12/15 ans

Il se sent nul : de 12 à 15 ans

On joue à présent dans la cour des grands. Ce n’est pas plus facile pour autant. Ce qui vient changer la donne ? Le clan s’élargit. Maman, papa, vous êtes bien mignons, mais vous n’êtes plus le modèle à suivre. Dès que ça se passe mal avec les potes, baisse de moral assurée. Parents, plus que jamais, vous allez devoir redoubler de compréhension et de patience.

Il se sent nul : de 12 à 15 ans

Il est paralysé au moment de passer un examen

Pour beaucoup, c’est presque un mystère. Cet enfant bosseur, appliqué, sûr de lui au moment de partir pour passer un examen en classe, perd tous ses moyens à l’instant T. Et cela à plusieurs reprises. Il en revient abattu, comme si les dieux des exams s’acharnaient sur lui. Peut-être que l’explication est autre.

Que faire ?

Pourquoi ne pas commencer à enquêter du côté de la méthode de révision. Travailler beaucoup, ça ne veut pas toujours dire bien travailler. Est-ce qu’il mesure ses efforts ? Est-ce qu’il n’en fait pas un peu trop ? Chronométrez les sessions de boulot. En période d’examen, le Ligueur conseille quatre tranches horaires tous les jours, lors des révisions des deux longs week-ends, par exemple. Autre chose, jetez peut-être un coup d’œil à ses cahiers, ses fardes, etc. Vous pouvez même comparer avec le cahier d’un copain pour voir si la prise de notes vous semble correcte.
Si tout roule, donnez-lui quelques conseils pour se détendre devant la copie. Quelques mouvements d’autorelaxation pour améliorer sa concentration et atténuer l’angoisse ? On y croit. Il peut par exemple mettre sa main dans le bas du dos. Une autre sur le ventre. Puis, il va souffler à fond l’air par la bouche tout en rentrant le ventre. Qu’il reprenne de l’air avec le nez et gonfle tranquillement le ventre. Il peut aussi poser les pieds sur le sol. Puis décroiser les jambes et les bras et souffler à fond en rentrant le ventre. Il existe même des petites applications qui sont très bien faites comme Respirelax ou Petitbambou.com qui permettent aussi de méditer en famille. Enfin, incitez-le à faire du sport. On vous assure que ça vaut tous les médicaments du monde.

Elle se trouve grosse par rapport à ses copines

Derrière la gentille remarque : « Pénélope est vachement plus belle et plus mince que moi », on prête attention et on prend sa fille très au sérieux. Jaugez la situation. Sans affoler qui que ce soit, le risque, c’est évidemment de glisser vers les troubles de l’alimentation. Les experts nous rappellent qu’une jeune fille sur deux rêve d’être plus mince qu’elle ne l’est.
Elle a le moral à plat. N’a plus envie de sortir ou de voir les copines. On veille. Plus inquiétant vous constatez que l’alimentation prend une place de plus en plus importante ? Pour rappel, les troubles alimentaires peuvent avoir des conséquences sur l’organisme, notamment sur les ongles, les cheveux, la peau. Elle peut aussi causer de l’hypoglycémie, jusqu’au coma, mais aussi une déshydratation générale et une perte de potassium. Sans parler des problèmes osseux type ostéoporose, troubles hormonaux, infertilité et pire encore.

Que faire ?

Philippe Goffinet, médecin-chef en psychiatrie juvénile et troubles alimentaires de la clinique La Ramée.
Avant toute chose, il faut tenter de comprendre. Le premier réflexe qui consiste à dire « Mais tu es trop maigre, ma chérie, mange » n’a aucun impact. La jeune fille atteinte d’un trouble alimentaire de type anorexie va toujours se considérer comme trop grosse. L’urgence ? Faire prendre conscience à votre enfant qu'elle est en danger. L’étape suivante consiste à organiser une prise en charge médicale et psychologique. Elle peut nier, votre rôle consiste à tenir le coup.
Si le dialogue est impossible, proposez d'autres interlocuteurs. Une personne de confiance dans la famille, une cheffe scout, un médecin de famille, etc. Expliquez qu'on doit manger selon ses besoins, qu'un adolescent ne peut manger moins de 1 700 kcal par jour. Se nourrir, ce n'est pas grossir. De même que reprendre un peu de poids revient surtout à combler des carences. Soyez patient et montrez bien qu’elle a toute votre confiance. Vous luttez ensemble pour sa guérison. Montrez-lui que vous ne cherchez pas à la piéger, mais bien à la rassurer. Les troubles de l’alimentation sont une maladie longue à soigner.
En savoir +

Retrouvez d’autres conseils pratiques > Anorexie, boulimie : parler peut sauver

Il vit son redoublement comme un échec

Fin d’année, la sentence tombe : le petit redouble. Si ce n’est pas vraiment une surprise pour vous, vous vous doutez bien que c’est une véritable fin du monde pour lui. Il va passer l’été à affronter le jugement sentencieux de sa famille et à se répéter qu’il est nul et sans avenir. Au final, pas de quoi faire intervenir un chœur grec pour chanter des vers tragiques, il s’agit le plus souvent d’un incident de parcours qui ne compromet aucunement la suite de la scolarité.

