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Les échecs pour mieux réussir

D’abord, c’est joli. Ensuite, c’est intriguant. Enfin, ça fait envie. On a de tout temps reconnu les fonctions pédagogiques, éducatives et formatives du jeu d’échec. Dans les classes, les enseignants qui en adoptent la pratique se félicitent des résultats et confirment qu’il contribue à lutter contre l’échec scolaire. Et si on s’y mettait ?

Les échecs pour mieux réussir

Pour Aude, maman de Solveig et de Shana, 8 et 11 ans, tout a commencé à la maison. « J’ai appris à jouer aux échecs avec mon père. On organisait des tournois familiaux, on formait des équipes, c’était très amusant. Je me souviens du sentiment de puissance que j’éprouvais en me mesurant aux adultes : c’est clair, ça a boosté ma confiance en moi ».
Le jeu d’échec remonte au VIe siècle. Jeu de rencontres et de relations, il est une manière de rentrer en contact avec l’autre. C’était un outil de courtoisie par excellence, car on pouvait s’y adonner en couple. Pour Frédéric Bielik, chargé de mission à la Fédération échiquéenne francophone de Belgique et à la Fédération Wallonie-Bruxelles, ce jeu de réflexion est intéressant car universel : « On le pratique partout. Il est totalement accessible, à la fois par son prix et ses règles, précises et simples, même s’il est complexe dans son exécution. Tout le monde peut y jouer, déjà vers l’âge de 5 ou 6 ans ». À la fois jeu et sport complexe, car « il permet un nombre impressionnant de possibilités », poursuit le spécialiste qui, pour nous faire rêver précise qu’il existe « 1080 atomes dans l’univers et 10500 parties possibles au jeu d’échecs ».

Les vertus de l’échiquier

Frédéric Bielik est animateur, formateur et enseignant. Passionné de jeu d’échecs dès l’enfance, il consacre en 1991 son sujet de mémoire à l’introduction de cette discipline à l’école, Des échecs pour mieux grandir ! Visionnaire car, une dizaine d’années plus tard, l’Union européenne demande à ses États membres d’inscrire le jeu d’échecs dans leur système éducatif. Dans la foulée, les autorités compétentes en Wallonie s’adressent à lui pour animer des groupes d’enfants et former des animateurs.
Les règles du jeu d’échecs sont très simples, les enfants les assimilent d’ailleurs avec une grande facilité. Comme c’est un jeu, on les amène plus facilement à être attentifs, concentrés, à développer leur esprit critique et créatif. « Les joueurs doivent élaborer des procédures et des démarches scientifiques pour choisir le meilleur coup parmi la multitude de possibilités. Afin d’avancer le plus opportunément sur le tablier de jeu, l’enfant devra observer attentivement la situation, la comprendre, la critiquer avant de chercher des solutions, qui devront s’intégrer dans un plan global. Et ce plan qu’il aura élaboré sera perturbé par les différents coups de son adversaire, auxquels il s’appliquera à répondre ».
En bon enseignant, Frédéric Bielik fait un parallèle avec ce à quoi on aspire dans la vie : « On élabore des projets, on imagine des choses à plus ou moins long terme, mais tout ne roule pas toujours comme on le souhaiterait. Néanmoins, on vise toujours notre objectif et l’on s’adapte en fonction de la réalité de terrain ». C’est là qu’intervient tout l’aspect éducatif : l’enfant qui est habitué aux échecs appliquera naturellement les mêmes démarches pour travailler dans d’autres domaines, pour prendre des décisions.

Un outil de lutte contre l’échec scolaire

Dans certaines écoles, le jeu est utilisé comme outil d’accrochage scolaire. C’est le choix opéré par Cristelle Lachina, institutrice de 6e primaire à l'école communale de Remicourt : « Depuis que j'ai inscrit deux heures de jeu d'échecs par semaine dans ma classe, je suis en avance sur mon programme. Grâce aux échecs, je travaille toutes les compétences qui y sont inscrites, je ne perds pas de vue ma matière, au contraire ».
En apprenant à maîtriser les règles et à les appliquer, les élèves en difficultés entrent dans une phase de réussite. C’est une spirale vertueuse, ils apprennent un jeu réputé difficile, compliqué, « pour les gens intelligents », et ils s’en sortent. « Ces enfants gagnent en confiance, malgré leurs mauvaises notes, ils réussissent quelque chose. Je constate aussi une belle évolution chez ceux qui souffrent d’un problème d’attention. Ils se sentent valorisés, leur image dans la classe se modifie. Quand il y a activité à l’école, il y viennent plus volontiers ».
Jouer pour mieux apprendre, c’est tout bénéfice, car la capacité de concentration induite par le jeu peut être mise en avant pour d’autres domaines, lors de cours, travaux scolaires ou interros. Avec les professeurs qui hésitent à sauter le pas, Cristelle Lachina est rassurante : « Il ne faut surtout pas avoir peur. Avant de participer à la formation, je n’avais jamais joué aux échecs. On apprend très vite et il ne faut pas être excellent soi-même pour transmettre les règles : certains de mes élèves me battent déjà. Je sème et je vois que ça fonctionne… ».

