3/5 ans

Les papas et mamans
ne sont pas interchangeables

Bain, repas, mise au dodo… les pères d’aujourd’hui ne rechignent plus à participer à l’intendance et au nursing. Beaucoup y prennent beaucoup de plaisir et comptent bien faire de ce face-à-face avec leur petit, un temps de complicité. Mais ce même petit, dans ces moments de (petite) détresse, crie le plus souvent après maman, et non papa. Pourquoi ?

Les papas et mamans ne sont pas interchangeables

« Pourquoi tu appelles maman quand tu pleures, Moïra, et jamais papa ? ». C’est cette question d’un papa-lecteur qui nous a décidés à en faire un sujet d’article, avec l’aide de Mireille Pauluis, psychologue.

Le tiers qui sauve

Derrière cette interrogation toute simple que pose ce papa à sa fille, il y a la question de la place du père, pas aussi simple à régler.
« Il n’y a rien à faire, dit d’une voix douce notre psychologue, comme si elle voulait consoler tous les papas du monde, nous sommes tous sortis du ventre de notre mère. Mais, heureusement, face à ce duo, le tiers est là, qui va permettre à l’enfant et à la mère de sortir de la fusion. Ce tiers, c’est généralement le père, mais cela peut être aussi une femme quand il s’agit de deux mamans ou d’un homme quand il s’agit de deux papas. »
C’est donc autour des 5-6 mois de bébé, période à laquelle la mère retourne dans le lit du père et prend un peu de distance, que le papa peut prendre toute sa place. Et materner. Vraiment ? « On parle souvent de papas maternants, réagit Mireille Pauluis, mais c’est mal dit. Les papas sont paternants : ils s’occupent tout aussi bien de leur bébé, mais pas comme une maman. Et c’est ça qui est intéressant pour l’équilibre familial ».

Jouer des coudes

Il faut bien l’avouer, les papas doivent parfois jouer des coudes pour trouver leur place. « On observe, c’est vrai, des mamans qui vivent un tel sentiment de plénitude qu’elles ont du mal à se séparer, ne fût-ce que quelques minutes, quelques heures de leur tout-petit. Le papa se sent alors évacué. S’il ne met pas en place une dynamique pour récupérer sa femme et, du même coup, son enfant, il risque d’aller voir ailleurs ».
Il est donc important de ne pas se laisser piéger au moment où, souvent, les nuits trop courtes ont fatigué l’un et l’autre et de rassembler toute son énergie pour travailler à bâtir le couple parental.

Blanc bonnet et bonnet blanc ?

Si certains papas prennent franchement leur place et mènent les choses à leur façon, d’autres, soucieux de ne pas faire trop de vagues, calquent leurs faits et gestes sur ceux de la maman. Mireille Pauluis conseille : « Il ne faut pas que le papa suive le modèle de la maman, à condition évidemment qu’il respecte un minimum de règles pour protéger son bébé. Inutile de lui apprendre par exemple à faire de l’apnée ! Non, le père doit rester lui-même, c'est-à-dire, plus moteur, plus ludique et ça, dans les gestes les plus simples… ».
Même chose au moment d’une chute, d’un gros chagrin ou d’une contrariété. L’enfant, noyé dans ses larmes, appelle généralement maman, souvent sur un ton désespéré. (Les petits sont doués pour éveiller la compassion chez l’adulte !). « Là aussi, la réaction du père et de la mère est différente, souligne la psychologue. Maman console, cajole de longues minutes, papa donne un bisou magique et encourage le petit à reprendre son jeu, par exemple. Le câlin de papa est toujours un peu plus rugueux que celui de maman… et c’est tant mieux. L’homme et la femme ne sont pas les mêmes, mais chacun doit pouvoir trouver sa place. La justice, c’est l’équité, pas l’égalité. »

Myriam Katz

Zoom

Fils ou fille : différent ?

Que le papa ait une autre manière de prendre soin des enfants que la maman, d’accord. Mais cette manière est-elle d’autant plus musclée avec son garçon ?
« Ce qu’on a dans le fond de notre tête depuis des générations et des générations influence profondément la manière dont on accueille la fille ou le garçon », constate Mireille Pauluis, psychologue.
Rien de génétique là-dedans, juste une histoire culturelle qui gît là, dans notre inconscient collectif, même si aujourd’hui, notre regard sur le genre évolue. Pour preuve, cette pratique chez les Inuits. Quand ils ont trop de garçons qui naissent, ils les rassemblent avec les filles et remplissent les mêmes tâches, quand ils ont trop de filles qui naissent, ils appliquent la règle inverse.