Que faire ?

Dans un premier temps, inutile de s’acharner. C’est suffisamment difficile pour lui. Il y a peu, le psychologue Aboude Adhami confiait au Ligueur que « redoubler, c’est exprimer un état de crise ». Regarder dans le rétroviseur est vain. Tout l’enjeu à présent consiste à dédramatiser le redoublement pour mieux rebondir. S’agit-il d’un échec ? Pas seulement. Il peut même être positif. Présentez-lui le redoublement comme une chance. Vous pouvez même lui dire : « Fini d’être à la traîne et d’angoisser à la moindre note. Tu repars à zéro, c’est génial ». En somme, vous devez aider l’enfant à accepter.
Autre effort : qu’il retrouve confiance en lui. N’hésitez pas à valoriser ses progrès, même insignifiants, particulièrement en début d'année, pour la lui redonner, cette confiance. Et s’il ramène de nouveau des mauvaises notes ? On respire un grand coup. On prend rendez-vous dans un organisme type Siep ou autre afin de bien préparer son projet professionnel. Vous pouvez peut-être même le rassurer sur ses aptitudes autres que scolaires. Un bon sens relationnel, une intelligence manuelle, une curiosité, une ouverture d’esprit ou autre. Au fond, un être accompli, ça ne veut pas nécessairement dire un bon élève, pas vrai ?

En savoir + : retrouvez les conseils d’Aboude Adhami  > Et voilà, il redouble

Il a peur de faire rater son équipe de basket au moment du tir

Votre petit ? Un fonceur. Un courageux. Le sens du collectif comme pas deux. Poussé. Extrêmement poussé. Peut-être trop d’ailleurs. À tel point qu’au moment décisif, celui d’aller marquer des points, d’aboutir, de mener à la victoire, la pression fait tout capoter. Du coup, il préfère le banc de touche ou renoncer, quitte à faire une croix sur les joies du vestiaire entre copains.

Que faire ?

Aïcha Dehaese, psychologue

On retrouve un peu les mêmes ingrédients dans cette histoire de basket que dans tout ce qui est cité dans ce dossier. Le stress des examens, le fait de se trouver moche ou grosse ou là, celui de faire capoter l’équipe et les autres copains. Ce sont des blessures narcissiques. Ce sont des drames. Ils ne sont pas indispensables, mais inévitables. On grandit avec. On se construit par rapport à eux. Ça se passe en trois temps. « Ce que je voudrais être ». En l’occurrence, le champion, celui qui va faire gagner. « Ce que je suis / Ce que je ne suis pas ». Le meilleur ou celui qui fait perdre. Et enfin, « Ce que j’en fais ». Est-ce que je dépasse ma crainte ou pas ? Il n’y a rien de bon ou de mauvais là-dedans, puisque tout cela va définir l’adulte de demain.
Le parent, là-dedans ? Il écoute. Il laisse de l’espace. Il récupère un enfant triste, blessé, dégoûté. Il aide à interpréter. Sans jamais rien imposer. Laissez parler et ne minimisez pas. Montrez simplement que vous accompagnez et que vous comprenez. Vous n’êtes même pas obligé de remonter le moral. Un ado a plus de ressources que vous ne voulez bien l’imaginer. En revanche, vous pouvez proposer des alternatives : « Comment tu pourrais faire, à ton avis, pour te sortir de cette situation ? » ou « Ah, ça me fait penser à Tom qui vit la même situation et qui a arrêté le basket pour faire du hockey ». Sans donner l’impression que Tom a mieux fait, bien sûr.

Des photos d’elle ont circulé dans l’école, elle se sent humiliée

Vous savez qu’on ouvre volontiers les coulisses du Ligueur. En voilà une. Il y a quelques semaines, nous avions une jeune stagiaire, Romane,17 ans, qui concluait, à propos de photos compromettantes d’élèves qui circulaient sur les écrans, par un : « Ouais, on doit vivre avec ». Si cela arrive à votre enfant, le plus souvent à votre fille, qu’elle sache qu’elle n’est pas seule et qu’on s’en sort toujours.
Romane nous a raconté que la réputation est terrible dans ce genre de cas. Elle nous a relaté l’histoire d’une camarade de classe, gentiment surnommée « Pute », uniquement parce que des photos intimes, partagées avec le petit copain de l’époque, ont fait le tour de l’athénée. À tel point que des gamins d’autres établissements l’accostaient par l’ignoble sobriquet. Puis un jour, plus rien. On passe à la victime suivante.

Que faire ?

