Vie de parent

« Je m’écoute mieux, je les écoute mieux »

Pas de nouvel engagement pour la rentrée, je suis déjà embarquée dans plein de combats tant professionnels que citoyens. Ma résolution, aujourd’hui : ne pas trop influencer mes fils avec mes idéaux, les laisser s’exprimer. Plus que tout, je veux qu’ils comprennent qu’il existe plein de façons de voir les choses. S’ils disent des bêtises, je les rattrape, bien sûr. On regardait l’autre jour un film où, à un moment, les anges montent au ciel. Ils me posent alors des questions sur la vie après la mort. Je ne veux pas leur donner des réponses clés sur porte. Je les laisse dérouler leurs idées. Je les interroge. Et aux questions très concrètes, je réponds de façon très simple.
Fatima, maman de Ilian, 6 ans, et Lounès, 10 ans

« Je m’écoute mieux, je les écoute mieux »

Si on osait le dire ? Au final, la rentrée, c’est un non-événement. Et à force de prétendre le contraire, est-ce qu’on n’aurait pas tendance à se centrer un peu trop sur soi ? Profitons de cette foire aux résolutions pour en prendre une belle. Une importante. Celle de prêter plus d’attention à l’autre et à ses enfants tout particulièrement.

Annie, quatre enfants de 6 à 18 ans :
« Bourgeois et voyous, main dans la main »
D’un côté, mes mômes sont dans une école de bourgeois. De l’autre, nous habitons dans un quartier de brigands où tous les gamins (dont les miens) traînent dehors. Beaucoup sont promis à devenir des petits voyous. C’est là où se situe toute mon attention : élever mes enfants de façon à ce qu’ils soient à l’aise avec ces deux mondes. Quand les copains bourgeois viennent jouer avec les petits manouches dehors ou quand mes enfants sont reçus à Uccle, pour moi, c’est gagné. Et si, au passage, on peut sortir des petits potes de la rue, alors c’est du super bonus !

Maria, cinq enfants de 3 à 19 ans :
« Je n’élèverai pas de petits égoïstes »
Comme mon prénom l’indique, je suis une enfant d’immigrés. Nous nous sommes fondus dans la culture belge tout en conservant nos racines latines. Mais hors de question de tourner le dos à ceux qui traversent ce que l’on a enduré nous aussi. Ce qui me meurtrit en ce moment, c’est la question des migrants. Nous nous sommes rendus dans des camps avec mes enfants. Nous avons hébergé des Irakiens, des Afghans, des Yéménites et c’est passionnant. Même si cette impression d’écoper un bateau qui coule avec un dé à coudre me poursuit. Après, je me dis que ça sort au moins mes enfants des réflexes individualistes primaires.

On se cultive en famille

Catherine, deux enfants de 5 et 10 ans :
« Des sorties en lien avec le programme scolaire »
Ce que j’essaie de faire, c’est de mettre en pratique les choses apprises à l’école. Par exemple, cette année, nous nous sommes rendus à Bastogne. Sur le site de la bataille des Ardennes. On en a un peu parlé. On a élargi la discussion sur l’histoire, la guerre et sur la façon dont on vivait autrefois. Notre rôle, c’est aussi de compléter la théorie et j’aimerais bien multiplier ces petites sorties culturelles en famille.

Sophie, un bébé de 3 mois et une fille de 3 ans :
« Le sport, c’est une manière de les cultiver aussi »
Curieusement, la culture se fait beaucoup autour des évènements sportifs chez nous. Le papa est féru de sport. Ça nous arrive très souvent de sortir la poussette 4x4 pour le bébé, et sa grande sœur adore ce genre d’excursion. On se retrouve donc souvent en pleine nature pour un trail ou l’autre. C’est donc l’occasion de sensibiliser ma fille à des sujets environnementaux. Les défis sportifs permettent aussi de récolter des fonds pour des causes humanitaires. L’occasion d’expliquer le pourquoi de telle ou telle situation, de dire pourquoi c’est important d’aider, quels sont les besoins. Le tout à hauteur d’enfant, bien sûr.

Éducation ? Ouh, le gros mot !

Catherine, deux enfants de 5 et 10 ans :
« L’autre, c’est toi »
Notre maître mot à la maison ? Respecter l’autre. En cas de dispute, éviter de mettre de l’huile sur le feu et désamorcer illico. Pour le petit, c’est encore assez complexe à enregistrer. Difficile de dire à un gamin de ne pas taper quand tout le monde se cogne dessus à la récré. Ce qui est drôle, c’est que quand il est question de trier les déchets, de respecter l’environnement, de limiter le plastique et de bien fermer les portes, tout va. Mais dès qu’on parle de discipline, le cadre est plus fou. Et l’autre alors ?

