6/8 ans

Impertinente : vraiment ?

Quand il a arrêté de fumer, le père de Cléo, 6 ans, clamait que le tabac, « c’est du poison ». Il rechute : « Pourquoi tu t’empoisonnes ? », lui demande Cléo. Pertinence ou impertinence ? Ben, 7 ans, s’agite trop au goût de sa mère. Elle le lui dit. Lui : « Mais, maman, le bruit, c’est la vie ! ». Pertinence ou impertinence ?

Impertinente : vraiment ?

À table avec sa mamie, Louise, 8 ans, rechigne à manger ses légumes. Sa grand-mère lui remémore la pub télé les mettant à l’honneur : « Les légumes, c’est bon pour la santé ! ». Louise, tout de go : « La pub, ça dit pas la vérité ». On pourrait lister à l’envi les mots d’enfants qui nous épatent, nous étonnent ou nous désarçonnent… parce qu’ils tapent dans le mille.

« La maîtresse a dit que… »

« L’enfant vers 6-8 ans est un terreau très malléable, qui entend tout, retient tout, rappelle Sabine Van Trimpont, psychothérapeute. Il manifeste une incroyable curiosité. 6 ans, c’est l’âge de l’entrée en primaire. On va l’amener à écouter. Avant, il entendait des choses. Celles-ci avaient un impact sur lui ou ne faisaient que l’effleurer. Le cadre scolaire va organiser la compréhension, le langage, les mots. Des messages sont envoyés à l’enfant. Il n’a pas encore développé un esprit critique. Il prend ce qu’il entend et va évidemment le répéter. C’est ça aussi, l’apprentissage. »
Bien sûr, cela fait déjà un petit temps que d’autres que vous sont les références de votre bambin : « Madame Julie a dit que… ». Mais la tendance va en se renforçant. Les enfants sont continuellement confrontés à des messages, des leitmotive sur la santé, l’éducation, la vie, le respect des règles, etc. Ils les puisent à la maison, dans les programmes télé, en classe, chez un tonton ou du côté des grands-parents. Ils les digèrent et les restituent.

Ça n’a pas raté !

Quand leurs réactions sont-elles jugées pertinentes, quand sont-elles perçues comme impertinentes ? La frontière est-elle si nette ? Pour Sabine Van Trimpont, « la pertinence correspond à quelque chose de judicieux. Dans l’impertinence, il y a une idée d’irrespect, d’inconvenance, d’impolitesse ». Mais encore ?
Si l’enfant se rend compte que ce qui a été dit n’est pas respecté, il se trouve en difficulté. « Un enfant qui grandit bien vous renvoie de telles contradictions : ‘Tu as dit quelque chose et ce n’est pas comme cela que ça se passe’. Cette situation vous amènera, à un certain moment, à lui préciser : ‘Fais ce que je dis, ne fais pas ce que je fais’. Un parent gronde son enfant : ‘Tu n’as pas à prendre dans le plumier d’un copain, tu as ton propre matériel scolaire’. Si, le soir, en rentrant à la maison, l’adulte sort de sa mallette des Bic et des gommes pris à son boulot, l’enfant lui dira : ‘Tu me dis quelque chose et tu me montres une autre réalité’. Il ne va pas rater l’occasion. »
Suivant ce que l’adulte fera de la parole de l’enfant, celui-ci restera ou non dans la pertinence. « Un bambin lance à son père : ‘Tu dis que le poisson, c’est bon pour la santé et tu n’en manges pas’. Le parent peut expliquer que oui, le poisson est un aliment reconnu comme bon pour la santé, mais qu’il n’aime pas le poisson et que les goûts, ça se respecte. Un dialogue se met en place. »
« L’enfant, dans sa pertinence et par son questionnement, amène l’adulte à prendre conscience des mots qu’il utilise, de la façon dont il parle, des messages qu’il transmet peut-être sans s’en rendre compte. Vous lâchez à votre fils : ‘T’as le caractère de ton père’, il risque de vous demander : ‘C’est quoi, le caractère de mon père ?’. Face à un enfant qui vous fait des réflexions pertinentes, vous concluez : il est curieux, il a peut-être raison, ce qu’il dit a un sens. La question pertinente est celle que l’enfant pose pour avancer dans son raisonnement, pour mieux comprendre. Il a quelque chose dans la tête qui est en difficulté, il réclame des précisions, une explication. Vous avez presque besoin d’un temps d’arrêt pour lui répondre. »

Bientôt, les « Ne me parle pas sur ce ton ! »

Devant un gosse insolent, vous vous sentez agressé : « Tu dis que le poisson est bon pour la santé, t’en manges pas, t’es con ! ». « L’enfant n’essaie pas de comprendre, il cherche à provoquer l’autre, à le faire mousser. Cette impertinence, cette insolence, vous la retrouverez à l’adolescence, quand le mot va permettre l’opposition. Cela sera le temps des ‘Ne me parle pas sur ce ton ! Tu peux me dire des choses, mais dis-les d’une manière respectueuse’. »

Martine Gayda

ZOOM

Chez maman, ce n’est pas comme chez papa

À 6-7-8 ans, les enfants sont comme des éponges et pointent, avec rigueur, les incohérences qui les entourent. D’où, pour Sabine Van Trimpont, « le danger de les mettre dans des endroits où l’on exprime des idées qui vont à l’encontre des valeurs familiales ».
Mais, déjà quand leurs parents sont séparés, ils peuvent se trouver dans deux réalités différentes, voire opposées, reconnaît la psychothérapeute. Par exemple, chez maman, il faut aller dormir tôt, à 20 h, parce qu’une bonne nuit de sommeil, c’est sacré. Par contre, chez papa, il n’y a pas d’heure, on va au lit quand on se sent fatigué. Et là, il faut faire avec, comme on dit.

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