Vie de parent

Demain, c’est fait… ou presque :
des experts décrivent la vie
de tous les jours…

Sautons dans notre machine à voyager dans le temps. Nous vous proposons un petit tour dans le futur. L’occasion de voir comment vont évoluer vos relations avec vos enfants, que ce soit par rapport à une école hyper-numérisée et une vie familiale rythmée par les nouvelles technologies. Comment éduquer nos bambins au milieu de tout ce machin-là ? Certaines de nos règles, de nos comportements ne devraient-ils pas être (re)questionnés ? Anticipons ensemble. Petit tour en télétransport avec des experts passionnés et des parents plutôt confiants.

Demain, c’est fait… ou presque : des experts décrivent la vie de tous les jours…

Marc Ribault, ingénieur high-tech : « Le futur technologique ? Il sera éthique »

Selon moi, le gros enjeu du monde de demain réside dans la question liée à l’intégrité morale et à l’intégrité du corps. Un exemple ? Quelques concurrents ont développé une technologie dont on parle de plus en plus : la puce intégrée à l’organisme. Bon, attention, on en est à l’âge de pierre, mais… Dans certains établissements très selects aux États-Unis et ailleurs en Occident, l’accès et la fonctionnalité du lieu se font par l’entremise d’une puce intégrée dans le corps. L'accès à l'enceinte de l’établissement, mais aussi à toutes les informations (compte en banque et autres dossiers, informations personnelles, bientôt données sur la santé) sont compilées dans ce nano-ordinateur. Tout laisse présager que cela va se développer. Encore plus par l’entremise des nanoparticules qui paraîtront moins violentes - puisque ingérées - que le fait de se faire greffer une machine électronique dans la peau.
À tort ou à raison, je n’ai pas de point de vue. On peut le voir comme une garantie de sécurité pour les parents. Comme un bond énorme en termes de santé, mais aussi pour la mise en relation des personnes et le partage des données. Cette hyper-connexion doit avoir quelque chose de rassurant. Bien sûr, les dérives sont inquiétantes. L’ultrasurveillance, l’espionnage, le contrôle absolu. Tout l’enjeu du futur technologique réside là. L’humanité va devoir se lancer un pari de la plus haute importance : se servir de ses outils, tout en préservant son intégrité, sa liberté.

Une ère enthousiasmante

Une fois toutes ces questions éthiques maîtrisées, nous allons vivre une ère enthousiasmante. La machine va seconder l’homme dans ses tâches ardues et pénibles, sans influer sur l’emploi. Les engins vont se déplacer de façon beaucoup plus éco-responsables. Vos gamins continueront à raconter des histoires fabuleuses, combinant leur imaginaire d’enfants avec des inventions pensées sur-mesure. Les devoirs pénibles que l’on fait par contrainte ? Finis ! Des gamins auront entre les mains des outils fantastiques, adaptés et conçus pour leur propre rythme scolaire.
On ne parle plus d'écrans qui bousillent les yeux. Je suis persuadé que la technologie aura quelque chose d’organique. Les enfants parleront à des petits robots, conçus en cuir végétal, par exemple. Ils s’organiseront depuis leurs chambres en réseaux, avec les recommandations de leurs camarades en direct. L’high-tech sans nocivité, sans toxicité.
Que les plus récalcitrants réalisent bien que l’on est à l’aube de toutes ces inventions qui vont rendre le monde meilleur et facile. Ça nous fait peur aujourd’hui, parce que les dérives sont possibles et aisées. Mais une fois cadrée, toute cette inventivité va se faire au service de l’Homme. Pas du capital, pas d’une idéologie destructive ou nauséabonde, mais bien d’un intérêt collectif. En un mot : parents, vous allez aimer le futur. Il sera au service de votre éducation, et pas l’inverse. À condition que vous fassiez en sorte de bien maîtriser tous les outils qui vont nous y propulser…en douceur !

