Martine Vanderkam, sage-femme
et plus encore

Il y a quinze jours, le Ligueur vous proposait de rencontrer un homme sage-femme dans une maternité. Rendez-vous cette semaine à l’hôpital Saint-Pierre à Bruxelles, où nous attend une… sage-femme. Martine Vanderkam a fait de son métier une passion qui rime avec multiples engagements.

Martine Vanderkam, sage-femme et plus encore

En guise d’entrée en matière, nous lui montrons l’article sur son confrère. Homme sage-femme, qu’en pense-t-elle ? Elle réfléchit, sourit de notre question : « Je n’en côtoie pas beaucoup, mais je me dis que ce n’est pas le sexe qui importe, mais ce que la personne est, sa sensibilité. Peut-être que des mamans ou des papas peuvent avoir des a priori, en fonction de leur culture… »
Mais Martine Vanderkam met l’humain avant le genre au cœur de son métier. « Un homme peut parfois apporter une qualité d’être ou une empathie différentes. Aimer son métier permet de bien le faire et cela se sent… »

Naître sans layette

À l’origine, Martine suit une formation d’infirmière. Objectif : aller travailler dans les pays en voie de développement. Un souhait qui en dit long ! Diplômée il y a une quarantaine d’années, Martine n’est jamais partie dans le Sud, mais une expérience en maison maternelle avec des mamans célibataires souvent très jeunes va aiguiser sa sensibilité sociale.
Après une formation complémentaire de sage-femme, Martine est engagée à l’hôpital Saint-Pierre où elle exerce aujourd’hui son métier. Un mi-temps dans l’unité de grossesses à hauts risques, l’autre mi-temps à l’asbl Aquarelle.
Nous sommes en plein quartier de la rue Haute où l’on croise une population bigarrée. Pas mal de misère aussi. Martine nous invite dans les locaux de l’asbl Aquarelle, installée dans les bâtiments de l’hôpital.
Au rez-de-chaussée, une véritable caverne d’Ali Baba envahie de vêtements, de matériel de puériculture, de jouets, etc. Créée à la demande de l’hôpital et avec le soutien du Fonds Marguerite-Marie Delacroix, l’asbl Aquarelle assure un accompagnement global à la naissance (suivi psycho-médico-social) et apporte divers soutiens à des mamans issues de l’immigration, en situation de grande précarité, souvent sans Sécurité sociale, mais aussi victimes de viols, d’excisions, de mariages forcés, etc. D’autres ont fui des régimes où leurs familles ne sont pas acceptées. Difficile d’imaginer le quotidien de ces femmes !
« Beaucoup de ces mamans arrivent chez nous en fin de grossesse, sans travail, sans mutuelle, sans suivi… Elles accouchent souvent prématurément… ». Parmi ces femmes, nombre d’entre elles ne bénéficient pas de l’aide médicale urgente.
« C’est dans ces situations que notre asbl prend tout son sens. Si une maman a une infection urinaire et que le médecin lui prescrit des antibiotiques, ceux-ci coûtent cher. Nous essayons d’intervenir et c’est pourquoi nous sommes tout le temps à la recherche de dons. 30 % d’entre elles sont des femmes seules, voire des mamans sans domicile fixe. Leur premier souci, c’est de savoir quoi mettre dans la valise. Certaines n’ont rien du tout. Pas même une layette. Quand on peut les aider, elles sont toutes contentes. Un jour, un papa m’a dit : ‘Mon bébé a l’air important pour vous’. Tout à coup, ça lui a donné de la valeur. Nous assurons aussi le suivi médical de leur grossesse et nous leur faisons visiter la salle d’accouchement, la maternité et on leur présente un petit film sur la naissance pour que l’hôpital leur fasse moins peur. »
Le boulot ne manque pas. Heureusement, les trois sages-femmes de l’asbl Aquarelle sont aidées par les assistantes sociales de l’hôpital et les TMS (travailleuses médico-sociales) de l’ONE pour les démarches administratives. Et si elles rencontrent des problèmes plus pointus, elles peuvent relayer vers les gynécologues et les psychologues de l’hôpital. Sans oublier de nombreux bénévoles, indispensables, qui récoltent et distribuent les colis.
Le suivi continue à domicile, après l’accouchement, pour le soutien à l’allaitement et la surveillance de l’évolution du bébé. Le relais avec les consultations du nourrisson est également assuré. « C’est ainsi que nous avons approché ces mamans, afin qu’elles puissent se faire suivre plus tôt. On a commencé à proposer des consultations prénatales grâce au bouche à oreille, car elles savaient que nous les aidions pour accueillir le bébé. Nous avons créé une bonne alliance avec ce public ». Une alliance, on le sent, qui fait sa fierté.