Maria, cinq enfants de 3 à 19 ans :
« La guerre des gros mots »
Le terme « valeur » est devenu un gros mot. Pour moi, c’est surtout les gros mots qui n’ont pas de valeur. En fin d’année, mes enfants avaient acquis une quantité d’insultes que l’on n’imaginait même pas. Quand vous avez un petit de 8 ans qui dit à son frère : « Mange tes morts », c’est violent. Il y a donc un mieux depuis les vacances. Le fait d’être coupés des copains, ça leur a fait du bien. L’autre chose qui m’embête, ce sont les plus grands. Ils rêvent de tatouages, de piercings et, là aussi, ils écoutent des trucs impensables. Vous connaissez Maître Gims ? Non ? Eh bien, tant mieux pour vous !

Virginie, six enfants de 6 à 18 ans :
« Les mouvements de jeunesse contre l’individualisme »
Les mouvements de jeunesse sont pour moi des lieux importants. Ils apprennent à respecter l’autre, son environnement, le monde qui les entoure. J’élève mes enfants dans ce sens. En les faisant réfléchir à l’impact qu’ils ont sur tout ce qui va au-delà de leur petite personne. Au cours d’une promenade, on s’éveille ensemble. Je les pousse à être curieux. Et quand je vois leur ouverture d’esprit, je suis plutôt confiante en ce qui concerne leur avenir et leur génération.

Le virtuel, c’est pas une vie

Catherine, deux enfants de 5 et 10 ans :
« Un usage limité »
L’espèce humaine s’est transformée. Quand je vois mon cadet de 5 ans taper sur un clavier alors qu’il ne sait pas encore écrire, c’est dingue. Mais nous sommes très prudents. C’est-à-dire que l’usage de l’ordinateur pour notre aînée se limite à Skype et à une navigation balisée. Elle échangeait beaucoup de choses avec ses copines, on lui a expliqué les risques qu’elle prenait à être trop bavarde sur écran. On a un copain qui un jour faisait des recherches sur les fleurs avec ses enfants et qui est tombé sur des trucs de cul. Je surveille tous les jours l’ordinateur et le petit n’a pas le droit d’y aller tout seul. Mais cela ne nous dispense pas de responsabiliser nos enfants et de leur expliquer qu’ils risquent de voir des images qui peuvent les choquer ou même être en lien avec des gens malveillants.

Annie, quatre enfants de 6 à 18 ans :
« Les bons réflexes, ça commence par moi »
Grosse résolution de rentrée : qu’ils regardent moins la télé d’abord, qu’ils lâchent ma tablette et qu’ils se servent de l’ordinateur pour travailler. Mais je suis un très mauvais exemple. Dès que je rentre, j’allume la télé. S’ils regardent un dessin animé, je me scotche sur l’ordi. C’est surtout moi qui vais devoir changer mes habitudes, le reste suivra.

Nanou, quatre enfants de 9 à 16 ans :
« Ma fille a été victime d’un sale coup »
L’an dernier, à la même période, il s’est joué un petit drame qui a bien failli foutre en l’air la scolarité de notre aînée. Cette nouille, encore novice sur Facebook, a balancé une vacherie sans gravité sur une de ses copines pensant qu'elle écrivait un message privé. Comme tous les mômes peuvent le faire. La copine en question a très mal réagi et a harcelé ma gamine nuit et jour, lui laissant jusqu'à trente messages par jour avec des images et des vidéos horribles ! C'est monté en sauce. Jusqu'à ce que l'on fasse intervenir les profs et les parents et que l'on s'explique tous. Si elle ne nous en avait pas parlé, elle y serait peut-être encore.

Un contexte qui inquiète

Ophélie, une fille de 6 ans :
« La mort aux trousses »
Un petit fait m'a alerté, cet été. Je prends mon téléphone et je ne sais plus pourquoi, je râle. Là-dessus, ma fille soupire et nous lâche blasée un : « Quoi, il y a encore des morts ? ». On est stupéfaits. On lui demande si elle a l'impression qu'on en parle beaucoup, et elle nous répond qu’on est beaucoup sur nos smartphones et qu’on ne fait que parler d'accidents, d'attentats, de victimes. Tu parles d'un contexte joyeux ! Le pire, c'est que l'on ne s'en rend même pas compte.

