Vie de parent

En pleine crise !

En pleine crise !

Farka, papa de Salim, 13 ans : « Tout ce que la vie offre en dehors de l’école »

Mon garçon est vraiment super sympa, même en crise. Sa mère et moi sommes séparés depuis plus de deux ans. Quand il est chez moi, il me feinte. J’ai des horaires irréguliers, je ne rentre pas à 18h30 tous les soirs pour voir si les devoirs sont bien faits. Alors, il sort en douce. Il ne fait pas de bêtises, mais il profite de tout ce que la vie offre en dehors de l’école. Et les notes ne suivent pas du tout. Il a doublé l’an passé et, cette année, le bulletin est un massacre. Il ne prend pas les études au sérieux, il ne croit pas en l’école. C’est de ma faute, je lui ai toujours répété que je n’y croyais pas.

► Qu’est-ce que vous pouvez faire ?

Françoise Cornet, coordinatrice d’Échec à l’échec pour la région de Liège

On est dans un des cas classiques de décrochage. Les parents qui nous lisent savent très bien que tous les ados sont en crise. À échelle plus ou moins variable. C’est une période difficile. Rajoutez une séparation, même en bonne intelligence, et ça se transforme vite en situation ingérable. Même sans être dans une situation de séparation, le phénomène de décrochage revêt plusieurs formes. J’ai vu des cas très durs dans des familles très classiques. Un des problèmes, c’est que l’école n’assure plus la continuité maison-école. D’abord parce que l’institution connaît un désengagement massif, lié à la dévalorisation de notre métier. L’intérêt de l’enfant, le lien parent-enseignant, ils se délitent. Même avec les élèves, il y a souvent une grande distance. Rares sont les espaces où l’on peut simplement discuter. J’ai le sentiment que les cours se prêtent davantage à une forme de communication institutionnelle qu’à un dialogue.

L’aider à trouver le déclic

Les cordonniers sont les plus mal chaussés. Une collègue prof a eu un cas de décrochage avec sa fille. Comme beaucoup de parents, elle ne l’a pas vu venir. Elle reçoit un coup de fil, un jour : « Madame, les devoirs de mathématiques de votre fille ne sont jamais signés ». Elle pensait bêtement qu’à 14 ans, sa fille travaillait seule. Elle reconnaît avec le recul qu’elle a lâché prise. Sa fille a redoublé deux fois. Il a fallu attendre le déclic. Son rôle à ce moment-là consistait à l’aider à trouver ce déclic. Le parent ne peut pas forcer, il doit juste aménager les conditions les plus favorables possibles. Et montrer à l’enfant qu’il refuse de baisser les bras.
► Il est important de se faire aider dans ces moments-là. Nous avons opté pour un psy. Les armes des parents dans ces conditions sont le dialogue, l’encouragement. Le cap est assez « simple » : retrouver sa motivation. Les aléas de l’adolescence peuvent conduire les enfants à avoir un rejet très dur de leurs parents. Dans ces conditions, ce n’est pas capituler que d’avoir recours à une tierce personne : un grand-parent, un oncle, une tante, un·e ami·e, une personne de confiance.

Trouver la clé

Peu importe la situation, l’impasse n’existe pas. La quête du parent consiste à trouver la clé de son enfant. Ça passe par plein de petites choses pratiques. Par exemple, il adore les voitures. Alors on commence à l’appâter avec des revues automobiles, pour le faire lire. Ensuite, on trouve des ouvrages qui se réfèrent au monde de l’automobile et, petit à petit, on l’amène à des choses qui collent avec ses cours. « Tiens dans tel livre, la phrase est construite comme ça, c’est justement ce que tu as vu en cours ». On crée une complicité avec l’enfant et on lui montre qu’il y a un peu de vie dans ce qu’il apprend tous les jours. La vie se passe aussi à l’école.
► En début d’année, les élèves reçoivent une farde avec tous les renseignements pratiques, type centre PMS, association des parents, etc. Il faut la garder précieusement. Car dans celle-ci, on vous indique que chaque parent peut saisir le préfet de l’établissement pour qu’il rassemble les professeurs afin que ceux-ci évoquent les difficultés de votre enfant. C’est un peu comme un conseil de classe, mais individualisé. Bon à savoir.

⇒ Aller chercher de l’aide ailleurs ?
Le cas de Salim n’est pas tout à fait alarmant. Un redoublement. Une petite envie de voir le large quitte à dénigrer les salles de cours. Bon. À ce stade, Farka peut largement redresser la barre. Mais pas tout seul. Et qui dit crise, décrochage, éloignement – mettez-y les termes que vous voudrez – dit qu’il faut opérer un « accrochage ». Ré-accrochage, pourrions-nous dire, même. En cela, enseignement.be  est un outil très riche pour remettre votre enfant en selle.

Yves-Marie Vilain-Lepage

Zoom

Crise d’accord, mais les bourses ?

Si les professeurs, les parents et le Ligueur plaident en chœur pour une approche humaine de la crise d’adolescence et de ses dérives qui peuvent conduire à l’échec scolaire, l’administration, elle, est moins conciliante. Quid des bourses en cas de redoublement ?
D’abord, vous, parents, vous vous êtes engagés à ce que votre enfant « fréquente » l’établissement. Il y est inscrit comme élève régulier. Il y a donc une forme de contrat à respecter. Vous pouvez l’expliquer à votre enfant.
Sur la question du redoublement : à partir de la 3e, s’il redouble, on lui supprime sa bourse. Une seule dérogation est possible. De quoi se motiver à la trouver, cette fameuse clé, pas vrai ?

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Et si on évaluait l’évaluation ?

« Madame, le devoir, il est coté ? ». Personne n’aime les interros. Que ce soit en primaire ou en secondaire, personne n’aime les points. Pourtant, ce système d’évaluation a du mal à être remis en question. Beaucoup de profs, de parents, voire même d’élèves, défendent encore les notes dans le bulletin. N’empêchent-ils pas par là l’école d’évoluer vers un modèle centré sur l’acquisition de compétences plus que de savoirs ?