Vie de parent

Covid 19 et vaccination : « C’est important que les ados puissent choisir »

De nombreux ados ont déjà été vaccinés contre le Covid 19 depuis le début des vacances scolaires. Parfois, cela suscite des questionnements voire des tensions au sein des familles. Nous avons voulu y voir plus clair avec Anne Tilmanne, pédiatre-infectiologue à l’Hôpital des enfants Reine Fabiola.

Covid 19 et vaccination : « C’est important que les ados puissent choisir »

Au début du mois de juillet, la campagne de vaccination pour lutter contre le Covid 19 a été lancée auprès des ados de 12 à 18 ans. En Flandres, ils et elles sont déjà 7 sur 10 à avoir reçu une première dose contre 5 sur 10 en Wallonie et 2 sur 10 à Bruxelles. C’est la Wallonie où le taux de vaccinations complètes est le plus élevé. Il est de 27% contre 14 en Flandres et 7 à Bruxelles. Cette séquence de la campagne de vaccination n’est pas sans poser certaines questions spécifiques. Certains estimant que la vaccination des ados n’est pas utile puisqu’ils développent rarement des formes graves de la maladie.

Dans son argumentaire, le Commissariat Corona du Gouvernement justifie ainsi l’intérêt d’une vaccination pour les ados.  « En Belgique, les jeunes de 12 ans à 15 ans représentent une proportion importante de la population totale (534.000 sur une population de 11 millions d'habitants). Des études ont montré que les jeunes de 12 ans et plus ont presque deux fois plus de contacts sociaux que les adultes. Outre les contacts fréquents avec les pairs, il s'agit principalement de contacts étroits avec les grands-parents et les personnes âgées de l’entourage familial. La vaccination de ce groupe de jeunes permettra donc de les protéger contre la maladie en cas de contact avec le virus et de réduire la circulation du virus dans la population générale, diminuant ainsi les risques que la population plus âgée entre en contact avec le virus. La vaccination de ces jeunes contribuera également de manière importante à l'augmentation de la couverture vaccinale globale de la population belge. »

« La vaccination des ados, elle est en effet surtout intéressante dans le cadre d’une démarche de santé publique. »

En clair, s’il est conseillé aux ados de se faire vacciner, c’est surtout pour protéger les autres. Nous avons contacté, Anne Tilmanne, pédiatre-infectiologue à l’Huderf, l’hôpital universitaire des enfants Reine Fabiola, pour nous éclairer sur la question de la vaccination des ados qui suscite parfois de vives discussions au sein même des familles.   

« Pour résumer, on n’a toujours pas peur du Covid chez les adolescents, ni chez les enfants d’ailleurs. C’était vrai l’année passée, c’est toujours vrai aujourd’hui. La vaccination des ados, elle est en effet surtout intéressante dans le cadre d’une démarche de santé publique pour diminuer la propagation du virus, pour protéger les personnes à risques, celles qui répondent moins bien aux vaccins. Pour les ados, l’avantage ira plutôt chercher du côté des bénéfices de type secondaire : ne pas faire de tests PCR avant de partir en voyage, pouvoir se balader plus librement, ne pas être mis en quarantaine après avoir rencontré une personne positive. »

Chez les parents, il y a les craintes de répercussions du vaccin sur la santé de leurs enfants.

« Dans la balance bénéfices/risques concernant le vaccin lui-même, on est quand même relativement rassuré. Un rapport a été rédigé par le conseil supérieur de la santé. Dans un document de 22 pages, se trouvent résumés les pour et les contre, ainsi que les conclusions du conseil supérieur. En résumé, il n’y a pas beaucoup de cas de Covid graves chez les adolescents. Ils développent en général peu la maladie, en tout cas leur maladie n’a rien à voir avec celle des adultes plus âgés. Pour les effets secondaires du vaccin, ils sont identiques à ceux rencontrés par les adultes. De la fièvre, des céphalées, des rougeurs au point d’injection, bref des effets à court terme qui se résolvent assez vite. Puis, on a parlé de myocardites et de péricardites (des inflammations au niveau du cœur) qui ont fait un peu peur au départ. Mais, au final, ce sont des effets très très rares. Cela touche plutôt les garçons que les filles et la plupart des cas ont évolué favorablement et rapidement, avec des patients qui part la suite allaient bien. Chez les jeunes garçons, on parle de 60 cas par million de doses injectées, c’est dans ce groupe que les myocardites sont décrites le plus fréquemment. Nous n’avons pas eu de cas à l’HUDERF à ce jour. En Belgique, comme ailleurs, la surveillance rapprochée des effets secondaires de ces vaccins se poursuit, comme pour tous les autres médicaments d’ailleurs. »

« À l’adolescent de placer son curseur, de voir ce qui est important pour lui .»

