16/18 ans

« Est-ce que mon petit copain peut venir dormir à la maison ? »

Héberger le petit copain ou la petite amie de son ado, c’est ouvrir la question des rapports sexuels sous le toit familial. À chaque tribu ses repères, mais la réponse est souvent plus fluide et sereine lorsque les parents abordent le sujet clairement avec leur ado.

« Est-ce que mon petit copain peut venir dormir à la maison ? »

« Je me souviens que le premier soir où Éric* a dormi à la maison, je n’étais pas très à l’aise, se remémore Violaine, maman bruxelloise. Notre chambre n’est pas très loin de la chambre d’Alex*. C’était un moment un peu… particulier ». Les deux ados sont restés discrets. Depuis lors, Alex a l’habitude de ramener son petit copain à la maison pour dormir, mais ce n’était pas gagné d’avance pour le jeune homme de 15 ans.

« Au départ, c’était un non catégorique, raconte la maman. On en a beaucoup discuté avec mon mari. On trouvait qu’il était trop jeune. Il était avec son petit copain depuis sept mois. On lui a dit qu’il pouvait venir nous poser des questions sur sa vie affective, mais je n’allais pas m’immiscer là-dedans. Son père était plus sur la retenue, car Éric est un peu plus âgé que mon fils. »

Entre Alex et Éric, il y a deux ans et demi de différence. Juste assez peu pour que ce soit « autorisé » au regard de la loi. L’âge, c’est peut-être une des premières questions à se poser selon Patrick Petitjean, psychologue au groupe santé Josaphat, planning familial à Schaerbeek. « Avec la réforme du droit pénal, les rapports sexuels avant 16 ans sont autorisés, mais avec un copain ou une copine qui n’est pas âgé de plus de trois ans ».

C’est O.K. pour Éric et Alex. Mais l’argument qui a fait basculer la décision parentale vers le oui, c’est la grande sœur d’Alex. Elle a pu ramener son copain à 15 ans. « Il m’a alors dit ‘C’est parce que je suis homosexuel que vous ne souhaitez pas qu’Éric vienne dormir avec moi’. Ça a fait mouche. On en a parlé, on a réfléchi. Et finalement, on a dit oui à condition de mettre un matelas à côté du lit ». Un système qui rassure davantage les parents que les jeunes.

Évidemment, le lendemain matin, les draps de ce matelas n’avaient pas bougé. « Je me suis rapidement rendu compte qu’ils avaient dormi ensemble. C’est normal, ils sont jeunes et amoureux. Et puis, je préfère qu’Alex me demande cette permission plutôt que de me dire qu’il dort chez une copine et qu’en fait, il est ailleurs ».

La sécurité comme premier critère

Avoir ses premières relations sexuelles dans un cadre sécurisé, sous le toit familial, plutôt que de ne pas savoir dans quelles conditions cela arrive, c’est la réflexion de pas mal de parents quand nous vous avons sondés sur Facebook. « Dire non ne les empêchera pas de faire des choses, alors autant dire oui pour qu'au moins, ça se fasse dans un endroit safe et confortable », nous dit par exemple Sandrine.

Un argument avec lequel Patrick Petitjean est plutôt d’accord. « À partir d’un certain âge, cette question travaille les ados de toute façon. Ce n’est pas quelque chose que l’on peut postposer ». Pour le psy, il est indispensable d’avoir une discussion sur la santé sexuelle de l’adolescent·e avant d’ouvrir la porte de sa chambre au partenaire.

« Ça va dépendre de la possibilité d’en parler en famille ou si ce n’est pas possible, de renvoyer à un planning familial. Il est question de se protéger, de ne pas tomber enceinte, d’éviter des maladies sexuellement transmissibles, de comprendre la notion de consentement. Et puis, il y a la question de la première fois à ne pas dramatiser et à ne pas banaliser. »

« Je me suis rapidement rendu compte qu’ils avaient dormi ensemble. C’est normal, ils sont jeunes et amoureux » 

Cette discussion, Jessica, maman solo à Rochefort, l’a eue avec ses deux ados, Mathieu*, 17 ans, et Cynthia*, 15 ans. « Pour moi, ça a été oui directement, mais il y a un âge minimum : 15 ans. Je pars du principe qu’on peut dormir ensemble sans forcément avoir des rapports sexuels. Ma fille est encore trop jeune, je pense. Pour mon fils, c’est différent. Avec les deux, on en a énormément discuté. On a regardé des reportages avec des témoignages d’ados qui ont des rapports sexuels jeunes et qui tombent enceintes. Donc, ils ont vu qu’il fallait se protéger. La copine de Mathieu est déjà venue dormir à la maison. Nous n’avons pas de tabou et je sais qu’ils ne l’ont toujours pas fait. Mon fils m’a dit qu’il préférerait attendre le bon moment et ‘ne pas faire ça à l’arrache’. Une attitude très mature selon moi ».

La question du consentement, de la première fois, était au cœur des discussions de Jessica avec ses enfants. « J’ai toujours dit à mon fils que si sa copine n’était pas prête, il ne fallait pas passer à l’acte sinon il allait la détruire, elle, et se détruire lui aussi au passage parce qu’il regretterait. Idem avec Cynthia. Je lui ai dit que les premières fois, c’était important. Je suis de la génération Julie et Mélissa. Du coup, j’ai été sensibilisée au respect des enfants ».