Des moments privilégiés

La naissance… d’Aquarelle date de 1999. La même année, s’ouvre la Maison de la Naissance, une association d’une vingtaine de sages-femmes qui propose diverses préparations à la naissance, consultations prénatales, prises en charge de la grossesse et suivis post-natals.
« Chacune a son dada. Il y a même une tabacologue, une sophrologue, une aromathérapeute dans l’équipe. Chacune intervient dans sa sphère ». Les accouchements, quant à eux, peuvent avoir lieu en structures hospitalières, mais aussi à domicile quand cela est possible.
Et donc, parallèlement à ses deux mi-temps, Martine exerce à la Maison de la Naissance comme sage-femme indépendante complémentaire. « J’y propose des préparations globales et affectives à la naissance, une autre appellation pour l’haptonomie. Cette préparation permet d’entrer en communication avec le bébé dès 4 à 5 mois de grossesse. Elle inclut le papa et lui permet, par le toucher, d’entrer en communication avec son bébé. Souvent, je reçois des papas parce qu’ils suivent la maman. Ils sont surpris quand je leur parle de ce petit bébé en devenir, que je leur montre des petits foetus qui permettent de réaliser ce qu’est un bébé de 20 semaines, que je leur fais sentir le bébé dans le ventre de la maman. L’haptonomie permet aussi d’exprimer des sentiments, des peurs. Le couple se dit des choses qu’il ne se serait jamais dites en dehors de ces consultations… C’est un moment privilégié, hors de la maison... »
Je regarde Martine Vanderkam, je l’écoute me raconter avec enthousiasme son métier. Je ne sens chez elle aucune lassitude et j’imagine toutes ces mamans qu’elle a aidées avec ses collègues, ainsi que ces centaines, ces milliers peut-être de bébés dont elle a accompagné la naissance…
« Je suis passionnée par mon métier, car on intervient à un moment très spécial de la vie des couples. Si les gens vivent une difficulté, notre savoir-faire, notre savoir-être nous permettent d’agir. On a une grande responsabilité, mais aussi une grande satisfaction, quelles que soient les difficultés des mamans : se vêtir, se nourrir, savoir écouter, rassurer, donner de la confiance dans leur potentiel à devenir parent. Une grossesse est un chemin qui, heureusement, dure neuf mois, avec des moments de joie et d’autres de doutes, des moments pas faciles à vivre aussi, comme celui du calcul de risque de la trisomie ou lorsque la maman est en menace d’accouchement prématuré. Il faut parfois accompagner la douleur. J’ai connu une maman qui pleurait à chaque fois que je la voyais… tellement elle avait peur d’accoucher. Il faut beaucoup rassurer. Parfois, il y a aussi des problèmes de couple. Des papas qui ne comprennent pas les changements chez leur compagne. Je suis une tierce personne qui peut expliquer les variations d’humeur, par exemple. C’est important que je puisse dire que la maman a besoin du papa. Je suis celle qui aide le couple à mieux se comprendre. À se parler. La routine n’existe pas. Chaque être humain est différent, chaque histoire est nouvelle et c’est, à chaque fois, un challenge. On les accompagne dans un chemin particulier de leur vie et c’est un privilège de partager ce vécu avec eux. »

Michel Torrekens

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