12/15 ans

Maquillage : en parler sans fard

Embellir, masquer les imperfections, souligner ses atouts : depuis l’Antiquité, le maquillage occupe une place importante dans la définition de l’image de soi. Les premiers fards marquent aussi le passage vers l’adolescence et, pour la génération selfie, ils permettent de contrôler l’image qui sera validée par des likes et des follows. Mais, pour vous, c’est oui ou c’est non ?

Maquillage : en parler sans fard

Souvenirs, souvenirs… Le crayon khôl caché au fond du cartable pour se noircir les yeux juste avant d’arriver à l’école. Le nettoyage au savon le soir avant le retour des parents. Du blush appliqué maladroitement, le fond de teint trop foncé pour les boums d’après-midi… L’important, c’était de faire une incursion de l’autre côté, dans le monde des femmes, celui des fards à paupières et du rouge à lèvres.
Mais les codes ont changé, plus question de faire n’importe quoi : l’ère est à la perfection. Être adolescent·e aujourd’hui, c’est se sentir impuissant·e. Crises économique et sociale, famille-patchwork, complexité du monde : l’incertitude domine. Dans ce contexte, un des seuls paramètres sur lequel les jeunes peuvent agir, c’est leur corps. Boutons, cheveux gras, peaux luisantes : on camoufle, on embellit. Les filles se maquillent, les garçons taillent leur barbe et soignent leur tignasse. Ils se mettent en scène pour contrer l’image vacillante qu’ils ont d’eux-mêmes. La contrôler.

Filtres et artifices

Prendre une cinquantaine de photos avant d’en choisir une, y passer trente minutes avant de publier : rien n’est laissé au hasard. Dans ces conditions, difficile de faire sans fard ! L’industrie cosmétique l’a bien compris et s’intéresse de très près aux tendances. Les laboratoires d’essais cliniques Dermscan en France testent l’efficacité et la tolérance des produits avant leur mise sur le marché. La docteure Anne Sirvent explique : « Nous proposons aux industriels des tests qui correspondent aux nouvelles revendications des clients. Les ados utilisent tous les filtres de beauté de leur téléphone. Ils veulent ressembler dans la réalité à leurs photos retouchées, rester impeccables même en fin de journée, même pendant le sport. C’est la tendance ath-leisure, à l’intersection du sport et des loisirs. Alors, nous testons des produits longue-tenue, capables de résister à la sueur, par exemple ».
Confirmation chez le géant des cosmétiques L’Oréal : le maquillage est la catégorie la plus dynamique du secteur cosmétique. « La recherche est essentielle, le numérique continuera à l’influencer. Nous sommes dans l’ère de la Social Beauty, pour les Millenials et la génération Z, le bien-être passe par la beauté. Ils se mettent en scène, réinventent les looks et les usages, y consacrent un budget significatif ».

Et la peau, dans tout ça ?

Reste à faire attention à la peau de nos ados. Valérie Remy, responsable du centre Nadine Salembier de Comines, conseille de leur apprendre à en prendre soin le plus tôt possible : « Le film hydraulique qui la protège se raréfie à partir de 12 ans. À la puberté, elle devient extrêmement sensible, elle peut présenter des séborrhées occasionnelles. Avant d’apprendre à se maquiller, autant connaître sa peau et établir un protocole de soins adaptés ».
Les professionnelles peuvent aussi aider à trouver son style de maquillage. Certaines jeunes filles se font tatouer des sourcils et poser des faux cils n’importe où. « Vigilance ! Le maquillage semi-permanent a été créé pour apporter une correction au visage. Malheureusement, trop souvent, le résultat laisse à désirer. C’est un acte qui doit être posé par des spécialistes formé·e·s. Dans un salon sérieux, avant 18 ans, une autorisation parentale sera exigée ».
Faut-il se méfier de la qualité des produits ? Frederick Warzée, président de la Société Royale Belge de Cosmétologie (SRBC), se veut rassurant : « L’industrie cosmétique est soumise à des évaluations et des contrôles drastiques. La réglementation européenne interdit de mettre sur le marché des produits nocifs pour la santé ou testés sur des animaux. Tous les ingrédients qui composent les maquillages vendus en Belgique sont certifiés sans risques. Ils passent aussi des tests d’objectivation : ils ne peuvent se revendiquer d’une propriété qu’ils ne possèdent pas. La question de leur impact sur la santé et l’environnement est également étudiée. Enfin, les formules et la composition des produits sont obligatoirement notifiées au centre antipoison ». Vous pouvez sans crainte composer la première trousse de maquillage de votre fille.

Gare au fait maison !