Entre valeurs familiales et accompagnement

La maman a également prévu le coup de la contraception : les préservatifs se trouvent dans la table de nuit de Mathieu. « À cet âge-là, ils sont gênés d’en acheter. Je lui ai dit que quand il n’y en avait plus, il m’envoie un sms ».

Même réflexe à Bruxelles chez Miguel et sa compagne. « Ils savent dans quel tiroir se trouvent les préservatifs à la maison ». Eux, ce sont les deux fils Mathis*, 19 ans, et Julien*, 24 ans. Mais pas question que les deux autres ados Aline*, 15 ans, et Pierre, 13 ans, ramènent leur petit copain ou petite copine pour la nuit.

« La règle à la maison, c’est ‘pas avant 18 ans’. Avant cet âge, on n’est pas adulte. En tant que parent, on est censé avoir une certaine autorité et surveillance. Et on est gêné qu’ils aient des relations sexuelles à la maison. À moins de 18 ans, ce sont encore des enfants, des grands enfants. Ça nous dérange. »

Mais le papa n’est pas dupe. Il sait que son aîné a eu ses premiers rapports en dehors des murs de la maison familiale. « On était soulagés. C’est comme si on avait réussi à éviter que ça se passe chez nous. C’est un peu con, car on n’empêche pas qu’il y ait une relation. C’est juste qu’on ne veut pas que ça ait lieu dans la maison parentale ». Pourquoi ? « C’est difficile à expliquer, mais je crois que c’est la peur de voir ses enfants passer à l’âge adulte ».

Une analyse que partage le psychanalyste Patrick de Neuter. « Ce qui se pose, c’est la question d’assister ou de presque assister aux relations sexuelles de ses enfants, surtout si la cloison est fine, explique-t-il. C’est difficile pour le parent d’imaginer son enfant faire l’amour ».

La question de la contraception

Pour Miguel, il n’était pas non plus question de banaliser l’acte sexuel en l’autorisant trop tôt. Mais la règle est différente chez la maman d’Aline. « Elle accepte à partir de 15 ans, car elle préfère que les rapports sexuels aient lieu dans un endroit sécurisé, chez elle. Lors d’une de ces permissions, ma fille est tombée enceinte ».

Ce n’est pourtant pas faute d’avoir sensibilisé leur fille à la contraception. « Comme elle nous a dit au début qu’elle était attirée par les filles, on ne s’est pas trop tracassé et on ne lui a pas proposé de contraception hormonale. Puis, elle a changé de bord. Pour moi, le fait de l’avoir autorisée à dormir avec son petit ami sous le toit familial alors que ça faisait deux semaines qu’ils étaient ensemble n’est pas la seule cause au fait qu’elle soit enceinte, mais cela y a contribué ».

Une situation qui montre l’importance de la bonne discussion au préalable même si elle ne préserve pas de tout. Chez Violaine, s’il n’y a pas d’enjeu de contraception, soulever la question de laisser dormir son ado avec son petit copain a finalement permis à la maman de parler de sexualité avec Alex et d’aborder un tas d’autres aspects. « Et j’avoue que, parfois, les discussions vont un peu trop loin pour moi. Il me semble important qu’il puisse avoir son jardin secret et que je ne sache pas tout. C’est un équilibre à trouver ».

* Prénoms modifiés

Marie-Laure Mathot

Les critères des parents pour prendre leurs décisions

L’endroit sécurisé

« Je préfère que mes ados soient dans un espace sécurisé. Et puis, c’est chouette que mes enfants se sentent libres d’inviter leurs amoureux chez nous, qu’ils partagent un repas, un moment de notre vie. Par contre, accueillir un bébé couple 100% du temps, non. S’ils veulent leur indépendance, à eux d’en créer les conditions matérielles et donc financières. » Julie

L’agencement de la maison

« Pour Yannis, on avait dit oui à la condition de… ne rien savoir, rien voir, rien entendre… Ils étaient au grenier, avec ses murs en carton, au-dessus de notre chambre. Honnêtement, jamais rien entendu. » Nathalie

La longévité de la relation

« C’est oui… si cela fait plusieurs mois qu’ils sont ensemble. 😁 » Ann

L’orientation sexuelle

« Ma fille a 14 ans et sa petite copine vient à la maison. Je ne sais pas si j’aurais accepté à cet âge-là, si elle avait demandé à ce qu’un garçon vienne. J’avoue que c’est un beau dilemme. » Céline

La culture ou la religion

« J'étais contre cette idée et mon mari encore plus. Nous sommes portugais et un peu conservateurs quand même. Mais avons changé d'avis et compris que la génération de notre fils, 16 ans, vit les choses de manière différente. Sa copine vient chez nous et lui il va chez elle sans aucun problème. » Marina

L’âge/la maturité de l’ado

« Si tu as un bon dialogue avec tes enfants, ils connaissent leurs responsabilités. Moi, j’ai mon fils qui va avoir 18 ans, sa copine vient à la maison ou chez son père et je sais que mon fils veut prendre le temps. Maintenant, s’il était plus jeune, je ne sais pas si j'aurais accepté. Faut aller avec son temps et avoir beaucoup de dialogue avant toute chose. » Jessica

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