Vie de parent

Covid et vaccination des enfants :
des bénéfices qui font la différence ?

La vaccination des enfants contre le covid-19 est un sujet épineux, délicat. La récolte et le recoupement des informations exposées ici se sont faits ces dernières semaines, avant que le régulateur européen du médicament ne donne son autorisation pour l’utilisation du vaccin de Pfizer destinés aux enfants de 5 à 11 ans. Cette étape était présentée chaque fois par les expert·e·s comme le point à partir duquel le sujet était d’actualité. Depuis jeudi, nous y sommes.

Covid et vaccination des enfants : des bénéfices qui font la différence ?

Au préalable, deux précisions avant d’aborder cette thématique qui suscite, légitimement, des questions chez les parents. Tout d’abord, le feu vert du régulateur européen du médicament (donné jeudi) n’est pas le coup d’envoi d’une campagne de vaccination massive et uniforme dans les pays européens. Ce n’est qu’une possibilité ouverte. Il revient à chaque État de valider ou non la vaccination des enfants. En Belgique, le Codeco a évoqué ce vendredi la vaccination de la tranche 5 -11 ans. Il est en attente des conclusions du Conseil supérieur de la santé et du Comité consultatif de bioéthique.

Autre élément important, le vaccin de Pfizer dont il est question n’est pas tout à fait le même que celui administré aux adultes. Il est dosé de façon différente. « Les 5 à 11 ans ont, en moyenne, une taille et un poids différents des plus de 12 ans, explique Sophie Lucas, immunologue, professeure et présidente de l’Institut de Duve de l’UCLouvain. Les études faites pour la vaccination des 5 à 11 ans ont ainsi concerné le test de doses adaptées. C’est une particularité pour cette tranche d’âge depuis le début de la campagne de vaccination ».
« Le vaccin qu’on donne en dessous de 12 ans n’est pas exactement le même que celui que les adultes ont reçu, confirme Pierre Smeesters, infectiologue pédiatre, chef de département de pédiatrie à l’Hôpital des enfants Reine Fabiola (Huderf). C’est le tiers de la dose. »
Début novembre, aux États-Unis, des enfants ont ainsi reçu leur dose d’un tel vaccin, celui-ci étant scellé dans un flacon au bouchon orange, différent de celui réservé aux plus âgés qui est mauve. L’Agence américaine des médicaments a en effet été plus prompte que son homologue europénne à rendre son avis, elle l’a fait il y a un mois d’où une vaccination plus précoce.

Bien des enfants ou de la collectivité

Face à cette vaccination, une question se pose. Ce vaccin est-il vraiment nécessaire lorsque l’on sait que la population des 6-19 ans représente, en cette fin novembre, seulement 1,6% des patients hospitalisés pour cause de covid ? Un pourcentage somme toute fort bas, d’autant que contrairement aux tranches d’âge plus élevées, une bonne partie de ces enfants ne sont pas vaccinés et donc, théoriquement, moins protégés de l’infection et de la maladie.

Bref, les enfants ne sont-ils pas vaccinés pour le bien de la communauté plutôt que pour leur bien-être personnel ? Et au bout du compte, les bénéfices ne sont-ils pas trop faibles face aux risques, aux effets secondaires liés à la vaccination ?
« Quand les vaccins sont approuvés, relève Sophie Lucas, c’est que les risques associés à la vaccination sont largement inférieurs aux risques de complication de l’infection elle-même, compte tenu de la circulation du virus à ce moment-là. La balance risque/bénéfice au niveau individuel est avantageuse. C’est ce point qui est important dans l’approbation d’un vaccin. Si en plus on a des bénéfices collectifs, évidemment, tant mieux. »

Les bénéfices seraient donc là, réels. Les expert·e·s notent que si les enfants développent peu la maladie, il n’en reste pas moins qu’ils peuvent être touchés par celle-ci. Sophie Lucas avance ainsi que « le vaccin protège les enfants contre des formes sévères du covid. Même si elles sont plus rares dans cette tranche d’âge, elles ne sont pas inexistantes. C’est aussi une protection contre le covid long, une entité qu’on est en train seulement de découvrir maintenant et qui concerne des complications à long terme du fait d’avoir des infections. Il semble clairement que les enfants peuvent faire des covid longs ».

Des données rassurantes

Pierre Smeesters estime, lui aussi, que les avantages sont là. « L’efficacité du vaccin, elle est évidente. Toutes les études convergent. L’étendue de son efficacité, l’impact dans le temps et sur la contamination, tout cela est évidemment questionnable et évolutif dans le temps. Mais fondamentalement, l’efficacité du vaccin est réelle. La question pour la vaccination pédiatrique réside dans l’aspect 'safety', il s’agit d’être sûr que les effets secondaires sont bien inférieurs à ceux d’une non-intervention. Un papier vient encore d’être publié à ce sujet dans le New England concernant la première grosse série pédiatrique outre-Atlantique. Les données de sécurité sur la vaccination de 2 500 enfants aux États-Unis sont extrêmement bonnes. Notamment par rapport aux risques de myocardite qui semble, à ce stade, bien contrôlés en limitant la dose pour cette tranche d’âge. Des données complémentaires sur ces aspects de sécurité sont cependant encore nécessaires. Elles seront disponibles bientôt ».

Aux bénéfices médicaux, Sophie Lucas ajoute aussi les bénéfices sociaux. La vaccination des enfants permettrait à ceux-ci d’être confrontés à moins de quarantaines, moins de fermetures de classes. Pierre Smeesters l’avance aussi. « C’est une réalité dans notre monde actuel, qu’on peut discuter d’un point de vue éthique, l’argument étant de dire 'Tu auras une vie plus cool. Ta classe sera ouverte plus souvent. Il y aura moins de quarantaines' ».

De faible à infinitésimal

Et puis, reste la préoccupation collective. « Elle est à prendre en compte quand on parle de la vaccination avec les enfants. Il y a des enfants qui ont peur de contaminer parce qu’il y a, peut-être une anxiété au sein de la famille », pointe Pierre Smeesters qui insiste sur un point : la communication.

« On veut que l’information donnée à ces enfants et à ces parents soit la plus honnête et la plus transparente possible. Le bénéfice individuel du vaccin pour les enfants, il est présent mais pas majeur. Si un parent me dit ‘Je ne veux pas vacciner mon enfant de 6 ou 7 ans’, je ne vais pas lui répondre qu’il met la vie de son enfant en danger, alors qu’avec d’autres vaccins, je peux parfois aller dans un argumentaire plus fort, genre ‘Je suis préoccupé que vous ne fassiez pas le vaccin parce que le risque est trop important’. Ici, la question est de savoir si on accepte une intervention pour passer d'un risque très faible à un risque infinitésimal. Pour moi, la priorité d’un point de vue vaccinal reste la vaccination des adultes. Ça, c’est le but à atteindre. Mais ce n’est pas pour ça qu’on ne peut pas envisager la vaccination des enfants. La balance individuelle est favorable dans des proportions qui ne sont pas nos proportions habituelles, mais, franchement, si cette balance bénéfices/risques n’était pas favorable et qu’il n’y avait qu’un intérêt collectif, on adopterait une autre position. »

Thierry Dupièreux

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