Vie de parent

Est sous pression

Est sous pression

Mara, maman de Flora , 14 ans : « Son seul objectif : cartonner »

Les valeurs que j’enseigne à mes enfants sont d’abord celles de la paix intérieure. Un grand mot peut-être, mais je pense que si on est bien dans sa tête, tout suit. Notre Flora, petite dernière de quatre enfants, se colle toute seule une pression pas possible. À ne pas dormir, à s’emporter pour rien. Son seul objectif : cartonner en classe. Mais cette année, ça ne va pas, elle bute sur plusieurs matières. Les notes tournent autour de 50 % et, pour elle, c’est un véritable drame. J’ai très peur pour la suite.

► Qu’est-ce que vous pouvez faire ?

Françoise Cornet, coordinatrice d’Échec à l’échec dans la région de Liège

Beaucoup d’enfants sont sous pression. 18/20 ? C’est presque une humiliation. Il y a deux cas de figures : ceux qui se collent eux-mêmes la pression comme Flora et ceux qui subissent une pression familiale. J’ai souvent vu des enfants de médecin ou des fils de prof dans ce cas de figure. Ça peut les détruire. D’autant que ça ne rime à rien. Être un bon élève scolaire, ça ne veut pas nécessairement dire que l’on soit brillant. Des élèves qui font ce qu’on attend d’eux, qui se battent pour des points, encore plus de points, qui vont sauter des classes, ça peut être problématique. Souvent parce qu’ils ne sont pas suffisamment encadrés et à la maison et à l’école. On se dit : « Non, les résultats vont, tout va ». Le fameux modèle scandinave fonctionne parce qu’on encadre énormément les élèves. On ne raisonne pas qu’en termes de bonnes notes.

La solution ? L’aide extérieure

► Avant toute chose, il ne faut pas la minimiser cette pression. Encore moins l’alimenter. Du type « Quel bosseur, dis donc, il n’arrête pas de travailler ». Un enfant tombe vite dans une spirale négative. Comment on l’évite ? Toujours par le dialogue. Dès que le ratio « trop de boulot/résultats qui ne suivent pas » augmente, on en parle entre parents et profs. Vous pouvez également inciter vos enfants à venir parler eux-mêmes aux profs après les cours. Pour ça, il faut les encourager. « C’est très bien si tu prends sur toi pour expliquer ce qui ne va pas aux profs ». C’est ce qu’on appelle le renforcement positif.
► Ce que l’on dit peu, c’est qu’aider son enfant, c’est parfois improductif. J’ai un très bon exemple : mon père, prof de français, qui m’épinglait. Je faisais un blocage quand on travaillait ensemble. Et dès que quelqu’un d’autre m’a expliqué, ça a marché. N’hésitez pas à vous appuyer sur une aide extérieure. Un grand cousin étudiant. Un oncle prof. Il expliquera différemment et ça peut ouvrir l’enfant à autre chose.

Le meilleur est en dehors de l’école

► La pire des choses à faire, c’est de s’énerver et d’essayer de redresser la barre soi-même. Ça ne fait qu’alimenter la spirale de l’échec. Des petites phrases que j’ai entendues trop de fois comme : « Tu es un bon à rien. Tu ne feras jamais rien de bien, tu n’en es pas capable », c’est une cata. D’ailleurs, quand j’entends des parents dire ça, je ne focalise plus que sur les qualités des élèves.
► S’il panique à cause de la pression, allez chercher le meilleur de votre enfant. Principalement les qualités autres que les aptitudes scolaires. Visez l’épanouissement dans les activités à côté de l’école. Le dessin, la musique, le sport.
► Parfois, quand le bulletin n’est pas bon, certains parents jugent bon d’interrompre une activité de leur enfant. Souvent le sport. Ce n’est pas une bonne idée. Dans un cas de stress, tout ce qui touche à l’extrascolaire est un vrai sas de décompression pour l’enfant. Et puis arrêter une activité pour une raison ou pour une autre, ça arrange qui au final ? Un peu le parent qui n’a plus à courir ou à s’organiser.

⇒ Aller chercher de l’aide ailleurs ?
Elle est toujours très compliquée la question de la pression qu’un enfant se colle. Dans une société où la performance prédomine, pas étonnant que les enfants soient les premiers à en pâtir. C’est d’ailleurs pour ça que les cours de méditation ou de yoga se développent de plus en plus, à côté et dans l’école. Ce qui nous semble encore aujourd’hui très new age est pourtant adopté chez plein d’élèves européens. En France et en Hollande, pour citer les voisins les plus proches. Sur le portail de la Fédération belge de yoga, vous trouverez plein d’adresses à côté de chez vous. Et pour les prochaines vacances, pourquoi ne pas inscrire votre petit pressurisé dans un stage qui combine remédiation scolaire et méditation. C’est ce que propose le Groupe de recherche sur le yoga à l'école qui part en croisade contre la déconcentration, la démotivation et les conflits.

Yves-Marie Vilain-Lepage

Zoom

Une pause s’impose ?

On dit beaucoup dans ce dossier qu’il ne faut pas trop travailler. Tout du moins, pas trop « mal » travailler. Mais comment savoir en tant que parents ? Après être rentré de l’école, votre enfant doit se prendre un break d’une demi-heure. Sans écran si possible. Il prend un goûter (oui, même les ados), avec un fruit et de l’eau. Et il s’y met.
O.K., mais comment ? Il commence par les choses qui l’amusent le moins : rédaction, devoir à rendre, leçons. Combien de temps ? De 12 à 16 ans, une heure par jour, grand maximum. Au-delà, il y a confusion et il s’y perd. À chaque fois, accompagnez-le dans une seule et même optique, celle d’anticiper sur les questions que l’on est susceptible de lui poser.