Vie de parent

Demain, c’est fait… ou presque :
des enseignants annoncent pour l'école…

Sautons dans notre machine à voyager dans le temps. Nous vous proposons un petit tour dans le futur. L’occasion de voir comment vont évoluer vos relations avec vos enfants, que ce soit par rapport à une école hyper-numérisée et une vie familiale rythmée par les nouvelles technologies. Comment éduquer nos bambins au milieu de tout ce machin-là ? Certaines de nos règles, de nos comportements ne devraient-ils pas être (re)questionnés ? Anticipons ensemble. Petit tour en télétransport avec des experts passionnés et des parents plutôt confiants.

Demain, c’est fait… ou presque : des enseignants annoncent pour l'école…

Marcel Lebrun, professeur en technologies de l’éducation à l'UCL : « Dans le futur, on va mettre l’école à l’endroit »

Les parents les plus férus de nouvelles technologies, de connaissances, savent qu’il existe des dispositifs à la pointe qui permettent d’envisager ce que peut être le futur. Je pense par exemple aux Mooc qui sont des cours en ligne, aux classes inversées, soit les leçons à la maison et les devoirs à l’école, etc. Parler d’école numérique, je n’aime pas ça. Comme si le changement ne pouvait passer que par cette entremise. Les enjeux sont bien plus importants : une préparation à la société et aux nouveaux comportements.

Changement du rapport maître-élève

On peut parier que le rapport maître-élève ne sera plus au centre du projet pédagogique. C’est-à-dire que l’on va un pas plus loin que celui qui sait et celui qui apprend. Tout change. On sent les prémices déjà aujourd’hui. En matière de santé, par exemple : j’ai mal à l’épaule. Je vais chercher quelle en est la cause sur le net. Je confronte les sources et quand je vais voir le médecin, je me présente à lui avec des termes techniques. On sort de ce rapport au « Savoir » un peu déifié du XVIIe siècle.
Et ces changements influencent profondément l’école. Jusqu’à l’aménagement, où classes-couloirs-murs opaques vont exploser au profit d’une architecture proche des centres multimédias.
J’imagine le professeur donner quelques pistes de recherche au début de la journée : « Aujourd’hui, on s’intéresse aux multiplications écrites ». Les élèves se déplacent dans l’école, vont dans des sortes de « learning lab », effectuent des recherches quant aux façons qui leur sont le plus adaptées de faire des multiplications. Cela peut être la méthode des lignes symétriques comme au Japon, les multiplications par tranche, etc. Les élèves se forment seuls. Ils reviennent pour présenter leurs recherches sous forme de mini-exposés. Le professeur valide, oriente, réorganise.

L'élève trouve ses propres chemins

L’élève s’exerce pendant la journée et le soir, de retour chez lui, il approfondit ses connaissances via la mise en réseau de tout ce qui s’est fait pendant la journée ou même dans d’autres établissements scolaires. L’école devient alors un lieu de potentiels, d’échanges et de rencontres. La technologie va développer des envies, de la curiosité. Cette vie scolaire telle qu’on la connaît aujourd’hui est la marque d’une société trop normée. On sent bien que l’on rentre dans un monde beaucoup plus horizontal. Les parents doivent, dès maintenant, préparer les jeunes à une existence plus ouverte : cultiver des valeurs d’entraide, de collaboration, de travail en équipe, de vraies plus-values. Pourquoi ? Parce qu’il s’agit là de vraies compétences pour l’avenir. Au même titre que la curiosité, le respect d’autrui, la créativité, la responsabilité, la recherche et la soif d’information. L’école va redonner du sens au numérique. Elle va motiver le jeune à trouver ses propres chemins. C’est une chance, une vraie spirale vertueuse. Imaginez toutes ces petites compétences qui, au jour le jour, vont conduire à des tas de petites satisfactions. C’est vers ça qu’il faut tendre : laisser faire, réorganiser des espaces pour s’instruire. Former, c’est donner l’envie d’apprendre. Tous ces outils informatiques sont un potentiel inouï pour s’affranchir de la fossilisation des pratiques.