Filles et garçons : égaux au face-à-face ?

Alors que petits, tous les enfants se passionnent pour ce jeu, vers 14-15 ans, les filles s’en éloignent. Frédéric Bielik s’interroge : « Il semble que notre société est encore un peu machiste, que les filles accordent plus de temps au travail scolaire et contribuent toujours plus aux tâches ménagères ». On est loin de Judit Polgár, la reine des échecs hongroise, grand maître internationale à 15 ans, qui a quitté les compétitions réservées aux femmes pour se mesurer aux hommes dans les compétitions mixtes.
« Elle a arrêté la compétition depuis et promeut le jeu d’échecs chez les filles. Il n’y a aucune différence autour des capacités intellectuelles, rassure le spécialiste, c’est vraiment la dynamique culturelle qui fait que les filles disparaissent de l’univers des échecs à l’adolescence. »
Dans la classe de Cristelle Lachina, les enfants ne se posent pas la question : tous se donnent à fond. Ils s’enflamment pour les rencontres inter-écoles, et se préparent pour la prochaine demi-finale, « comme s’ils allaient aux Jeux olympiques ! ». Et à la maison, si on choisissait un plateau tous ensemble ?

Aya Kasasa

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Un jeu qui favorise les relations

Frédéric Bielik : « Les échecs sont un jeu de relation qui ne se fonde pas sur des compétences physiques, culturelles ou des connaissances particulières. Il est intergénérationnel, interculturel, inter genres : tout le monde peut y jouer ! D’ailleurs, c’est le jeu le plus populaire au monde, on y joue partout et sous toutes les formes. On écoute l’autre à travers les déplacements du jeu. On lui laisse le temps de concevoir son message : le penser, puis l’exprimer, quand il joue son coup. L’adversaire doit prendre le temps de la compréhension du message : déplacer un pion comporte un plan, il veut en venir quelque part. C’est intéressant, car on a tendance aujourd’hui à deviner ce que l’autre va dire avant qu’il ait terminé son expression : on n’écoute plus vraiment. Un bon joueur d’échecs est capable d’écouter et de répondre à ce que l’autre propose. »

Tout sur les échecs

  • Avec la Fédération échiquéenne francophone de Belgique
  • Avec les livres La diagonale du succès de Maurice Ashley (Olibris), Le Joueur d’échecs de Stefan Zweig (Le Livre de Poche) ou encore Joueur d'échecs : il faut parfois faire un petit sacrifice pour prendre l'avantage de Maxime Vachier-Lagrave (Fayard).
  • Avec le film La reine de Kwate de la réalisatrice Mira Nair, qui décrit la vie de l’Ougandaise Phiona Mutesi, qui quitte son bidonville pour devenir championne d'échecs.
  • Avec les documentaires 64 cases pour un génie : Bobby Fischer de Liz Garbus et Karpov-Kasparov, deux rois pour une couronne de Jean-Charles Deniau.
  • Avec vous-mêmes, quand vous irez chercher votre premier jeu ! Attention : les spécialistes recommandent de ne pas céder à la tentation d’acheter un jeu simplifié pour débutants : les plus jeunes sont tout à fait capables de se débrouiller progressivement avec un vrai plateau…

Ils en parlent...

Une histoire de famille

« Les échecs, c’était avec ma maman. Puis de longues parties avec mon grand-père pendant les grandes vacances au Congo. Le jour où je l’ai battu, il a tiré une de ces têtes, à jamais dans les annales ! Mais j’ai arrêté vers 10 ans, car je ne jouais qu’avec des adultes qui gagnaient tout le temps, ça m’a découragée. »
Mina, 16 ans

Fédérateur

« Le jeu d'échecs m'a permis de jouer avec Emma. C'est la toute première fois ! »
Orlando, élève de 6e primaire