Vie de parent

Hôpital Érasme : ouverture d’un gîte de naissance

L’hôpital Érasme à Bruxelles innove et ouvre un gîte de naissance intra-hospitalier. Une première en Belgique pour une nouvelle approche de la naissance. Son nom ? Le Cocon…

Hôpital Érasme : ouverture d’un gîte de naissance - Jean-Marc Bodson/Erasme

Il existe en Belgique plusieurs façons de mettre un enfant au monde : via l’accouchement classique dans une unité gynécologique à l’hôpital, via les accouchements pratiqués par des sages-femmes libérales (indépendantes), soit à l’hôpital, soit dans des maisons de naissance externes aux hôpitaux, où la sage-femme prend en charge le suivi prénatal, l’accouchement ainsi que les soins à la maman et au nouveau-né, toujours en collaboration avec un gynécologue-référent. Existe également l’accouchement à domicile, qu’il  soit voulu ou survienne de manière inopinée et qui représente plus ou moins 1 % des naissances. Vient de s’ajouter à ces différentes possibilités : le gîte de naissance intra-hospitalier, projet novateur pour la Belgique mais qui existe déjà dans d’autres pays.

Démédicaliser la naissance

« Le Cocon est pensé pour les femmes qui désirent accoucher dans un espace qui fait la plus grande place possible aux processus naturels, tout en offrant aux futures mamans et aux nouveau-nés toute la sécurité que procure la structure médicale de l’hôpital, explique Michèle Warnimont, sage-femme référente du Cocon. Celui-ci a un mode de fonctionnement qui ressemble à celui des maisons de naissance, par exemple l’Arche de Noé à Namur. »
Le Cocon est donc une unité distincte des salles de naissance du quartier d’accouchement mais travaillera main dans la main avec celui-ci, en cas de nécessité. « Au cours de l’accouchement au Cocon, si une nécessité médicale se présente, le transfert vers le quartier d’accouchement traditionnel sera simple et rapide, poursuit Michèle Warnimont, puisqu’il suffira de descendre deux étages ».
Autre particularité : « Nous offrons un accueil qui ressemble plus à celui qui s’opérerait à domicile. Par exemple, et pour être concret, la maman accouche sur un lit à deux personnes et pas sur une table d’accouchement médicalisée. Nous sommes les premiers à le faire dans une structure hospitalière et ce fut toute une aventure car cela ne fait pas partie des référentiels médicaux. »

Parents-acteurs de la naissance

L’hôpital concilie ainsi sécurité de l’hôpital et désir exprimé de plus en plus fréquemment par de futurs parents d’une certaine démédicalisation de la naissance. « Les hôpitaux ont mis en place des protocoles pour surveiller les grossesses qui le nécessitaient et offrir un maximum de sécurité, mais qui ne s’appliquent pas à la majorité des cas. On a aussi tendance à fermer les petites maternités et de plus en plus de gens se sentent perdus dans les grandes structures hospitalières. Au-delà de l’acte d’accoucher, parfois réduit à des gestes techniques, des femmes, des couples ne souhaitent plus cette médicalisation. Ils ont envie d’être acteurs de leur projet de naissance, d’en être partenaires, en l’inscrivant dans leur histoire particulière, propre à leur famille. »

