Vie de parent

Le futur high-tech de…
la cour de récréation

Nous continuons notre voyage dans le futur. Dans cet épisode, nous faisons dialoguer des professionnels de l’école avec un designer et quelques parents visionnaires. La destination ? La cour de récré du futur. Tantôt enthousiaste, tantôt angoissante, voyons comment vous envisagez le futur de ce lieu où tout se passe.

Le futur high-tech de… la cour de récréation

« Musicale »

Depuis que je suis tout petit, j’imagine une cour de récré musicale. J’ai toujours trouvé que ça manquait. Des touches de synthé géantes dans le sol, des cordes électriques pour faire de l’escalade, des fûts de batterie. Tout pour se défouler et développer la psychomotricité. Génial, non ?
Dominique, papa de deux enfants de 4 et 7 ans

« Panoptique »

La cour de récré de demain, elle risque de ressembler à une cour de prison. On va voir débouler des caméras, il y aura des écrans dans lesquels apparaîtront des surveillants pour reprendre les mômes et pourquoi pas des drones pour surveiller les coins cachés ? Lisez Michel Foucault, il décrit le futur mieux que personne.
Fabienne, maman d’un ado de 14 ans

« Connectée »

Je vois bien un tout relié. Une cour connectée aux gadgets high-tech, genre smartphone ou autre nouveauté. On pourrait s’en servir pour la santé de certains : mesurer le rythme cardiaque des gamins, les kilomètres parcourus, ordonner les activités. Les mômes pourraient y adresser des messages aussi. « Je t’aime », « Je me sens seul », « Je veux être ton copain », etc.
Christo, éducateur en primaire

« Écolo »

Ce qui serait génial, ce serait qu’avant d’être high-tech, la récré soit encore plus végétale. Les mômes joueraient sur de la mousse, dans des arbres, feraient pousser des légumes… Tout cela dans une cour intelligente qui enverrait des infos pour dire que tel bac doit être arrosé, qu’il faut nettoyer la mare ou la pelouse. Ils développeraient des réflexes écolos ahurissants. Ce serait un chouette futur, hein ?
Steven, professeur d’Anglais dans le secondaire

Côté professionnels…

Sylvie Gallois, directrice du fondamental : « Une cour d’école enthousiasmante »

Si un jour la cour de récré devient high-tech, il est fort probable qu’elle prenne un tournant comme celui que décrit Christo. On voit naître des initiatives toutes simples pour rapprocher les élèves et éviter l’exclusion. Un banc de l’amitié, une boîte aux lettres du cœur, un mur d’expression, etc. Chaque établissement redouble d’inventivité pour personnaliser sa cour et faire en sorte que chacun puisse s’y exprimer aussi librement qu’il l’entend.
De plus en plus de ces initiatives sont empruntées aux réseaux sociaux. Il est évident que l’on va voir fleurir des projets un peu plus high-tech, très sécurisés. On sent bien que les jeunes profs, nés une souris à la main, tendent naturellement à cela. Dans mon école, j’ai inauguré des cinés en plein-air avec des projections sur des murs. On sort quelques enceintes pour diffuser un peu de musique pour des journées thématiques. On a des jeux de lumière pour les fancy-fair. Tout cela était inimaginable, il y a quelques années. Gageons et espérons que ça va galoper.

Un bête exemple

Ce qui serait formidable, ce serait que l’école pense son propre futur et s’en enthousiaste. Des idées comme celles de Steven ou Dominique sont fascinantes. Elles disent un peu la même chose. Tout cet univers high-tech doit être au service du développement des élèves. Sans mauvais jeu de mot, elle ne doit pas faire écran ni aux activités physiques, ni à la curiosité, ni à l’interaction. Un système qui apporte des infos sur l’écosystème de la cour, qui enseigne les bons réflexes aux enfants sur la façon dont on fait pousser les tomates, tant qu’ils gardent les mains dans la terre, c’est génial. C’est un bête exemple, mais qui va dans le sens de la façon dont on doit se servir de ces outils. Après, reste à convaincre les réfractaires. Mais auront-ils le choix ?

Guillaume Escallier, gestionnaire de contenu chez ACT lighting design« Récréation et création »

Tout ce que disent ces parents est tout à fait plausible. Moi aussi, je me méfie de la surveillance exagérée. On voit bien qu’elle se développe dans des lieux publics, genre piscine ou autre. Nous ne devons jamais perdre de vue que la cour de récré reste un espace où se mélangent l’intime et la vie en collectivité. Les nouvelles technologies ne doivent jamais y être trop intrusives. Les gadgets en tout genre doivent s’incorporer avec beaucoup de souplesse. Ils pourraient être une continuité ludique aux cours.
Par exemple, on développe le programme à travers des jeux high-tech, genre jeux vidéo intelligents. Dans l’école de mon fils, par exemple, les gamins jouent avec des pneus. Très bien, mais un peu de nouvelle technologie en plus ne peut leur faire de mal. Je pense à des bornes interactives. Pourquoi pas une marelle intelligente qui apprend à compter ou enseigne les bases de l’alphabet ? Ou des plateformes mi-matérielles, mi-virtuelles qui partiraient de sites existants et enseigneraient les bons réflexes de navigation sur le web aux élèves.

L’humain à l’humain

Personne n’a parlé de vêtements. L’impact high-tech sur la mode est intéressant. Il y a un enjeu crucial qui va se jouer. La technologie va-t-elle conduire au même comportement matérialiste et inégalitaire ? Va-t-on fliquer les gamins dans la cour par son biais ou, au contraire, va-t-elle simplifier et éliminer les codes dictés par les marques ? Un exemple : les baskets à led dans les cours d’écoles. Il y a un type de chaussure. Pas de marque, on opte plus pour le gadget que la griffe. Parce que oui, tout l’enjeu du futur, c’est de faire en sorte que les gadgets high-tech nous rassemblent.
Dans ma boîte, on travaille sur un projet de petites lampes que l’on distribue à l’entrée des festivals. Celles-ci peuvent être synchronisées, connectées, géolocalisées pour des photos ou autres. Elles permettent d’interagir et de créer ensemble. C’est dans ce sens qu’on doit se diriger.
Une cour de récré intelligente, c’est un espace qui doit apprendre en jouant. Sans jamais couper l’interface d'humain à humain. Ce n’est pas une machine qui va apprendre à mesurer l’importance du vivre ensemble. Toutes ces inventions ne doivent aller que dans une direction : que la cour de récréation reste un espace de création où on joue, où on raconte, où on s’intègre.

Yves-Marie Vilain-Lepage

Et vous ?

Comme tous ces parents ? N’hésitez pas à partager vos perspectives les plus folles, les plus réalistes, les plus ferventes à redaction@leligueur.be.
Prochain thème abordé ? La médiathèque. Parents, professeurs, ingénieurs, designers, architectes, etc. Venez donc nous présenter votre futur.