Vie de parent

Des Écoles de la Paix, oui, ça existe

L’Institut Maris Stella Saint-Lambert, à Laeken, a été labellisé École de la Paix pour ses actions menées tout au long de l’année en classe de paix. Mais en pratique, en quoi consiste l’éducation à la paix ? Cinq questions à Christine Jaminon, coordinatrice de l’asbl Éducation Globale et Développement.

Des Écoles de la Paix, oui, ça existe

En quelques mots, qu’est-ce que c'est l’éducation à la paix ?

Christine Jaminon : « L’objectif de faire prendre conscience aux enfants de l’importance de la paix autour d’eux et en eux. L’éducation à la paix se fait durant les 'classes de paix' au travers de cinq dimensions :

► l’amitié, dans son sens universel, afin que les enfants puissent se voir positivement. Nous les incitons à interagir les uns avec les autres sans aucune agression, de manière positive.
► les émotions. Quelles sont les différentes émotions qui existent, comment les reconnaître, comment identifier les émotions des autres et réagir de façon appropriée ?
► les valeurs universelles. Nous vivons dans une société de plus en plus multiculturelle où les valeurs des uns ne sont pas forcément celles des autres. Mais certaines valeurs, comme le respect, la courtoisie, la coopération… sont valables pour tous. Que veulent dire ces valeurs et comment les enfants peuvent-ils les mettre en pratique ?
► la résolution de conflits : apprendre à résoudre nos conflits de manière gagnant-gagnant. À travers des exercices ludiques et des discussions, nous donnons aux enfants des outils pour les aider à faire face aux conflits et pour les résoudre de façon à ce que chacun s’y retrouve. La finalité est d’apprendre aux enfants et aux jeunes à devenir des médiateurs.
► la citoyenneté mondiale, à travers laquelle nous invitons les enfants à s’interroger sur ce qui nous rassemble en tant qu’êtres humains. »

Comment est né le projet des « Classes de Paix » ?

C. J. : « Le projet des classes de paix a vu le jour il y a près de quinze ans suite à des discussions que nous avions eues avec divers acteurs. De nos entretiens avec des parents, il était notamment ressorti qu’il y avait beaucoup de violence dans les écoles, en particulier dans les cours de récré. Nous avons donc lancé quelques classes de la paix pilotes et les résultats ont rapidement été au rendez-vous. Petit à petit, nous avons développé ce projet, qui a pris de plus en plus d’ampleur, jusqu’à être agréé par la Fédération Wallonie-Bruxelles en tant qu’organisation de jeunesse.
Chaque année, 10 à 15 écoles participent au projet. Nos animateurs interviennent dans environ 90 classes, ce qui représente environ 2 000 élèves. »

Concrètement, en quoi consiste le programme classe de paix ?

C. J. : « Notre programme s’adresse actuellement aux élèves de maternelle et de primaire. En pratique, les écoles qui souhaitent participer aux classes de Paix s’engagent pour une année scolaire. Au cours de cette année, un animateur de notre asbl vient chaque semaine animer un atelier d’une heure. Pour que le projet vive en dehors de cette heure, les enfants reçoivent chaque fois deux défis : un à réaliser dans la cour de récré et l’autre à la maison. Cela permet aussi d’impliquer les parents. En fonction de l’âge des enfants, nous adaptons nos méthodes et nos outils. Avec les petits, on travaille avec des jeux, des marionnettes, des albums cartonnés… tandis qu’avec les plus grands on est davantage dans la discussion, le débat et la réalisation de projets.
Une fois par an, nous organisons une fête pour les parents afin que les enfants puissent présenter ce qu’ils ont fait en Classe de Paix. C’est aussi l’occasion de discuter avec les parents, de savoir ce qu’ils observent, à quels défis eux sont-ils confrontés au quotidien et d’adapter nos activités/objectifs en conséquence. En fin d’année, nous faisons une évaluation avec les élèves et chaque enfant reçoit un diplôme d’artisan de paix. Un bilan avec les enseignants est aussi établi sur les réussites et les points à améliorer. »

Comment obtenir le label « École de la paix » ?

C. J. : « Le label est attribué aux écoles qui, comme l’Institut Maris Stella Saint-Lambert, ont organisé des classes de paix au niveau de l’établissement complet. À l’origine, nous travaillions en effet uniquement avec quelques classes par école. Depuis quelques années, il y a une véritable volonté de la part des écoles de s’impliquer de façon globale dans le projet et elles y inscrivent la totalité de leurs classes. Nous en sommes heureux car la dynamique et les résultats sont encore meilleurs lorsque toute l’école participe. À la fin de l’année, les écoles dont toutes les classes suivent notre programme durant un an reçoivent le label en guise de reconnaissance. Il est décerné pour l’année écoulée et nous invitons les écoles labellisées à se réinscrire pour l’année suivante pour pérenniser les résultats obtenus. »

Quels sont les enjeux de ce type d’action ?

C. J. : Avec l’éducation à la paix, nous essayons de répondre à plusieurs problèmes de société. Tout près de nous, il y a d’abord les problèmes de conflits et de violence dans les classes, les cours de récré, les milieux extra-scolaires et ailleurs. Nous nous sommes rendu compte que les enseignants et le personnel encadrant étaient souvent peu outillés pour faire face à ce type de problème. Avec les classes de paix, nous tentons de leur offrir des outils dont ils pourront se resservir le moment venu.
Ensuite, nos enfants sont élevés dans une société de plus en plus connectée. Ils sont confrontés très tôt et de plus en plus souvent aux écrans et aux nouvelles technologies. Ils ont moins de contacts directs avec d’autres enfants et cela modifie leur rapport à l’autre. Les activités que nous faisons leur permettent de se reconnecter avec leurs pairs et de développer des compétences au vivre ensemble.
Enfin, nous vivons dans une société de plus en plus multiculturelle et, dans les classes, les origines des enfants sont souvent très diverses. C’est donc important de développer des compétences permettant de se côtoyer de façon harmonieuse et respectueuse. Par rapport à des problématiques comme la migration, le radicalisme… les classes de paix offrent des réponses aux questions des jeunes.
Quand des évènements tragiques se passent, par exemple, on en parle en classe de paix. Il n’est pas toujours facile pour les parents de savoir comment répondre aux questions de jeunes enfants sur de tels sujets. Nous tentons donc de leur offrir un espace de parole, d’échange et des réponses appropriées à leur âge.
Le monde dans lequel nous vivons est de plus en plus dur et les enfants sont confrontés à la violence de plus en plus tôt. L’éducation à la paix doit permettre de comprendre et d’enrayer cette violence. »

Gaëlle Hoogsteyn

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En savoir +

Créée en 2001, l’asbl Éducation Globale et Développement organise des animations d’éducation à la paix et à la citoyenneté. Depuis 2005, ses classes de paix rencontrent un beau succès. Prochainement, des actions pour les élèves de secondaire seront d’ailleurs lancées.
L’asbl organise aussi des Ateliers Créatifs de Paix à destination des écoles, des activités pour les familles comme les Sunday Brunch ou encore des stages de vacances pour les enfants. L’association soutient aussi des projets similaires en Inde.
Dans le pipeline de l’association : un trajet de formation à la paix destiné aux parents et aux professionnels à raison d’une séance par mois donnant droit à une certification en fin de parcours.
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