Vie de parent

Pandémie : l’école au cœur des nouvelles mesures

Gros enseignement de ce Codeco millésimé 3 décembre 2021, l’école se retrouve au cœur des mesures prises ce vendredi. Port du masque dès 6 ans, hybridation dans le secondaire et fermeture du fondamental la semaine précédant les vacances de Noël : trois mesures qui posent pas mal de questions aux parents et aux différents acteurs de l’enseignement.

Pandémie : l’école au cœur des nouvelles mesures

« La Ligue des familles insiste pour que ces mesures soient temporaires et que l’école reprenne normalement pour tous à la rentrée de janvier. » L’organisation parentale a été parmi les premiers à réagir cet après-midi. C’est que ces mesures prises pour enrayer la pandémie, à hauteur d’écoliers, posent de nombreuses questions et soulèvent plusieurs craintes côté parents. Dans son communiqué, la Ligue des familles « appelle les différents gouvernements à leur apporter le soutien nécessaire » et cela, « afin de permettre aux parents et aux jeunes de vivre le moins difficilement possible ces mesures. »

► Le port du masque dès 6 ans

C’était dans les recommandations des experts, c’est appliqué à la lettre. Le masque, donc, dès 6 ans. À l’école, mais aussi « là où le port du masque est déjà obligatoire » comme dans le bus pour se rendre à l’école par exemple. A l'UFAPEC, l’Union des Fédérations des Associations de Parents de l'Enseignement catholique, on se montre résigné sur cette mesure. Le terme « résignation » revient d’ailleurs assez souvent dans les discussions survenues avec les différents acteurs de terrain après la conférence de presse de ce vendredi. « On prend acte, lâche laconique Bernard Hubien, le secrétaire général. On espère juste que ça enrayera la propagation. »  

" Imposer le port correct du masque aux enfants dans les écoles, c’est compliqué."

Côté enseignant, Joseph Thonon, président de la CGSP-enseignement, monte la critique d’un cran. « Est-ce que cette mesure sera vraiment efficace ? Si on compare les chiffres de contamination wallons et flamands, on ne voit pas vraiment l’impact de la mesure appliquée déjà chez les 10-12 ans en Flandres. » Joseph Thonon pointe aussi la faisabilité : « Concrètement c’est difficile de mettre ça en place. Imposer le port correct du masque aux enfants dans les écoles, c’est compliqué. »

Sur le port du masque chez les petits de primaire, l’infectiologue et pédiatre Pierre Smeesters nous partageait aussi ses doutes il y a quelques jours. « Je n’ai pas de doute sur l’efficacité du masque, mais j’en ai sur son utilisation partout, tout le temps. Dans des groupes, où les enfants sont proches sur le long terme, il est presque impossible qu’ils portent efficacement ce masque en permanence. On le voit, déjà, autour de nous avec même des adultes qui le portent parfois de façon rocambolesque. Donc, l’imposer aux enfants le temps d’un concert, d’un voyage dans le métro, d’une visite à l’hôpital, d’accord. Mais dans des moments longs, le port du masque pour les enfants est présenté comme une recette magique qui ne me convainc pas complètement. » Joseph Thonon, de son côté, estime qu’il faut « ménager des moments où les enfants ne le portent pas. »

► La fermeture du fondamental

Maternelles et primaires fermeront donc une semaine avant les vacances de Noël. Sur ce point, la Ligue des familles avance ses exigences. « Tous les parents ne pouvant faire du télétravail, et le télétravail n’étant pas compatible avec la garde de jeunes enfants, nous appelons à des mesures permettant aux parents de faire face à cette fermeture d’école qui s’ajoute aux congés scolaires déjà prévus. » Parmi ces mesures, le recours possible au chômage temporaire pour s’occuper des enfants. Mais aussi la création de garderies au sein des écoles. « Il y aura des garderies » soulignait Joseph Thonon de la CGSP après avoir assisté à une réunion avec la ministre de l’éducation. « C’est important, notamment pour le personnel hospitalier. »

" Il est impensable de laisser ces parents sans possibilité." 

A l’UFAPEC, Bernard Hubien pense aussi à d’autres parents. « C’est important ces garderies. Bien sûr, il y a le personnel soignant, mais aussi tous les parents qui travaillent dans des secteurs très sollicités à la veille des fêtes de fin d’année. Je pense aux commerces, aux caissières de supermarché. Il était impensable de laisser ces parents sans possibilité. »

Voilà comment sont encadrées ces garderies dans la circulaire diffusée ce vendredi soir : «Chaque établissement devra organiser un accueil des élèves régulièrement inscrits dans l’établissement pour lesquels aucune autre solution alternative de garde n’est possible pour les parents sans mobiliser des personnes à risque. Il doit être fait appel au maximum à la solidarité des parents à cet égard. Dans ce cadre, la direction de l’établissement demandera aux parents de se signaler en vue de prévoir l’encadrement nécessaire à cet accueil, sans solliciter de justificatif. Des listes journalières de présence seront établies. Les élèves pour lesquels les parents n’auraient pas expressément déclaré leur présence à l’école, seront néanmoins accueillis. Il sera alors demandé aux parents de confirmer la présence de leur enfant pour les jours suivants.»

