Étudier grammaire et conjugaison…
en chanson

Appelez-les Super. Tout simplement Super. Quand l’actu déprime, cette rubrique est là pour remonter le moral. Son objectif ? Mettre en scène des héros. Ceux qui rendent l’espoir possible. Il n’existe hélas pas grand monde pour parler d’eux. Nous leur ouvrons donc grand nos colonnes.

 

Étudier grammaire et conjugaison… en chanson

Et si les leçons de grammaire se transformaient en concert ? Et si les pluriels compliqués devenaient des invitations à s’aimer en chansons ? C’est le pari d’Antoine de Brabandère : marier règles de français et notes de musique. Le résultat amuse les enfants et enchante les profs, évidemment.

« Imaginez que vous vous baladez en forêt avec votre fille et puis là, vous croisez un énooorme hibou qui effraye votre petite. Vous avez envie de la protéger, de la prendre dans vos bras, de la câliner… C’est toute cette ambiance-là que j’ai voulu mettre dans cette chanson », raconte Antoine de Brabandère en glissant de la table à son piano. Ses doigts jouent déjà la mélodie et nous voilà embarqués avec lui à vouloir jeter des cailloux sur ce pauvre hibou plein de poux. À la fin de la chanson, les pluriels en « oux » n’ont plus de secrets pour nous.

C’était une leçon de français en musique. Sur le CD La grammaire en chantant, il y a douze chansons au total. Une idée originale qui séduit les premiers profs à s’être procuré le CD. « En classe, j’utilise les chansons d’Antoine pour la grammaire, les déterminants et, bientôt, on écoutera la chanson Mon-ton-son, explique Laetitia institutrice de 3e primaire à Bruxelles. C’est un chouette outil d’accompagnement dans une leçon. Ça fonctionne bien avec les élèves. La musique aide à la mémorisation. Mais surtout, elle donne le goût et l’envie d’apprendre différemment ».

Musicien, instit, pédagogue… et papa !

Apprendre différemment, apprendre en s’amusant, donner l’envie aux élèves… quel joyeux programme ! Et pour avoir cette brillante idée un peu loufoque, il faut être un sacré personnage. Mélodieux, rieur, imaginatif, passionné, presque habité, amoureux aussi… Antoine de Brabandère est tout ça à la fois. En plus d’être musicien, psychopédagogue, instit’ et… papa d’une sacrée tribu, ça compte.
Une de ses premières compositions a d’ailleurs été créée pour sa grande, en 3e primaire à l’époque. « Ma fille devait apprendre l’alphabet à l’endroit et à l’envers, comme les Grecs. C’est utile lors d’une recherche, mais c’est vraiment dur à retenir. J’ai essayé avec elle ZYX WVU… ». Il caricature les lettres, se rassied naturellement devant son piano pour poursuivre l’histoire.
« Je trouvais que ça sonnait un peu russe », dit-il avec une grosse voix. Une mélodie est née. Ça l’a amusé. Sa fille aussi. Le lendemain, elle était la seule de sa classe à connaître parfaitement l’alphabet dans les deux sens. Antoine est venu avec son synthé dans l’école de sa fille pour chanter leur composition. Les élèves ont fait les chœurs et, très vite, toute la classe connaissait la leçon « Je me suis dit que je tenais un truc, là », raconte le musicien.
« Puis, j’ai repris des études d’enseignant. J’ai fait des stages en 5e primaire. Les élèves voyaient les pronoms personnels. Je devais leur parler du ‘je’ et je voulais qu’ils sentent la force du ‘je’… Alors j’ai pris mon synthé et j’ai essayé ». Antoine se met à jouer et chanter « je, tu, il elle, nous, vous, ils, elles… Nous sommes les pronoms personnels ».

Vous avez dit inadaptable ?

Sa voix se module, se transforme, s’affirme à en faire trembler l’orchidée posée sur le piano. Elle s’adoucit pour finir le morceau dans un immense sourire, qui fait presque oublier que cette chanson est aussi didactique. C’est la force du CD, d’ailleurs : des paroles qui paraissent simples, des règles de grammaire que tout le monde apprend un jour ou l’autre et qui, une fois mises en musique, prennent de la légèreté et de la gaité !
Diplôme d’instit’ en poche et stages réussis avec brio, Antoine enseigne un peu à Rixensart. Mais ça ne dure pas, un prof revient dans l’école et il perd le job. Il poursuit donc ses spectacles en tant que musicien pour les Jeunesses musicales. Sa femme l’aide pour les décors et la mise en scène. Mais le statut d’artiste est précaire, le salaire fluctuant et pas toujours très consistant.
« Un jour, j’en ai eu marre de galérer, de porter mes spots et de m’épuiser en spectacles. Il était temps que je me pose. À partir du moment où je me suis dit ça, j’ai arrêté quasi tous mes spectacles et, du jour au lendemain, j’ai trouvé un job de prof de musique dans une école d’enseignement spécialisé. Moi qu’on avait qualifié de prof inadaptable lors de mes stages, je me retrouve avec des élèves parfois étiquetés comme ‘inadaptés’ au système scolaire traditionnel. Je trouve ça génial ! », raconte-t-il enthousiaste.
Une nouvelle tranche de vie s’offre à lui. Après ce nouvel emploi, c’est son nouveau CD qui sort, le résultat de deux ans de travail en collaboration avec Marco Rosano, pour les arrangements musicaux mais surtout avec l’aide de toute sa famille. Car derrière Antoine de Brabandère, il y a Rebecca, son épouse et six enfants. Tous musiciens, danseurs ou artistes. Quatre de ses enfants font partie des chœurs de son dernier CD, deux chantent même avec lui lors des showcases qu’il organise pour lancer son CD. L’aîné vient de terminer ses études pour devenir prof de musique et charme les réseaux sociaux en y chantant à la guitare torse nu, boucles au vent, Where Can I Buy Happiness ?
« Et le plus jeune a représenté la Belgique à Riga avec sa chorale des Pastouraux pour la chorale Eurovision de 2017 », précise le papa, non sans fierté. Un vrai terreau d’artistes, cette famille. Prochain défi : un CD pour apprendre les langues, en commençant par le néerlandais. We zijn klaar.

 

Estelle Watterman