Julia, deux filles de 12 et 14 ans :
« Un été secoué »
Je me rappelle avoir dit à mes filles, juste avant de partir en vacances, qu'on laissait l'actualité de côté. Et paf ! On se prend le coup d'État turc, le 49.3 des Français - gros coup anti-démocratique pour tous les peuples d'Europe - et, bien sûr, Nice, Rouen, sans oublier ce qui peut se passer encore ailleurs. Entre le confinement à Bruxelles, les attentats de Zaventem, ceux de Paris, de Bagdad et d'ailleurs, le climat est éreintant. Mes filles me demandent quelle est l'issue de tout ça ? Va-t-on vers une guerre, des guerres ? Je reconnais que je ne sais pas trop quoi leur répondre.

Et du côté du Ligueur ?

Yves-Marie, journaliste, papa d’Énimie, 5 ans :
« Réfléchir collectivement, sans peur »
L’invité inattendu cette année ? Le terrorisme. Sujet que l'on doit enseigner aux enfants, à l'école et dans le giron familial. Pas pour faire peur. Pour y réfléchir de façon collective. Et aussi pour arrêter de reléguer la responsabilité aux politiques ou aux forces de l'ordre. Sans parler de surveillance, il faut que l'on fasse attention - avec une ration supplémentaire de bienveillance - au monde qui nous entoure. Quand Annie parle de faire dialoguer les classes, en faisant péter les cloisons, entre petits-bourgeois et gamins des quartiers, j'y vois le début d'une solution. Car le résultat de ce climat saumâtre vers lequel on glisse, je suis persuadé qu'il est le seul fruit des ghettos dans lesquels on accepte de s'enfermer et ceux dans lesquels on mure les autres. Mon grand-père nous a toujours appris à essayer d'accepter les gens tels qu'ils sont. À ne pas juger, donc. À ne pas figer sa pensée. C'est ma résolution pour la rentrée. La seule arme avec laquelle je compte protéger ma fille.

Yves-Marie Vilain-Lepage

LES BONS CONSEILS DU LIGUEUR

À la maison...

Snif, ils aiment Maître Gims !
Pour répondre à Maria, oui, on connaît le rappeur Maître Gims et on n'en pense pas nécessairement le plus grand bien ! D'un point de vue artistique. Pour le reste, cela fait partie des goûts des enfants. Car, si rectifier le tir en ce qui concerne deux-trois gros mots n'est pas toujours une sinécure, l'éducation des ados, c'est encore autre chose. Tiraillés entre les influences extérieures et le socle que vous avez balisé, l'écart est parfois grand. Le maître mot de nos experts ? La bonne distance. Les aimer ne suffit pas, vos positions doivent s'affirmer de façon plus nette. Le cadre doit être souple, clair et évolutif. Nous avons consacré un dossier : Aimer ses enfants, est-ce suffisant ?

La guerre des écrans
Vous êtes nombreux à nous signaler que vous veillez à ne pas trop exposer vos petits aux joujoux virtuels. Petit moyen mnémotechnique pour la rentrée, la règle du 3/6/9/12.

  • Ni télé, ni ordi, ni DVD avant 3 ans.
  • Pas de console de jeu avant 6 ans.
  • Pas d'internet seul avant 9 ans.
  • Pas de réseau social avant 12 ans.

Et après ? Votre ado navigue seul, mais convenez d'horaires à respecter. Évitez de lui laisser une connexion depuis sa chambre. Discutez avec lui du téléchargement, des droits d'auteur, de pornographie, de harcèlement. Ne soyez pas « ami » avec lui sur Facebook. Vous êtes son parent, pas son copain.
Deux bons réflexes aussi pour la rentrée :

  • ne pas allumer systématiquement la télé quand vous rentrez.
  • ne pas les laisser seuls trop longtemps sur le net, même chez les plus grands votre proximité peut désamorcer pas mal de problème.

D'ailleurs, si accompagner vos enfants dans leur navigation en ligne vous intéresse, Webetic, la plateforme créée par la Ligue des familles et Child Focus propose une formation éducative aux parents (et grands-parents !) pour apprendre à gérer internet au quotidien.

Ras le bol des attentats
Retrouvez nos séries d'articles : Le terrorisme et Daesh expliqués à vos enfants. À signaler, l’excellent guide de Yapaka : Quelques pistes pour en parler avec nos enfants...

En rue

Des idées à faire avec eux
Si, un jour, les idées de sorties culturelles ou sportives à faire en famille vous manquent, retrouvez notre rubrique Que faire ? le mardi soir pour les grands-parents tout particulièrement et le vendredi après-midi, pour tous.