Fabian, professeur d’histoire : « On doit rêver l'école »

Je suis professeur dans le secondaire. C’est surtout ce cycle que l’on veut réformer. Ce qui est intelligent comme démarche, c’est de se dire que si l’école est appelée à de grands bouleversements, c’est aussi à cause du fossé terrible qui se creuse entre ce que l’on a voulu et ce qu’elle est devenue. Elle est impitoyable envers les plus faibles. Son niveau ne fait que régresser, tout comme celui des élèves. Ce que l’on ne dit pas, c’est qu’elle est encore plus injuste auprès de ceux qui ont de bons résultats. Pourquoi ? Parce qu’elle ne conduit à aucune forme de curiosité : « Recrachez vos cours et tout se passera bien ». J’espère aussi que Marcel Lebrun dit vrai. C’est-à-dire que l’on va sortir du rapport de domination du maître, assis à son bureau, face à une classe passive… dans le meilleur des cas. On doit la rêver, cette école, si on veut lui apporter un changement drastique.

Eva, professeure d’espagnol : « Dynamique et créative, c’est ça, l’école du futur »

Peut-être que l’on n’a pas besoin de voyager dans le futur pour trouver des solutions aussi géniales. J’ai presque 40 ans aujourd’hui. Quand j’ai appris l’espagnol, on avait des cassettes et on répétait ce que l’on entendait machinalement. Révolutionnaire… Aujourd’hui, c’est à mon tour d’enseigner. Je n’ai plus de cassettes, mais j’use du même principe. Je n’ai pas d’outils pour rendre mon cours plus interactif. Qu’est-ce que ça coûte d’avoir un petit labo dans lequel on pourrait faire communiquer une classe en cours d’espagnol avec une classe hispanique ? Ce serait déjà le futur. Chacun de vos lecteurs sait bien que ça ne demande pas grand-chose. Ah, si, du dynamisme et de la créativité ! Des gros mots quoi…

LES PARENTS RÉAGISSENT…

Nadia, deux enfants, 3 et 6 ans
Pour être tout à fait honnête, alors que j’y conduis mes enfants tous les jours, je n’ai jamais imaginé l’école du futur. Peut-être parce qu’imaginer le futur fait peur. Je n’ai pas envie que lorsqu’il sera dans le secondaire, mon fils passe ses journées soit devant un tableau lumineux, soit sur une tablette. Vu l’époque, c’est difficile de se projeter dans un avenir joyeux et qui ait du sens. Mais ce projet-là m’emballe. Et je trouve que c’est à nous de donner du sens. Je veux des murs transparents, des salles où les enfants se déplaceraient et travailleraient par petits groupes. Pas un truc monolithique où tu t’endors sur la première phrase de Jean-Jacques Rousseau ! Mais à nous de donner du sens à tout ça !

Julien, deux enfants, 10 et 13 ans
Géniales, vos histoires de couloirs qui n’existent plus, de multiplications japonaises et tout. Je pense même que l’on viendra chercher nos enfants en voiture volante et que les gamins feront leurs devoirs avec des robots. Ah, non, pardon, il n’y aura plus de devoirs, c’est vrai ! Vous savez comment elle doit être, l’école de demain ? Dans une relation plus étroite et plus concertée avec tous les parents. Elle ne doit exister que pour un seul intérêt commun : l’enfant. Le reste, c’est de la belle science-fiction qui sonne bien et qui ne résout rien.

Le Ligueur s'enthousiasme…

Cette visite de l’école du futur présentée par Marcel Lebrun a quelque chose d’incroyable. Elle met en résonance les failles de celle d’aujourd’hui. Vous nous dites souvent que vous voulez une école encore plus libre, qui s’affranchit des pratiques poussiéreuses. Vous voulez qu’elle danse sur un tempo différent, plus en accord avec le rythme de votre bambin et plus imbriquée avec votre partition quotidienne. Alors pourquoi ne pas y croire, ne pas influer sur son changement et sa trajectoire ? C’est quoi, le rôle des parents, comme le demande Julien ? C’est de s’impliquer dans cet univers technologique où nos gamins, gamines gambadent joyeusement. C’est peser pour faire régner un peu de transparence, de cohérence, c’est encourager plus d’interdisciplinarité. C’est surtout considérer tous ces outils numériques comme un potentiel plus que comme un danger. Rien de très sorcier en somme.

Yves-Marie Vilain-Lepage

Les bonnes adresses du Ligueur

À lire : Réfléchir l'école de demain, de Bernard Delvaux, Luc Albarello, Mathieu Bouhon, éditions de Boeck.