Vie de parent

Gratuité scolaire : en avant avec le Pacte d’excellence ?

C’est une première : une enquête scientifique objective le coût des frais scolaires à la charge des parents. Une raison pour rappeler les revendications de la Ligue des familles dans le cadre du Pacte pour un enseignement d’excellence, mais pas seulement.

Des chiffres connus mais interpellants

Pour la première fois, grâce au soutien de la ministre de l’Enseignement, la Ligue des familles a pu réaliser sa traditionnelle enquête sur les frais scolaires auprès d’un vaste échantillon représentatif des enfants scolarisés en Wallonie et à Bruxelles (hors enseignement néerlandophone). Cette objectivation était un préalable inscrit dans la stratégie du Pacte pour un enseignement d‘excellence en matière de gratuité. Plus aucune raison de ne pas avancer maintenant. Parce que les chiffres sont là : rentrée, fournitures, voyages, activités, garderie… l’école coûte cher aux parents (voir notre dossier pages 13 à 22).

Des parents revendicatifs et résignés

Les frais qui gênent le plus les parents sont ceux qui relèvent des temps extrascolaires (garderie, surveillance du midi, repas, etc.). Ce sont des frais inévitables pour les parents qui travaillent, cherchent un emploi ou sont seuls avec leurs enfants. Une immense majorité, faut-il le préciser.
Et dans le même temps, les parents sont nombreux à exprimer leurs difficultés à assumer les frais directement liés aux apprentissages scolaires, sans pour autant imaginer qu’ils pourraient en être épargnés. La non-gratuité est tellement inscrite dans nos gènes qu’on en oublie que ce n’est pas légal de demander des frais de fournitures aux parents à la rentrée et pendant l’année.

Des directions d’écoles volontaires pour la gratuité

Cela aussi est inédit : une enquête sur les coûts scolaires qui donne la parole aux directions d’écoles. Et ça valait le détour. De ces dizaines d’entretiens particulièrement riches, nous retenons une véritable volonté de rendre l’école gratuite. Mais, aujourd’hui, les directions rencontrées n’y parviennent pas, essentiellement par manque de moyens financiers et humains. Leurs plus grandes difficultés se concentrent sur les frais extrascolaires pour lesquels elles ne sont pas financées : garderie, temps du repas et coûts des transports qui ont explosés.

Trois bonnes nouvelles

Le décompte périodique - autrement dit, la facture que vous recevez désormais tous les mois ou tous les trimestres sur les frais de l’école - fonctionne. Nous nous sommes battus pour sa mise en place, nous l’avons obtenu en 2015. Une victoire pour la Ligue des familles. Restait à savoir si c’était le bon outil pour plus de transparence dans les frais scolaires, plus de facilité pour la gestion de ces frais par les parents et une baisse des coûts. Les deux premiers objectifs sont atteints. Pour le troisième, il est encore trop tôt pour le dire. Mais l’enquête nous rassure. Il faut continuer dans cette voie-là.
Autre bonne nouvelle : le paiement en cash diminue. C’est également une forte revendication de la Ligue des familles : sortir les enfants des transactions et des questions financières à l’école. De fait, les traditionnelles petites enveloppes diminuent fortement pour les frais courants, même s’il reste encore des efforts à faire pour les frais de sorties et voyages.
Enfin, l’enseignement maternel est quasi-gratuit. Un minimum vous me direz…

Et après ? Les revendications de la Ligue des familles

Après, il y a le Pacte pour un enseignement d’excellence. Une incertitude persiste sur sa mise en place concrète. Et pourtant, bien qu’imparfaite cette réforme de notre enseignement est absolument nécessaire. Le Pacte prévoit une mise en œuvre progressive de la gratuité : d’abord en maternelle, puis en primaire, et enfin en secondaire. Dans le même temps, les écoles mettront à disposition des élèves le matériel et les manuels indispensables aux apprentissages. Puis les prix des voyages seront plafonnés. Nous demandons la mise en œuvre de cette stratégie dès la rentrée 2018.

Et puis, il y a le suivi par l’administration. La Ligue des familles demande un monitoring régulier de ces coûts, assuré par les services de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Nous réalisons ces enquêtes avec le plus grand sérieux, mais la responsabilité de sujets aussi importants que ceux-là doit revenir, selon nous, à l’administration qui pilote l’enseignement.

Enfin, le gros point noir concerne les frais liés aux temps extrascolaires. L’enquête montre que la première demande des parents est la gratuité de la garderie et de ses activités. Dans le même temps, les directions expriment leur plus grande difficulté à prendre en charge ces coûts pour lesquels elles ne sont pas financées. Nous demandons deux avancées majeures :
- que le temps de midi soit reconnu comme un temps scolaire, et donc financé ;
- la mise en place d’une participation financière des parents en fonction de leurs revenus pour la garderie, le repas et les activités extrascolaires qui se passent à l’école
.
Ainsi les familles les plus en difficultés bénéficieront de la gratuité et les autres paieront en fonction de leur capacité contributive. Un chantier qui n’est pas prévu dans le Pacte mais qui est en lien avec la réforme des rythmes scolaires. Un autre gros dossier que nous suivrons de près, dès cette rentrée 2017.

Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles