Vie de parent

« Je n’oublie pas les premières fois…
pour profiter des dernières ! »

C'est drôle, la rentrée de ma fille ne m'avait pas impressionnée plus que ça. Pour celle de mon fils qui rentre en 1re primaire, j'ai pas mal d'appréhensions. J'ai un peu peur de ne plus avoir le savoir-faire. Pourtant, son institutrice l’a bien préparé au grand saut. Je le sens content de rentrer et excité de passer à autre chose. Moi, j'ai un peu plus de mal. Pourquoi ? Parce que, peut-être, mon petit garçon grandit…
Catherine, maman de Cyril, 5 ans, et d’Élise, 10 ans

« Je n’oublie pas les premières fois… pour profiter des dernières ! »

Les premières fois vous font toujours vivre des émotions ambigües. De l’excitation parce que c’est nouveau, une certaine pesanteur parce que le nouveau reste l’inconnu. Normal, tout ça. Et comme dans la vie de parents, les choses se répètent quand même un peu, raison de plus de tout mettre en œuvre pour jouir de ces premières fois… qui sont juste suffisamment connues pour ne pas nous paralyser d’angoisse. Ce sont les premières rentrées, les premiers progrès, les premiers essais sportifs ou artistiques, les premières amours aussi, etc. Quelques astuces pour les vivre pleinement… détendus.

Maria, cinq enfants de 3 à 19 ans :
« Le début de plein de choses »
Ma fille rentre en maternelle. C'est donc ma cinquième première rentrée ! Ça me crispe toujours autant. On évite de lui casser la tête avec ça, mais toute la famille et les amis n'ont de cesse de lui rappeler que ça y est, le grand jour approche. On sent qu'elle se crispe, d'autant qu'elle n'est pas tout à fait propre. Comme pour mes autres enfants, ça va être le grand drame. J'ai appris à mettre mes appréhensions de côté. Je sais que le plus important, c'est de leur faire comprendre que c'est le début de plein de belles choses, qu'ils vont progresser et s'amuser. Si j'ai un seul conseil à donner aux parents, c'est celui de ne pas trop réfléchir et de bien dire qu'on se retrouve tous à la fin de la journée.

Johane, deux enfants de 3 et 5 ans :
« Une rentrée mutique »
Aux parents qui angoissent, sachez qu'il y a pire que les larmes torrentielles. Un enfant qui ne dit rien. Pour la rentrée de mon aîné, nous l'avons laissé dans sa classe, il a joué et nous a à peine dit au revoir. Au boulot, tout le monde relatait des anecdotes et des phrases trop mignonnes, et moi : rien. Et le soir ? Pareil. Pas un mot. Comme si tout coulait de source. J'espère que ma fille qui rentre cette année va nous lâcher quelques larmes pour la forme !

Non mais… attendez ! L’objectif de la maternelle, c’est d’abord d’apprendre à être autonome. C'est-à-dire mesurer, compter, se repérer, réfléchir et aussi se contrôler. Et ce n’est pas de verser des larmes. Côté enfant, en tous cas. Pour les parents, c’est autre chose, leur sac à dos est tellement pétri d’angoisses… Mais qu’ils n’attendent surtout pas que leur môme s’effondre. Au contraire, qu’ils en profitent, c'est le seul moment de la vie où ce n'est pas (trop) la compétition.

Ça devient sérieux !

Virginie, six enfants de 6 à 18 ans :
« Pas de pression »
Grande rentrée pour ma petite dernière. C'est drôle, j'ai à la fois des enfants qui terminent leur parcours scolaire et cette puce qui l'entame. Je ne me pose pas trop de questions. La pression, pour moi, c'est d'abord une peur de l'échec. À se focaliser dessus, j'ai le sentiment que l'on transmet une image négative de l'école. Mes petits trucs, c'est de laisser place à une certaine forme de légèreté. Continuer à chérir les loisirs, lui faire réaliser tout ce que l'on va pouvoir partager avec cette nouvelle étape et simplement lui dire : « Tu es une grande et tu vas grandir encore plus ».

Caroline, un garçon de 6 ans :
« Comme un coming out »
Non seulement on a une petite angoisse que tous les parents traversent à l'approche de la primaire, mais, en plus, on affronte quelque chose d'inédit puisque nous sommes deux mamans. Jusque-là nous étions préservées des questions, mais dans une école plus grande, tout va s'accélérer. « Et pourquoi t'as deux mamans ? Il est où ton papa ? ». Sans compter le regard des autres parents. Ça m'a un peu gâché les vacances, comme si nous devions annoncer de nouveau notre orientation sexuelle. Encore et encore. C'est sans fin.

Éléonore, maman solo de trois enfants de 6, 8 et 10 ans :
« Fini de rigoler !»
Mon cadet passe en 3e primaire. On le dit peu, mais je trouve que ça, c'est une vraie première fois aussi. Dès ce stade, la pression est palpable. Pour lui, cette année est synonyme d'examens, de révisions, d'exercices. Il a très peur d'être en dessous du niveau parce que son instit précédente l’a terrorisé. Elle a insisté sur le fait de beaucoup lire et travailler pour démarrer sur les chapeaux de roues. Il est dans une école où l'on redouble beaucoup. Du coup, j’ai passé l'été à le rassurer et faire en sorte qu’il se concentre, point par point, sur ses réussites de l’année passée. Ça marche pas mal.

