Vie de parent

Mes rêves et mes frustrations

« Quoi ? Du rêve, là, en pleine période de révision ? Bah, c’est le moment… Quelle drôle d’idée ». Pas tant que ça. Dans la rêverie, il y a aussi une part de regret, une part d’amour, une part de projection. Ça tombe bien, nos papas en ont à revendre.

Mes rêves et mes frustrations

Ce qui me frustre

Martin : « Trop peu impliqué »

Sans surprise, je suis frustré par le temps qui me manque. À tel point que mes enfants ont parfois l’impression que je m’en fous. Ils interpellent leur mère. Ça me rend un peu triste. Comme si j’étais absent, parfois. Alors, ma technique, c’est que quand ils appellent maman pour un conseil révisions, je réponds à la place de mon épouse ! Mais je culpabilise. J’avoue que je suis incapable de dire quand les examens auront lieu, par exemple. D’un autre côté, ça montre que l’on fait équipe et que l’on se partage le travail. Tu désinvestis ce pour quoi tu crois l’autre capable. Bon, l’affaire des révisions, ce n’est pas comme sortir les poubelles, j’en conviens.

Nicolas : « Le mauvais moment »

Moi, ce qui me frustre le plus, c’est que ça tombe pile au mauvais moment, à chaque fois. Là, pour mon boulot, je suis en plein examen, pour lequel j’ai énormément de travail. Un paquet de trucs me tombe dessus, je suis sous pression. Donc, je ne suis pas dispo autant que je le voudrais. Il y a trop d’objectifs. Mais ce qui est génial, c’est que c’est une période d’intense émulation. Et pour mes enfants, d’avoir un papa qui étudie, ça crée un leadership par l’exemple. C’est concret, ça donne du sens.

Prince Ali : « Un coup de honte »

Une fois, je me suis emporté. On était en pleine période d’exams. Je travaillais avec Solal, ça faisait plus d’une demi-heure. Il était en 3e primaire. Il bloque. Il refuse d’avancer. Et pourtant, je sais qu’il sait. Il fait sa tête de mule. Moi, en bon enfant du Sud et du bitume, je n’ai pas les mots dans toutes les situations. Et là, je hurle. Je pète les plombs et je fracasse une armoire d’un coup franc et sec. Solal devient livide. À partir de là, je me suis juré de ne plus jamais endosser la pression de l’école. J’ai eu honte. Ça m’a servi de leçon, ça n’arrivera plus jamais. Pourquoi ? Parce que je me fierai à mes grands plus qu’à mes nerfs.

Ce que j’aime

Vincent : « Passer du temps avec elle »

Dès la 4e secondaire, j’ai demandé à Alice de me passer ses cours. Ça me passionnait. Tout ce qui est physique, bio, chimie. J’ai adoré me replonger là-dedans. Et elle, ça l’a beaucoup aidée quand elle calait. On s’appuie beaucoup sur les exemples de la vie quotidienne. En vacances : « Tiens, tu vois, Thalès peut permettre de calculer la hauteur des montagnes ». C’est vraiment amusant de se confronter à la rigueur des exams. De remettre le nez là-dedans. Et puis, aussi, pour être tout à fait honnête, j’adore passer ces moments avec elle. C’est toujours chouette pour un papa d’être en tête-à-tête avec sa fille.

Nicolas : « Des discussions sympas »

Ce qui est comique, c’est que, d’un coup, au moment des exams, on parle de plein de choses en famille. Les aînés ont envie de montrer ce qu’ils savent. Ça donne des discussions sympas. On invite à table des sujets comme la biologie, le social, ça débat sec et c’est intéressant. Aux moments où ils ont l’obligation d’apprendre plus intensément que le reste de l’année, tout se révèle à eux. C’est génial.

Prince Ali : « Ils n’avalent pas bêtement »

Vous l’aurez compris, ce n’est pas ce qui compte le plus pour moi, les révisions, tout ça. Mais ce dont je suis le plus fier, c’est de susciter le libre-arbitre chez mes mômes. L’esprit critique coûte que coûte. Je le redis, l’école n’a pas les moyens de sa politique. Si je n’ai pas les thunes pour faire un voyage, je n’en rêve pas. Je préfère m’investir dans des projets réalistes. Donc, je ne veux pas que mes enfants plaquent leur vision à un projet irréaliste. Ils doivent la questionner. Surtout en période d’exams. Je leur répète de tout prendre en considération. C’est tout bête. Et pour la suite, ça va leur servir. Ils ne vont pas manger tout ce qu’ils vont trouver sur le web. Leur épanouissement ne dépend pas d’une bonne note. Qu’ils connaissent les capitales, je m’en fous. Mais qu’ils connaissent au moins trois villes au Maroc, qu’ils sachent quel plat on mange au Laos, qu’ils éprouvent, qu’ils parlent avec leur propres mots, leur propre analyse, à mes yeux, ça a du sens. Et en plus, je suis persuadé que ça les détend.

