6/8 ans

Non à la crise vestimentaire du matin !

Jusqu’à présent, elle enfilait ses vêtements sans mot dire. Voilà qu’aujourd’hui, elle y met son grain de sel. Elle est grande, maintenant, elle a bien le droit de choisir ses habits elle-même. Oui, mais choisir le pull à grosses mailles en plein été ou la liquette rose en plein hiver, cela ne vous arrange pas vraiment. Ce genre d’embrouille n’arrive qu’avec les filles ? Hélas, garçons et filles sont également touchés par ce syndrome. Comment ne pas se laisser piéger par la crise du collant rose ou du T-shirt avec le dinosaure ? Des pistes pour en sortir.

Non à la crise vestimentaire du matin !

Il est 7h15. Debout depuis plus d’une heure, vous êtes déjà prêt(e). Vous avez aussi réveillé vos deux enfants et préparé leur petit déjeuner. Tandis que votre aînée s’habille dans sa chambre, Bruno, 3 ans, fait son cinéma et refuse de s’habiller.
Depuis quelques semaines, il refuse catégoriquement d’enfiler tout ce que vous lui proposez. Chaque matin, c’est la même crise : des cris, des larmes, de l’énervement… Et pendant ce temps, l’heure tourne ! À bout de nerfs, vous finissez par lui enfiler de force un jean et un pull. Très fâché, votre petit bout hurle et hurle encore dans la voiture. La journée commence bien !

Toute-puissance

Cette situation, la majorité des parents la connaisse un jour ou l’autre. En effet, vers l’âge de 3 ans, les enfants commencent à vouloir choisir eux-mêmes leurs vêtements. « C’est une étape normale de leur développement, explique Mireille Pauluis, psychologue. Entre 3 et 5 ans, les enfants sont dans une période de toute-puissance. Ils pensent qu’ils sont les rois du monde, qu’ils deviendront pompier ou princesse et épouseront papa ou maman. Ils ont accès au langage et à la motricité et, dès lors, tout est ouvert, possible, permis. Y compris le choix des vêtements. »
Mais quand on les laisse faire, le résultat est farfelu, voire pas du tout approprié aux circonstances ou à la météo. « En effet, dans cette phase de toute-puissance, l’enfant croit qu’il sait ce qui est bon pour lui. S’il a envie de mettre son T-shirt à paillettes ou son pantalon de cow-boy, il ne conçoit pas que ses parents refusent. Puisque lui pense que c’est bien, ça l’est, point final », poursuit la psychologue.

Compréhension… et fermeté

Dès lors, comment réagir pour éviter la crise ? Pour Mireille Pauluis, la première chose à faire est de dire à son enfant qu’on comprend son envie de mettre tel vêtement. Mais, ensuite, il faut lui expliquer pourquoi ce n’est pas possible. Pour cela, rien de tel que lui présenter factuellement la réalité. « Non, aujourd’hui, tu ne peux pas mettre tes sandales car il pleut et tu vas avoir les pieds mouillés. La réalité est celle-là. Elle t’embête, mais c’est quand même comme ça. »
Il arrive aussi qu’un enfant fasse une fixation sur un vêtement. « En général, c’est parce que ce dernier est chargé d’émotions, explique notre experte. Si un petit garçon veut mettre tous les jours son pull Spiderman, c’est peut-être parce qu’il est allé voir le film avec son papa, parce que ses copains à l’école lui ont dit : ‘Super’ en levant les pouces ! L’enfant veut alors le mettre tout le temps et cela lui est bien égal qu’il soit plein de taches. De nouveau, il faut confronter l’enfant à la réalité, faire l’état des lieux du pull avec lui et lui dire : ‘Regarde, il y a six taches sur ton pull. Il est vraiment sale. Je vais le laver et dès qu’il sera propre, tu pourras à nouveau le mettre. »

De l’autonomie tout de même

Malgré tout, votre enfant grandit et son désir de choisir lui-même ses habits fait partie de son évolution. Il a besoin qu’on lui laisse faire des choix pour avoir confiance en lui et acquérir son indépendance. « Il faut donc lui laisser très progressivement cette liberté, tout en le guidant, conseille Mireille Pauluis. Offrez-lui des choix limités : deux tenues qui vous conviennent (météo, activités prévues…) et entre lesquelles il peut choisir. »
Si malgré tout l’enfant refuse, crie, se roule par terre, il faudra reconnaître sa colère, tout en lui disant que, dans ces conditions, il n’y a pas moyen de discuter. Qu’on en discutera quand il sera calmé. Mireille Pauluis : « Bien sûr, tout ceci reste théorique et plus facile à dire qu’à faire, surtout le matin quand les minutes sont comptées. Il faut se dépêcher pour être à l’heure à l’école, puis au bureau, et cela donne énormément de pouvoir à l’enfant qui sera forcément tenté d’en profiter. »

Gaëlle Hoogsteyn

En pratique

  • Proposez à l’enfant de choisir entre deux vêtements. Ainsi, il a tout de même l’impression que son avis compte.
  • Expliquez-lui les raisons de votre refus mais sans vous justifier à n’en plus finir.
  • Si le choix des vêtements est régulièrement source de crise, mettez le réveil dix minutes plus tôt pour avoir un peu de marge.
  • Une autre option est de préparer les vêtements la veille au soir, en fonction de ce qui a été annoncé à la météo. On peut même montrer les prévisions à l’enfant à la télé ou sur l’ordinateur : « Tu vois, demain il va pleuvoir et il y aura du vent. Il faudra donc bien se couvrir » ou au contraire « Regarde, il y aura un grand soleil demain. Tu peux choisir entre une robe ou un short avec des sandales ».

Des parents en parlent...

« Ma fille ne veut porter que des jupes et des robes. Récemment, son école a organisé un mois sur le thème du sport. Au bout d’une semaine, Chloé refusait d’aller à l’école, car elle en avait marre de devoir mettre un training ou un short. C’était la guerre tous les matins. »
Virginie, maman de Chloé, 5 ans 

« La crise vestimentaire du matin, je la vis tous les jours. Et étonnamment, plutôt avec mon fils qu’avec ma fille. Je m’attendais à l’inverse, pensant que les petites filles étaient logiquement plus intéressées par les vêtements que les garçons. Mais chez nous, c’est Henry qui veut toujours s’habiller ‘comme papa’ avec une chemise et un beau pull. Je crois que si je le laissais faire, il mettrait une cravate! Mais pour l’école, ça ne convient pas toujours. Ou bien, je n’ai pas eu le temps de repasser. C’est donc toujours une longue négociation et j’avoue que bien souvent, faute de temps, je finis par céder à ses exigences.»
Élisabeth, maman de Marie, 3 ans, et de Henry, 5 ans  

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