Annie, maman solo de quatre enfants de 6 à 18 ans :
« Comme en Corée »
Je partage l'impression d’Éléonore. La maternelle, c'est le pays de Candy, l'entrée en primaire, pareil, en plus assis. Et je dirai aussi que c’est à partir de la 3e que les choses se corsent. Ce que j'ai remarqué, c'est que c'est là que l'on voit untel qui prend des cours de néerlandais à côté, une autre qui va se taper des cours de maths intensifs le mercredi après-midi. Les journées sont déjà longues, mais si on rajoute à cela tous les cours particuliers, sans parler des activités qui sont toujours un peu liées à l'école, ça fait des rythmes démesurés. Au final, on n’a pas grand-chose à envier aux petits élèves coréens !

Eh oui, on le sait, l’école reproduit les inégalités sociales. Mais à travers les propos d’Annie, cette reproduction est palpable. Et très tôt déjà, notamment par le biais des cours de rattrapage qui se vendent à des prix exorbitants aujourd’hui, tant les parents sont angoissés pour l’avenir de leurs enfants. La Ligue des familles se bat pour que toute remédiation se fasse entre les murs de l’école et… gratuitement !

Secondaire : on quitte son bocal

Farka, deux filles de 12 et 16 ans :
« Je vais les laisser au coin de la rue »
1re secondaire pour ma cadette. On laisse un enfant pour retrouver une jeune femme plus tard en rhéto. Ça va vite. Elle a négocié tout l'été pour qu'on ne la dépose pas en voiture à la rentrée. Elle veut y aller à vélo avec ses copines. On a compris qu'en réalité, elle voulait nous montrer et se prouver qu'elle n'avait pas peur des nouveaux locaux, des nouveaux copains. Elle passe du statut de gros poisson dans un petit bocal, à celui de petit poisson dans un vaste océan. Et nous, là-dedans ? On ne peut que lui dire qu'on est là, quoi qu'il arrive. Et assumer notre coup de vieux !

Julia, maman séparée, deux filles de 12 et 14 ans :
« Filles de divorcés »
L'année passée a été assez mouvementée. Mon homme est parti vivre ailleurs, nous nous sommes trouvées, mes filles et moi, un nouvel appartement cet été. Pour changer d'air, nous avons vu un peu de famille et, au cours d'une dispute, un cousin a lâché à ma cadette : « Fille de divorcés ». Elles s'attendent donc à des réflexions de ce type. Une première rentrée morcelée, ça se prépare difficilement.

Olivier, un fils de 13 ans :
« Une rentrée différente »
Gros défi pour cette année, notre fils diagnostiqué autiste est accepté dans l'ordinaire. Il a l'air d'avoir des enseignants géniaux. Lui a très peur de se retrouver sur le même banc que des élèves « normaux », dit-il. C'est vrai que les difficultés sont grandes. On lui a conseillé de se faire des amis de confiance, d'expliquer quelles sont ses différences, ses failles et ses qualités et de ne pas hésiter à demander de l'aide. On lui a dit qu'il va devoir travailler deux fois plus que les autres, mais que chaque petite victoire aura, elle, deux fois plus de saveur.

Il existe plein de petites choses toute bêtes pour faire en sorte que toutes ces rentrées différentes ne le soient pas tant que ça. Les établissements peuvent mettre des aménagements pour limiter les effets néfastes et excluants d’un environnement inadapté. Ces adaptations doivent permettre la participation de tous à la vie en société. Quelques exemples ? Des rampes dans les escaliers, des pictogrammes, des dessins explicatifs, des horloges adaptées... Rien de plus que des petites béquilles qui permettent de repousser chaque jour un peu plus la discrimination aux portes des écoles. (voir sur l'engagement de la Ligue des familles pour une société inclusive.) Parlez-en à la direction et aux enseignants !

Dernier tour de piste et puis s'en va

Virginie, six enfants de 6 à 18 ans :
« La tête haute »
Rentrée un peu spéciale chez nous puisque deux de mes fils sont en rhéto. Leur priorité pour cette dernière année, c'est de quitter ces longues années d'école avec honneur. Je leur ai dit de tout donner, de manière à n'avoir aucun regret. Partir la tête haute, avec dignité. C'est quelque chose dont ils seront fiers plus tard. Autrement, on commence à penser doucement aux questions liées à l'orientation. Même si c'est encore un peu tôt. Mon idée, c'est de les confronter aux réalités professionnelles, de leur faire tâter un peu le terrain, d'avoir une approche concrète de la réalité du monde professionnel. Eh oui… déjà !

Tania, maman d'une fille de 17 ans :
« Et l'été prochain, alors ? »
Les vacances estivales se déroulent à merveille, autour d'un barbecue familial et amical. Et tout d'un coup, le coup de blues de ma fille qui rentre en rhéto cette année et qui nous demande, en panique : « Et l'an prochain, à la même heure, alors ? J'en serai où ? ». Elle s'est prise de plein fouet toutes les questions liées aux séparations d'avec les copains, la césure d'un rythme qu'elle connaît par cœur et ce grand bond dans l‘inconnu qu’est le supérieur. On lui a expliqué que c'était grisant aussi l'inconnu et que tant que papa-maman continuent à veiller, pas de soucis. Auraient-ils peur de grandir ?

Et du côté du Ligueur ?

Anouck, journaliste et deux fois tantine :
« Dans la même école que moi »
Cette année, le cadet de la famille entre en maternelle. Dans la même école que moi jadis, ce qui me fait retomber enfance. Loin des cartables à boucler, de l’acquisition de la propreté à peaufiner, des heures de dodo à recaler, mon rôle de tantine rime avec transmission. J’aime rappeler à mes neveux que j’ai joué au foot dans la même cour de récré qu’eux. Que j’ai eu les mêmes institutrices, même si elles se font rares désormais. Que j’étais dans la classe de madame Francine, en haut de l’escalier, quand mon papa - donc leur papou - est venu me chercher à l’école pour aller voir ma sœur - leur maman - qui venait de naître à la maternité.
Autre souvenir de rentrée à leur raconter : ce petit garçon qui pleurait à chaudes larmes et que sa maman, un peu sévère, poussait dans le dos pour entrer dans le rang. Ce petit gars était sourd, d’où son désarroi. On a appris à le connaître, à se comprendre, à l’aider comme on pouvait, ce qui a soudé la classe… jusqu’à la fin de nos secondaires. Cette rentrée, c’était il y a 38 ans. Aujourd’hui, le petit garçon est devenu grand et père de deux enfants. Chaque mois de septembre, on se souhaite notre « anniversaire d’amitié ».
Ah, si mes neveux pouvaient aussi croiser sur leur route pareilles belles histoires qui, au-delà des apprentissages scolaires, enrichissent un parcours d’écolier.

Yves-Marie Vilain-Lepage

LES BONS CONSEILS DU LIGUEUR

Les premières fois…

Précautions autour du jour J
Ce sont de toutes petites choses, mais qui font leur effet :

  • Même si vous en crevez d’envie, ce jour-là, renoncez à faire de gros câlins et des bisous qui n’en finissent plus.
  • Faites comprendre à votre petit qu’il est entre de bonnes mains et que vous avez toute confiance en l’institutrice à qui vous le confiez.
  • Un objectif en cette rentrée : assurer la transition, tisser un lien de continuité entre l’école et la maison.

Pas encore propre ?
Assez aléatoires, ces histoires de sphincters. Tout peut se passer du jour au lendemain. Pas mal de parents nous adressent des témoignages où « par miracle », le petit poussin est devenu propre le jour même de la rentrée. Si les petits accidents persistent, parlez-en à la maîtresse. Chaque école possède sa propre philosophie en matière de pipi-caca. Et pour en savoir + :Devenir propre : une aventure dont il sera le héros.

Le stress de la reprise.
Votre enfant appréhende de jouer dans la cour des grands ? Il craint les examens ?

  • Aidez-le à identifier ses craintes. Posez-lui des questions pour mieux comprendre. « Qu'est-ce qui te fait peur exactement ? », « Qu’est-ce qui pourrait t'aider à te sentir plus à l'aise ? ». Cela va vous permettre de l'aider de la manière la plus appropriée.
  • Si les angoisses persistent, n’hésitez pas à en parler aux profs, à la direction, voire même à vous rapprocher du centre PMS de l’école.

Première rentrée de parents séparés
En cas de séparation, l’école est un espace important pour l’enfant, une sorte d’oasis, un point d’ancrage dans tout le va-et-vient qu’il est peut-être en train de vivre. Important donc de ne pas transformer la cour de l’école en terrain où l’un des parents refile la valise, le cartable et le sac de piscine vite fait bien fait à l’autre parent, en fin de semaine. Essayez d’organiser la relève de la garde alternée dans un endroit moins symbolique…

Guide pour homoparentaux
Même si les angoisses sont les mêmes, il y a d’autres facteurs qui entrent en jeu pour deux papas ou deux mamans. Il existe un petit guide très bien fait qui donne plein de pistes concrètes. Familles LGBT, le guide aux éditions du Remue-ménage.

Les dernières fois

L’orientation, la belle affaire !
Il existe des centres d’informations en orientation qui suivent pas à pas l’évolution des filières et des métiers. Parmi eux, on vous recommande le siep.be, le cediep.be et n’oubliez pas qu’à la Toussaint, les rhétos peuvent commencer à se familiariser avec les universités qui ouvrent grand leurs portes. Comptez sur nous pour vous le rappeler.

Ils quittent la maison
C’est le premier envol de nos « bébés », une fois les études supérieures entamées. Objectif : assurer la continuité, comme pour les premières rentrées. Dans un dossier de février, la psychologue Marie Dezangré expliquait au Ligueur que la distance peut apporter un rapport plus riche entre un parent et son enfant.