Vie de parent

Le numérique à l’école : oui,
mais pas n’importe comment !

Après des mois d’enseignement à distance, bien souvent numérique, pour les élèves à partir de la 3e secondaire, la Ligue des familles vous a demandé votre avis sur cette période et sur les leçons à en tirer pour l’avenir. Vous êtes plus de 1 500 à nous avoir répondu ! Voici ce qui est ressorti de cette enquête.

Le numérique à l’école : oui, mais pas n’importe comment !

1 élève sur 2 n’avait pas d’ordinateur personnel ou de tablette personnelle pour suivre les cours à distance

Seuls 39% des élèves pouvaient suivre les cours et rédiger leurs travaux sur leur propre ordinateur et 9% sur leur propre tablette. 26% devaient partager un ordinateur (et 7% une tablette) avec d’autres membres de la famille, 10% utilisaient uniquement un smartphone. Enfin, 4% des élèves ne disposaient d’aucun de ces moyens de connexion et n’étaient pas en mesure de suivre l’enseignement à distance.

Les 3/4 des familles ont dû payer 300€ ou plus pour acheter un ordinateur ou une tablette

Dans un cas sur deux, les parents ont dû acheter du matériel informatique pour permettre à leurs enfants de suivre leur scolarité. Pour un coût conséquent : plus de 300€ dans 3 familles concernées sur 4 et même jusqu’à 800€ et plus pour 13% des familles.

Certaines familles ont reçu de l’aide pour acquérir du matériel informatique, mais pas forcément celles qui en avaient le plus besoin

Une petite partie des familles ont reçu de l’aide pour s’équiper de matériel informatique. Mais pas forcément celles qui en avaient le plus besoin. L’aide prévue par le Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles ne semble pas avoir été suffisamment bien ciblée, bénéficiant aux familles aux revenus les plus élevés davantage (18%) qu’aux familles aux revenus les plus bas (17%).

Pas de droit à la déconnexion pour les élèves : la quasi-totalité d’entre eux reçoivent des sollicitations de l’école après 18h et le week-end

Avec l’utilisation des mails et des plateformes en ligne, les élèves sont à tout moment joignables par l’école. Ainsi, à peine 16% des élèves sont laissés sans sollicitation de l’école après 18h et le week-end ! De nombreux élèves n’osent jamais se déconnecter complètement de peur de manquer des consignes importantes, ce qui a évidemment un impact sur leur santé mentale.

► Qu’en retenir pour l’après-crise ?

L’enseignement numérique en Fédération Wallonie-Bruxelles s’est développé dans l’urgence pour faire face à une situation de crise. Cela a posé de nombreuses difficultés, et c’est assez normal. Pour la Ligue des familles, ce qui importe maintenant, c’est qu’on en tire les leçons pour la suite et qu’on prenne le temps de construire une véritable stratégie numérique en FWB, axée sur l’intérêt pédagogique, respectant la gratuité scolaire et le bien-être des enfants.

Pourtant, le gouvernement semble vouloir pérenniser le dispositif mis sur pied dans l’urgence en période de crise. Concrètement, il s’agit de permettre aux écoles de demander aux élèves, à partir de la 3e secondaire, d’avoir un ordinateur. Un ordinateur payé par les parents, avec juste une intervention des pouvoirs publics à hauteur de 75€. Un fonds de solidarité doit permettre d’aider davantage les élèves plus défavorisés, mais il ne peut bénéficier qu’à 10% de la population scolaire alors que la pauvreté infantile se monte à 20%.

Enfin, l’achat d’un ordinateur serait facultatif… Mais quand l’école demande aux élèves d’avoir un ordinateur, il est difficile pour les parents de dire qu’ils n’ont pas les moyens d’en acheter un et de laisser leur enfant sans matériel alors que les autres élèves auront l’équipement demandé.

Des mesures de crise prolongées, la facture pour les familles

Si le dispositif de la Fédération Wallonie-Bruxelles était prolongé, les parents devraient donc à l’avenir acheter un ordinateur pour chaque enfant, et en payer la plus grande partie du coût eux-mêmes. Pour la Ligue des familles, qui est interpellée en masse à chaque rentrée par des parents démunis face au coût des fournitures scolaires, cette hausse importante des frais scolaires n’est pas acceptable. On pouvait comprendre, en situation d’urgence, une entorse au principe de la gratuité scolaire. Mais pour l’avenir, au contraire, il est indispensable de continuer à diminuer le coût de l’école.

Pour développer l’outil numérique en Fédération Wallonie-Bruxelles, il est indispensable de mener une série de réflexions en amont : questionner l’intérêt pédagogique du numérique à l’école pour que son utilisation soit réellement efficace, assurer l’accessibilité du matériel informatique en appliquant le principe de gratuité scolaire, permettre un droit à la déconnexion pour les élèves qui ne doivent pas devenir joignables à tout moment de la soirée ou du week-end par l’école et, enfin, mettre à disposition des élèves et des enseignant·e·s un accompagnement technique.

Maxime Michiels, chargé d’études à la Ligue des familles