Sur la Toile, on trouve de tout. Écœurés par les scandales environnementaux et conscients de leur impact écologique, les jeunes sont de plus en plus tentés par des produits faits maison. En matière de maquillage aussi, on trouve de tout, en ligne ou sur les étals des marchés bios.
Le Health Washing est le grand défi pour l’avenir, prédit Frederick Warzée : « Nous vivons dans une société de l’angoisse dans laquelle les adeptes du marketing de la peur agissent en toute impunité. Soyez conscients que certains de ces produits ne sont pas en conformité avec la loi. Apprenez à vos enfants à se méfier des recettes que l’on trouve sur YouTube, qui ne répondent à aucune analyse de sécurité. Ceux qui les fabriquent objecteront qu’ils sont faits à partir de produits naturels. Justement, il faut redoubler de vigilance : les produits alimentaires sont fait pour être ingérés, ce n’est absolument pas le même scénario d’exposition ! La fabrication d’un cosmétique se fait en respectant des bonnes pratiques, des normes imposées depuis les années 1970, qui définissent notamment un système de pesée pour éviter les erreurs. Les gens confondent aromathérapie et aromachologie. L’une concerne l’utilisation des huiles essentielles à des fins médicales (composés aromatiques extraits de plantes), l’autre la science des phénomènes liés aux odeurs (pour le bien-être). Les huiles essentielles sont extrêmement concentrées en actifs naturels très puissants, ils peuvent s’avérer très dangereux s’ils sont utilisés à des concentrations trop élevées ».

Aya Kasasa

En savoir +

Génération contrôle

La génération selfie maîtrise à la perfection les outils permettant de créer l’image sans défaut qui circulera sur les réseaux sociaux (pour info, en français du Québec, un selfie s’appelle un ego-portrait…). Une étude de l’association allemande des cosmétiques IKW conclut à l’importance capitale de ces autoportraits pris à bout de bras. Tous sont concernés : 85 % se prennent en photo, parmi eux, 26 % le font tous les jours et 14 % plusieurs fois par jour.
Avec ces clichés, les ados utilisent les codes secrets propres à leur génération pour réinterpréter la réalité et exprimer leur personnalité. Les grands frères et sœurs sont déjà dépassés, sans parler des parents qui se plaisent eux aussi à dégainer leurs perches à selfie. Horreur !
Les plus jeunes feront toujours autrement, et vite : selon l’étude IKW, 50 % d’entre eux identifient en un instant un selfie à la mode. Si vous en êtes encore à faire des moues de canard (le fameux duckface), sans prendre soin de votre pose, de la lumière, de l’arrière-plan ou de l’angle de votre regard, sachez que vous êtes pour eux source de grande gêne. Malaisant…

En pratique

Vous êtes O.-K…

Pour vous, c’est normal, elle a atteint l’âge et vous trouvez que c’est bien, finalement, d’apprendre à prendre soin de soi. Vous composez sa première trousse ? Privilégiez les teintes discrètes, les tendances naturelles. Évitez les tatouages et les actes définitifs : influencée par les heures passées devant Winnie l’Ourson, votre fille pourrait être tentée par des sourcils à la Maître Hibou. Mais tout commence par la peau, fragile chez les ados, et qu’il faut chouchouter. Une seule adresse : les professionnels !

Quelques conseils de Mary Lowy, dermatologue :

  • Préparer la peau : utiliser des produits non gras et non comédogènes. Les ados ont souvent des poussées de séborrhée. Choisissez des produits de qualité, agréés, en pharmacie ou en parapharmacie.
  • Évitez les produits parfumés, les parabens, etc.
  • Hygiène avant tout : ne jamais faire l’impasse sur le démaquillage, avec des produits suffisamment nettoyants pour ne pas boucher les pores.
  • Pour les yeux : éviter le maquillage résistant à l’eau. Sinon, utiliser de l’huile d’amande douce pour le démaquillage.
  • À chacune ses bactéries : ne pas prêter son maquillage ! Procurez-lui des produits en tube plutôt qu’en pot. Le rouge à lèvres peut transmettre le virus de l’herpès.
  • Arrêter d’appliquer du fond de teint : mieux vaut aller chez le dermatologue pour éviter d’avoir à camoufler une mauvaise peau. Quand il faut cacher de l’acné ou des imperfections, préférer des fonds de teint fluides et légers, à démaquiller en profondeur.
  • Maquillage semi-permanent : surtout, se renseigner sur le type d’encre qui sera utilisée. Certaines contiennent du plomb et sont très difficiles à détatouer.
  • Enfin, vérifiez les dates de péremption des produits. Sinon, poubelle !

Ils en parlent...

Naturel et discret

J’ai autorisé mes filles à se maquiller vers 16-17 ans, à condition que cela reste naturel. Rouge à lèvres discret, mascara. Plus jeunes, elles pouvaient le faire durant les vacances et les occasions comme Noël, les anniversaires, les fêtes de famille. Elles aimaient bien faire comme maman ! Franchement, pour elles, le maquillage n’est pas indispensable, elles peuvent aussi sortir sans.
Sophie, maman d’Alexandra et Victoria

Pour le fun

J’aime bien maquiller mes copines, on le fait pour se déguiser. Parfois, dans les magasins, je peux essayer des produits, c’est rigolo. Et depuis que j’ai 8 ans, j’ai le droit de mettre du vernis à ongles.
Emilya, 12 ans

Comme les autres

J'avais 12 ou 13 ans quand j'ai commencé à me maquiller. Je ne me suis jamais cachée, ma mère l’aurait immédiatement remarqué. Je me maquillais principalement pour faire comme les autres. Et un peu plus tard, surtout pour cacher mon acné. Aujourd’hui, je le fais pour mettre mon visage en valeur, agrandir mes yeux, colorer mes lèvres... Mais j’en ressens de moins en moins le besoin.
Agathe, 17 ans

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