S’armer de patience. Des photos qui circulent, de toute façon, c’est trop tard, le mal est fait. Inutile de lui dire : « Mais qu’as-tu fait ? », mais plutôt lui rappeler d’être prudente la prochaine fois car tout peut être détourné sur le web. Les experts nous expliquent qu’ici, on touche à l’image, au sentiment d’existence, hyper-précieux pour les ados. Davantage à l’heure du numérique.
Vous pouvez lui remonter le moral en lui expliquant qu’aujourd’hui, on « déférence » et donc que les contenus sur lesquels circulent les photos ne sont pas éternels et nettoyés par Google (pas encore le cas pour Facebook). Maigre consolation, certes. L’objectif, c’est de stopper l’escalade. Car sur internet, ça ne s’arrête jamais. L’objectif ? Éviter le cyber-harcèlement. Faites en sorte qu’elle ne réponde jamais aux messages insultants. Qu’elle bloque les expéditeurs de commentaires indésirables. Qu’elle change de pseudonyme sur tous les réseaux sociaux sur lesquels elle est inscrite. Et à la moindre suspicion, portez plainte auprès de son établissement et du commissariat le plus proche de chez vous. Expliquez-lui qu’en cas de problèmes, parents, professeurs, éducatrices, famille, ne vont pas la juger. Répétez lui que vous êtes là pour elle, pour la sortir de l’impasse, non pas pour la punir.

En savoir + : moyens de protection > clicksafe.be ou sur stopcyberhate.be

On lui renvoie une image efféminée, la honte !

Votre jeune ado a des préoccupations qui ne sont pas nécessairement celles des garçons de son âge. Si pas mal de petits testostéronés ne rêvent que de se taper dessus ou sur un ballon, ça ne fait pas rêver votre enfant. Rien d’inquiétant. Ce qui l’est plus, c’est qu’à trouver refuge auprès des copines ou de Stephen King, il se démarque des mâles Alpha, dont il va s’attirer les foudres. Dans ces cas-là, quelle est l’arme ultime ? Taper en dessous de la ceinture, moquer son peu de virilité, dévaloriser. Forcément, ça pèse sur le moral du gamin.

Que faire ?

Pas mal de fois, dans ce genre de cas, on se rend compte à travers les témoignages que certains parents condamnent leur enfant. Comme si la sentence de petits emmerdeurs avait une quelconque portée. Alors que le pauvre malheureux, lui, n’a rien demandé. Il est peut-être temps de creuser les questions liées à ce que l’on appelle aujourd’hui - abusivement - le genre. Dédramatisez. « On insinue que tu es une fille ? Mais ce n’est absolument pas une insulte. On dit même que le XXIe siècle va appartenir aux femmes ! ».
Expliquez peut-être qu’il y a un peu de jalousie là-dessous. « Tes camarades sont belliqueux parce que tu n’as pas de problèmes à aborder les filles, toi ». Sans le discréditer, essayez de comprendre avec l’école d’où vient le problème. Peut-être qu’un professeur peut intervenir dans la classe et entamer un petit débat sur la discrimination. Peut-être même qu’il serait temps que l’école mette en place des formations à la diversité ? Ces questions ont leur place sur les bancs scolaires. Quoi qu’il en soit, remontez-lui le moral. « Le problème dans cette histoire, ce n’est pas toi, c’est les autres. Tu as le droit d’être ce que tu es, quoi qu’il en soit ».

Yves-Marie Vilain-Lepage

Les conseils de notre psy

« Des canards boiteux »

Aicha Dehaese : « Première chose importante : il faut rappeler qu’à cette période de la vie, il y a un véritable déplacement de la tribu. Au moment de l’adolescence, on veut appartenir à un clan. Les parents sont en arrière-plan. Un pan de plus en plus important, ce sont les réseaux sociaux. Et là, quel coup au moral : tous les copains semblent avoir une vie trépidante faite de vacances, de fêtes et de moments géniaux. Autant de vies totalement idéalisées à côté desquelles on se sent forcément nul, seul et isolé.
Ce qu’il est important de dire à ses enfants, c’est que pour les copains, c’est la même chose. Ils se sentent tous des canards boiteux, mais n’en parleront jamais entre eux. Voilà pourquoi, même si votre rôle de parents à cette période de la vie est en arrière-plan, il reste crucial. Vous les mettez en valeur. Vous devez faire en sorte qu’il rencontre la réussite. Il tombe ? Vous le relevez en l’invitant à viser haut et à se mettre des challenges pour la suite. Les objectifs sont élevés. On l’a vu plus haut. On veut réussir les exams, être aussi belles et minces que les copines, mettre des paniers, être comme les autres, pas trop féminin si on est garçon, pas trop masculin quand on est une fille, tout ça, fait du bruit à l’intérieur. Et alors, l’enfant a l’impression d’être moins bien que les autres. Il est persuadé qu’il n’y a qu’à lui que ça arrive.
Vous, vous pouvez leur dire : ‘Dis donc, tu dois avoir mal au ventre avec cette pression que tu te colles’. La peur de l’échec ? On la comprend. Mais expliquez aussi que l’on apprend même quand on se plante. Ce qui est important, c’est ce que l’enfant va en faire. Aidez à relativiser. Pourquoi ne pas dire qu’au final, rien n’est vraiment bon, rien n’est vraiment mauvais. C’est surtout l’expérience et ce que l’on va en tirer qui importe. »