Sages-femmes en première ligne

Depuis longtemps, les sages-femmes (des hommes exercent aussi ce métier) peuvent prendre en charge de manière autonome le suivi de la grossesse normale et l’accouchement. Et depuis quelques années, l’hôpital Érasme accorde une place de plus en plus importantes aux sages-femmes auprès des femmes enceintes, en collaboration avec les gynécologues, tant à la consultation prénatale qu’à l’accouchement. Depuis 2003, des sages-femmes libérales accréditées y effectuent des accouchements en toute autonomie. À côté d’une grande expertise technique et d’un environnement de haute sécurité capable de prendre en charge les situations médicales les plus difficiles, le secteur mère-enfant de l’hôpital porte une grande attention aux aspects humains de la naissance, aux relations précoces mère-enfant, à l’allaitement maternel (l’hôpital a obtenu le label « hôpital ami des bébés » de l’OMS), à la place du père.
Comment se passe l’entrée au Cocon ? « Les couples rencontreront les quatre sages-femmes du Cocon, ce qui leur permettra de les connaître toutes les quatre, explique Michèle Warnimont. On a aussi établi un partenariat avec des sages-femmes libérales qui ont collaboré à l’élaboration du projet. Elles participent à nos réunions de service. »
Et qui peut se présenter dans ce service ? Toute femme enceinte en bonne santé, dont la grossesse se déroule sans problème et a été suivie par une sage-femme de l’équipe du Cocon (soit au sein de l’hôpital, soit auprès d’une sage-femme libérale accréditée) peut y accoucher. La condition ? « Qu’elle se mette spontanément en travail à terme et que l’accouchement se prépare a priori normalement. Comme nous restons dans le cadre strict du processus naturel d’un accouchement, il n’est pas question de le déclencher au Cocon », précise Michèle Warnimont.
Par contre, les femmes qui auraient eu des problèmes médicaux préexistants ou ayant un antécédent de césarienne, celles dont la grossesse présente des complications ou dont l’accouchement se présente avec une particularité seront orientées vers les salles de naissance traditionnelles pour une prise en charge médicalisée.
En pratique, le suivi prénatal est assuré de manière personnalisée par une des sages-femmes de l’équipe du Cocon. Au suivi prénatal classique, s’ajoutent des séances de préparation à l’accouchement et des réunions d’informations. Celles-ci permettent d’établir un lien de confiance et de conforter la future maman et son partenaire dans l’envie de vivre cette expérience. Si un obstacle médical ou un regret se fait jour, un retour à la structure de naissance traditionnelle, sans pour autant devoir renoncer à son équipe de suivi prénatal, est possible.
Au moment de l’accouchement, une des sages-femmes qui a suivi la grossesse vient assister le travail et l’accouchement. Au Cocon, après une préparation à la gestion de la douleur, un accompagnement personnalisé et un soutien constant sont proposés comme alternative efficace à la péridurale. Néanmoins, si une femme désire recourir à une péridurale, elle peut en bénéficier en rejoignant les salles de naissance du quartier d’accouchement traditionnel. Une des kinésithérapeutes indépendantes accréditées par l’hôpital peut également être appelée à la demande de la maman. L’accouchement, ainsi que les soins à la mère et au nouveau-né, sont pris en charge par la sage-femme. Les jeunes mamans et leur nouveau-né sont ensuite accueillis à la maternité de l’hôpital pour un séjour court de minimum 24 heures, suivi d’un retour précoce à domicile avec un accompagnement.
Les premières consultations ont commencé il y a quelques mois pour accueillir les premiers accouchements au mois de mars… Le Ligueur souhaite d’ores et déjà la bienvenue à tous les futurs nouveau-nés du Cocon !

Michel Torrekens

EN SAVOIR +

  • Le Cocon : Hôpital Erasme, route de Lennik, 808 à 1070 Bruxelles (02/555 55 96).
  • Le Ligueur et mon bébé : 12 numéros qui suivent, pas à pas, le bébé jusqu’à 1 an. Pour l’obtenir, appelez le 02/507 72 11 ou communiquez vos coordonnées et la date de naissance de l’enfant sur info@liguedesfamilles.be.

À VOIR

Entre leurs mains : un documentaire de Céline Darmayan, programmé à partir du 12 mars au cinéma Aventures à Bruxelles. Quatre sages-femmes, Muriel, Jacqueline, Sidonie et Cécile, accompagnent des personnes qui souhaitent donner naissance à domicile. Elles nous invitent à découvrir leur pratique et leur vision de la venue au monde.

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