► Hybridation dans le secondaire

Profs et élèves du secondaire vont devoir, à nouveau, jongler entre la présence en classe et l’enseignement à distance. Prévue dès lundi, l’hybridation est finalement repoussée à mercredi. « Ce sera déjà un exploit de mettre cela en place en deux jours » souligne Joseph Thonon, morose. Pour les parents de l’enseignement catholique, Bernard Hubien attend surtout de voir comment tout cela se mettra en place. « Cela arrive dans une période plutôt axée autour des examens, des contrôles. Les apprentissages ne devraient donc pas être trop touchés. Reste à voir la mise en pratique. »  

De son côté, la Ligue des familles appelle à mettre en place un système d’enseignement à distance « via documents papiers et rendez-vous individuels réguliers. » L’objectif ? « Ne pas pénaliser les adolescents qui n’ont pas accès au matériel informatique, ni ceux qui sont déjà en difficultés scolaires. » Dans le résumé des mesures mis en ligne ce vendredi, le Codeco répond en partie à cette exigence de la Ligue en affirmant qu’un « enseignement en présentiel sera organisé pour les élèves les plus vulnérables, certainement dans l’enseignement spécialisé. Les ministres de l’Enseignement en détermineront les modalités. »

La Ligue des familles suggère aussi l’idée que les périodes de présentiel soient consacrées aux nouveaux apprentissages, le travail à la maison étant dédié aux révisions et à l’évaluation des apprentissages.

► Le supérieur en code orange

Sur ce sujet précis, la ministre de l’enseignement supérieur, Valérie Glatigny, a fait le point cet après-midi. « Les établissements pourront continuer à proposer des activités d’apprentissages à 100% en présentiel. En effet, il reste, dans la plupart des établissements d’enseignement supérieur, très peu de semaines de cours (2 en général). Suivront ensuite le blocus, les examens et puis les vacances, des périodes où la densité d’étudiants sur les campus diminue fortement. Dans la pratique, les étudiants ne reviendront ensemble sur les campus qu’en février selon des modalités qui seront réévaluées en janvier en fonction de l’évolution de la situation sanitaire. »

Niveau restriction, les cantines et les restaurants des établissements seront dorénavant fermés. Quant aux conférences qui ne sont pas organisées dans le cadre d’un cours, elles seront interdites. Résumé de la ministre, « la présence sur les campus se limitera donc strictement aux activités d’apprentissages, d’étude et d’évaluation. »

► Le reste

Comme d’habitude, certains éléments restent flous à l’issue de ce Codeco. Ainsi, il a été décidé que « toutes les activités parascolaires » sont interdites. Que recouvre exactement ce terme ?  

A définir aussi plus explicitement l’interdiction de « tous les regroupements et activités privés à l’intérieur en ce compris les activités organisées » à l’exception, notamment, « du sport, des regroupements au domicile privé ou dans un logement touristique de faible capacité. »

Face à ces zones d’ombre, la Ligue des familles s’interroge sur les stages prévus pendant les vacances de Noël, « ainsi que de toutes les activités extrascolaires. » Elle en exige le maintien.

" On nous dit que les jeunes enfants seraient, maintenant, les vecteurs de l’épidémie. C’est nouveau."

On notera aussi que le Codeco revient sur la délicate question de la vaccination des moins de 12 ans, affirmant que la task force Vaccination progressera « rapidement » sur le sujet « étant donné l’importance de la vaccination pour relever le défi épidémiologique au sein de l’enseignement. » Une petite phrase reprise dans les mesures présentées au grand public dans le communiqué fédéral publié sur internet. Petite phrase qui en appelle une autre prononcée par Joseph Thonon lors de notre entretien par téléphone : « On nous dit que les jeunes enfants seraient, maintenant, les vecteurs de l’épidémie. C’est nouveau. » 

Thierry Dupièreux

La circulaire pour le fondamental

La circulaire qui applique les mesures du Codeco au sein des écoles vient de sortir. Elle est accessible ici.

Elle apporte quelques précisions sur l'application des décisions.

Avec notamment cette précision qui veut que "la fermeture de classe sera de mise à partir de deux cas sur une durée de 7 jours".

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