pour le bien de leurs enfants ? Sans aucun doute.
Pour les plus grands, le rôle consiste donc à vérifier qu’ils puissent étudier dans une ambiance sereine sans avoir à s’occuper d’autres choses qu’assimiler les cours. Pour les ados, le plus compliqué va-t-il consister à mettre hors-jeu les écrans comme le suggèrent Jean-Michel et Nicolas ? Pourquoi pas. Moins d’écrans en période de révisions, ça ne peut faire que du bien. On peut également appliquer des règles strictes sur l’heure du coucher, comme ce dernier à nouveau.
Pour les plus petits, à chacun sa technique. On peut se défouler en apprenant comme le fait Prince Ali. On peut s’attaquer au dossier de révisions comme le suggère Nicolas. On peut aussi leur faire confiance et les laisser faire à leur guise comme le prône Martin. Tous sont unanimes : ce qui marche avec un enfant ne fonctionne pas nécessairement avec l’autre. S’il y avait une règle à appliquer ? Celle du sur-mesure, du tricoté main pour chaque petiot. Si facile et si complexe à la fois.

Yves-Marie Vilain-Lepage

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