Olivier Bogaert, spécialiste de la cyberdélinquance : « Nous avons quatre enjeux pour le futur »

  1. La protection des informations. Nous allons devoir développer des outils de sécurisation pour protéger les informations de plus en plus personnelles - type activités, loisirs - de nos enfants. Les publicités vont donc être de plus en plus ciblées. On va rentrer de plain-pied dans le royaume des algorithmes.
  2. L'autonomie de la machine. L'intelligence artificielle va s'accroître. Il va falloir décider de ce que l'on en fait. L'exemple le plus proche ? La voiture autonome. On s'en remet à elle, on va lui faire confiance. Ce qui entraîne une véritable modification dans les rapports entre les humains. La machine va devenir de plus en plus responsable. Sur quels critères ? Un abîme de réflexion s’ouvre à nous.
  3. La bonne distance de l'utilisateur. Les constructeurs vont développer très rapidement de nouveaux instruments high-tech qui peuvent à la fois être très utiles comme nous le faisons là (ndlr : l'interview se déroule pendant qu'Olivier Bogaert conduit), mais qui entraînent aussi un manque de discernement. On le voit dans les commentaires sur les réseaux sociaux, il n'y a plus de prise de distance, chaque nouveau joujou apporte toujours un peu moins de nuances.
  4. Créer le débat. Dans la société, dans la famille, à l'école. Jusqu'où va-t-on ? Est-ce que, parce que les mômes ont la tête plongée dans leur smartphone, mettre en place un système de signalisation en led sur le trottoir, c'est une bonne chose ? Nous allons de plus en plus vers une grosse remise en question de la sphère publique. La nécessité de communiquer est de plus en plus étayée. Tout ceci doit se faire dans la discussion et doit être pensé.

LES PARENTS RÉAGISSENT…

Sébastien, deux enfants, 2 et 6 ans 
Je suis assez récalcitrant sur l’équation high-tech-éducation, bien qu’assez geek. Mais quand je lis des propos comme ceux de Marc Ribault, je réalise l’importance d’inculquer les bons réflexes aux enfants le plus tôt possible. Plutôt que de fermer les yeux et de rester aveugle sur le potentiel de ces machines, autant les mettre sur un chemin résolument éthique. Si elles font le futur de demain, autant que cela se fasse par l’entremise de nos valeurs.

Mehdi, une fille de 9 ans
J'ai vraiment le sentiment que l'avenir de l'éducation de nos enfants, on ne l'envisage que d'une manière matérielle. On ne parle plus de grandes valeurs morales. Là, c'est du niveau de : « Est-ce que mes gosses vont regarder la télé ou non ? ». Comme si les idées, la pensée, la foi avaient été remplacés par des objets qui vont faire les citoyens de demain. D’accord, c'est peut-être pas plus mal, parce que lorsque l'on se consacre uniquement aux valeurs et à la religion, on fait des conneries. Mais ne le rendons pas uniquement technologique, ce monde de demain, tout de même.

Thomas, deux enfants, 3, 9 et 11 ans
Je m'en fiche de tout ça. Moi, ce que j'aimerais, c'est un vrai débat autour des usages de ces bébêtes électroniques. Qu'elles soient plus discrètes, qu'elles ne nous coupent pas des uns des autres. Et surtout qu'elles ne poussent pas à une consommation effrénée. C'est triste quand des gamins demandent des cadeaux à l’obsolescence programmée pour leur anniversaire. Ça me renvoie au fait que l'on accepte tout un peu bêtement en tant que parents !