Ce que j’aurais aimé

Jean-Michel : « Parent de mauvais élève »

À l’heure où on a un peu de mal à situer l’école, je déplore que ce système avec examens soit si important. En fait, je regrette que la note ait une telle importance. Est-ce que l’on ne pourrait pas penser à une évaluation moins automatique ? Quid du potentiel, de la façon dont les gamins s’adaptent, se passionnent, s’orientent. C’est fou de se dire que l’on peut influer sur la vie d’un gosse uniquement parce qu’il s’est écarté du sérail, un micro-instant de sa courte existence. Ça me fout en l’air. Et vous remarquerez que ce genre de réflexion n’est soulevé que par des parents d’élèves en échec scolaire. Alors, ça n’a pas de poids. Nous sommes considérés comme frustrés, donc on ne compte pas. Dommage, non ?

Vincent : « La méthodologie »

J’ai tout un tas de méthodes d’apprentissage qui consistent un peu à apprendre à apprendre. J’ai empilé pas mal de documentation à ce propos. Mais je n’ai jamais vraiment pris une méthode pour la mettre en œuvre. J’aurais aimé aider Alice à être plus efficace. Plus par rapport au bien-être qu’à l’excellence. Le rythme est dur, parfois. Je suis persuadé qu’avec un peu de méthode, on peut rendre le travail vraiment efficient. À ce propos, je regrette que l’école n’enseigne une méthode qu’aux élèves en difficultés. Ceux qui ont de bons résultats comme ma fille n’ont aucune méthodologie. Sous-entendant : « Ça marche par eux-mêmes, tant mieux ». Il faudrait clairement mettre ça sur pied à l’école : s’informer sur les méthodes d’apprentissage et vérifier qu’elles soient bien acquises. En un mot, s’inspirer de la propédeutique. Ça ne date pas d’hier, ma mère l’a étudiée dans les années 1960, pour vous dire !

Ce que le Ligueur retient…

On ne pouvait pas aborder le chapitre des révisions sans rêver l’école. Et on ne pouvait pas rêver l’école, sans l’égratigner un peu. C’est peut-être aussi parce qu’ils l’aiment que Prince Ali, Vincent et Jean-Michel secouent l’institution. Pourquoi ne pas les écouter et porter leur réflexion ? Ce qui est frappant - et là encore, on marque une rupture avec les générations précédentes de pères -, c’est de voir à quel point ces papas sont investis et ont des projets. Et quand ils ne le peuvent pas, ils en sont désolés, à l’image de Martin. Comme elle semble lointaine la réalité du patriarche qui rentre du boulot, met les pieds sous la table et exige des résultats. Quelles vont en être les conséquences ? Un lâcher-prise ? De nouvelles façons de travailler ? Une pression moins forte ? La réponse se fera avec le temps. Et le Ligueur, lui, vous promet de s’en faire l’écho, petit bout par petit bout.

Yves-Marie Vilain-Lepage

Zoom

Petit enfant deviendra grand…

On ne pouvait pas clore ce chapitre sans interroger nos deux autres papas mis sur le côté parce que leurs enfants sont encore trop petits. Comment envisagent-ils tout cela ?

« Des dynamiques d'entraide » 
Comme Martin, j’ai grandi avec ce syndrome du bon élève. Je voulais de bonnes notes et ce n'était pas trop difficile de les obtenir. Je n’avais pas de pression. Jamais engueulé, jamais félicité non plus. Ce que j’aimerais plus tard, en cas de difficultés, c’est que Rosie ose faire appel à d'autres et qu'il y ait des dynamiques d'entraide naturelles dans la classe. J'espère que ma fille aura, comme je l'ai eu, des facilités à apprendre, qu'elle ne sera pas trop stressée et qu'elle ne se mettra pas dans tous ses états pour les révisions. Les notes à l'école, je m'en fous un peu. Passer dans l’année au-dessus, c’est juste une façon de ne pas perdre son temps deux années de suite dans la même classe. Et il faut surtout relativiser : chercher les meilleures notes tout le temps peut être très stressant. Faire du rase-motte et craindre l'échec à chaque examen l'est tout autant. Et puis, à mes yeux, trouver sa vocation, c'est plus difficile que réussir ses examens et tellement plus utile pour être heureux.
Gaël, papa de Rosie, 3 ans

« Appui arrière »
Ce que j’aimerais, c’est faire en sorte que mes enfants maintiennent un effort continu et pas qu’ils donnent tout lors de la période des examens. Plus que des grosses phases d’études, je pense progression. Ce sera du type : « Bon, attention, Max, il est 16h15, on avait dit 16h, allez, au boulot, ce sera moins fastidieux pour la suite ». Mon rôle, je le considère comme un appui arrière. Je voudrais les pousser un peu. Ça passe par des trucs comme surveiller le journal de classe, leur montrer que je les soutiens. Et surtout, ça me semble important - et ça a été peu dit - que l’école a sa place à la maison. Bon, facile à dire, je le reconnais. Mais je ne me vois pas comme autrement qu’investi.
Jonathan, papa d’Élise, 16 mois, et Maxime, 2 ans

Retrouvez l’intégralité de l’entretien de Jonathan dans lequel il nous livre ses conseils très pratiques d’éducateur > 5 conseils d’un éducateur à propos des révisions.