Au sein des familles, des conflits peuvent apparaître entre ados et parents sur la nécessité de se vacciner.

« Effectivement, on peut se trouver dans des cas où, par exemple, les parents sont contre la vaccination et leurs enfants pour. Et donc là, c’est important d’entrer en contact avec un pédiatre ou un médecin de famille en qui on a confiance, avec lequel une discussion est possible afin d’aborder le problème sereinement. Les parents ou le jeune peuvent ainsi expliquer leurs angoisses, pourquoi eux refusent le vaccin ou justement veulent être vaccinés. Le point de vue sécurité des vaccins est également abordé dans  le document du Conseil supérieur de la santé. Outre les études scientifiques réalisées chez des adolescents, des millions de doses de vaccins ont été administrées aux adolescents dans différents pays du monde dont les USA, avec une surveillance rapprochée des effets secondaires. Ce recul nous permet d’être sereins par rapport à la sécurité du produit chez les plus jeunes. »

Quels sont les vaccins autorisés pour les ados ?

« Pfizer et Moderna, ce sont deux vaccins qui agissent avec le même principe. Ce sont les deux vaccins qui se ressemblent le plus et qui ont été les premiers à avoir été mis sur le marché pour les adultes. »

Pour les ados, le choix va devoir prendre en compte plusieurs paramètres.

« Le bénéfice pour les adolescents, c’est finalement de retrouver une vie normale. Mais aussi de savoir qu’ils seront moins transmetteurs du virus et qu’ils pourront ainsi mieux protéger l’entourage plus fragile. À l’adolescent de placer son curseur, de voir ce qui est important pour lui. En terme de santé personnelle, il ne gagnera sans doute pas grand-chose si lui-même est en bonne santé, le risque qu’il se retrouve en soins intensifs s’il est atteint de Covid-19 est tellement faible. Par contre, s’il voit ça à travers le prisme de la reprise de sa vie sociale ou le bénéfice de santé publique, ça peut changer la donne. C’est important que les ados puissent choisir en se situant par rapport à tout cela. Les différents éléments doivent leur être présentés pour qu’ils puissent poser un choix réfléchi qui leur corresponde. » 

T.D.

La vaccination des ados : comment ça marche ?

La démarche ci-dessous concerne les 12 – 15 ans. Pour les 16-17 ans, le consentement parental n’est pas nécessaire. Un collectif de parents a d’ailleurs lancé une action devant le tribunal de première instance de Namur à ce sujet. Il demande, notamment, à ce que la procédure telle que décrite ci-dessous soit applicable pour tous les ados jusqu’à 18 ans. Pour ces parents, ces jeunes concerné.e.s ne seraient pas suffisamment protégés, ils et elles seraient plus influençables. Une décision est attendue d’ici la mi-septembre.

Voilà donc le déroulé pour la vaccination des 12-15 ans.

1 L’enfant et ses parents/tuteurs avec lesquels l’enfant vit officiellement, reçoivent une lettre contenant des informations sur la vaccination. Il est important que l’enfant et ses parents ou tuteurs soient correctement informés des avantages et des inconvénients de la vaccination. De plus amples informations sur le vaccin sont disponibles auprès de l'agence fédérale des médicaments (AFMPS)1. Comme l'exige la loi, les parents ou tuteurs ont un rôle important à jouer et ils prennent avec l’enfant une décision mûrement réfléchie concernant la vaccination. L’enfant doit donc discuter de cette information avec ses parents et prendre une décision ensemble, même si les parents sont divorcés (ils doivent coordonner leurs décisions).

2 Si l’enfant ou ses parents ont encore des questions ou des désaccords sur l'opportunité de le faire vacciner, ils sont invités à contacter leur médecin (médecin de famille, pédiatre, etc.) pour prendre une décision réfléchie. Il est important que le médecin consigne le résultat de cette consultation dans le dossier médical.

3 Avec ses parents ou son tuteur, l’enfant confirme ou prend rendez-vous pour les deux doses du vaccin.

4 Le jour du rendez-vous, l’enfant et l’un de ses parents ou tuteurs se présentent au centre de vaccination désigné.

5 Au centre de vaccination, l'identité de l’enfant et celle du parent ou tuteur sont vérifiées.

6 La présence volontaire de l’enfant et de son parent/tuteur signifie un consentement des deux parties concernées au moment de la vaccination prévue.  

7 L’enfant est vacciné.e en présence de son parent/tuteur au centre de vaccination.