Rachelle, trois enfants, 4 à 12 ans 
Je partage l’avis de cet ingénieur. Mais ce n’est pas parce que l’on va décider que la technologie est éthique que ça va balayer tout ce qu’il y a d’illégal dans un monde hyper-connecté. J’enseigne les bons usages à mes enfants, ça n’a pas empêché ma fille aînée de faire n'importe quoi sur Facebook et de propager des rumeurs sur une de ses copines. Comment va-t-on éviter ça dans le futur ? On va rendre les choses infaillibles ? On va serrer la vis ? On ne laissera aucune marge de manœuvre ? Alors, c’est ça, l’avenir ? Ligoter pour qu’il n’y ait plus d’accident possible ? Hé bah, ça a l’air génial…

Daniela, deux filles, 16 et 18 ans
Je partage l’enthousiasme de votre expert. Et j’ai même envie de dire mieux, c’est qu’il faut sortir la tête du trou et se réjouir. Un frigo qui parle, une brosse à dents connectée qui nous dit que l’on s’est mal brossé les dents, c’est nul. Mais s’imaginer vivre avec des robots, des petites machines volantes ou, mieux, que l’on va inventer de nouvelles énergies plus propres, des outils intelligents, mais c’est génial, quoi ! Comment voulez-vous que l’on construise un avenir propre si on flippe dès qu’on parle du futur ? Il faut l’imaginer le mieux possible pour qu’il se rapproche de nos rêves. Je veux que mes futurs petits-enfants se déplacent en skate volant. Qu’ils aillent dans une école où une voix automatique leur dit bonjour. Je veux qu’ils jouent au basket contre les hologrammes de Michael Jordan et que l’on invente une machine qui permette de changer de couleur de peau. Technologique ou pas, le futur doit être à la hauteur de nos envies. Sans quoi, à quoi bon perpétuer l’espèce humaine ?

Le Ligueur y croit...

Vous nous dites, à l'image de Rachelle, que quand on a les pieds trop ancrés dans un présent morose, on envisage avec peu d'entrain de sauter à pieds joints dans un futur morose. Pourtant, ça ne vous empêche pas de rêver et de redoubler d'optimisme pour l'avenir. Entre les deux, c’est peut-être une bonne dose de bon sens auquel il faut s’accrocher. Mehdi le sous-entend dans son témoignage. Lorsque l'on évoque le rapport entre technologie et éducation, la technique semble souvent prendre le pas. Il ne faudrait pas que la machine occupe le débat au profit de la pensée. L'aspect commercial, consumériste, virtuel et accaparant de la camelote high-tech ne devrait jamais l'emporter, ni sur la façon dont on éduque, ni sur la façon dont on pense, ni sur la façon dont on vit. Cela va demander à tout un chacun de sacrés efforts pour maintenir l’équilibre entre les deux pôles. Déjà sur le marché, vous avez aujourd’hui des engins qui peuvent faire le pire et le meilleur. La caméra Logi-circle (Logitech), par exemple, peut vous rassurer comme caméra de surveillance au moment du départ en vacances. Elle peut aussi ne rien rater de la journée d’anniversaire et de ses moments magiques. Mais elle permet également de vérifier si votre ado récalcitrant est bien en train d’étudier.
Pour le pire et le meilleur, vous disait-on. Faisons en sorte que ce futur technologique soit d’abord, pour nos enfants, une promesse d’espoir. Et là, nous avons un rôle à jouer.

Yves-Marie Vilain-Lepage

Les bonnes adresses du Ligueur

  • La Semaine Numérique se déroule désormais en octobre. Elle aura lieu du 10 au 21 octobre. Le thème de cette année : Place aux rêves ! Qu'est-ce que le numérique nous apporte ? En quoi peut-il nous simplifier la vie ? À quoi ressemblera le monde dans vingt ans ?
  • Quinzaine de l’éducation aux médias. Le principe ? Tous les acteurs qui le souhaitent sont invités à proposer des activités de sensibilisation, d’animation ou de formation autour de l’éducation aux médias du 12 octobre au 26 octobre 2016.
  • Le Centre de ressources en communication et éducation aux médias en Communauté française de Belgique, plein d’infos très pratiques, des cours d’éducation aux médias et même des petites annonces pour vos grands enfants.
  • Point Culture : toutes les infos sur les expositions, conférences qui dressent des ponts entre les arts et le numérique dans toute la Belgique. Une manière géniale de se familiariser avec l’univers high-tech en famille.

À lire : Surfons tranquille 3.0 (réédition), Olivier Bogaert, éditions Racine