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Pipi au lit : des solutions existent

Le pipi au lit la nuit, appelé énurésie nocturne par la médecine, est moins rare qu’on le pense. Alors que la majorité des enfants sont propres à 2 ans et demi-3 ans, plus d’un enfant sur dix continue à avoir des soucis urinaires après 5-6 ans. Ils sont encore 1 à 2 % au-delà de 15 ans. Avec tous les tracas que cette situation entraîne. Heureusement, des pistes existent.

Pipi au lit : des solutions existent - Thinkstock

« À 11 ans et demi, Loïc mouille encore son lit la nuit, témoigne une maman. Il n’a jamais été tout à fait propre. Pourtant, nous avons essayé plusieurs solutions. Pour le moment, on a tout arrêté. Par découragement. J’attends que ça passe. J’aimerais rencontrer des personnes qui sont dans la même situation pour pouvoir en parler. Parce que ce n’est pas facile de trouver des gens pour discuter de cela. »

À bannir : la punition

« Le plus gros inconvénient, continue la maman de Loïc, ce sont les lessives quotidiennes, surtout quand il faut partir travailler le matin. Il faut changer la literie, lancer une machine à laver. C’est très fatigant à la longue, à tel point que je m’énervais sur mon garçon, alors qu’il n’y pouvait rien.
De fait, l’énurésie n’a rien à voir avec de la mauvaise volonté de l’enfant, mais à un manque de maturation de la vessie. Les causes en sont physiques, essentiellement de trois types : la capacité d’éveil de l’enfant, l’instabilité vésicale - c’est-à-dire une vessie qui se contracte trop - et la production d’urine pendant le sommeil, liée à une hormone antidiurétique qui régule la production d’urine le jour et la nuit.
Dans certains cas, l’origine est génétique. Il n’est pas rare qu’un des parents ait connu des problèmes similaires dans son enfance. « De fait, confirme la maman de Loïc, nous avons été dans le cas, mon mari et moi. À l’époque, on m’a soignée avec un médicament retiré du marché depuis. Pour mon mari, ses parents ont attendu que cela passe. »
Au-delà des inconvénients pratiques liés à l’énurésie, il y a aussi les conséquences psychologiques et relationnelles. « C’est compliqué pour l’enfant de passer plusieurs jours en dehors de la maison. Quand il a dû aller en classe de mer, j’en ai parlé à l’instituteur à qui j’ai passé un protège-matelas. J’étais inquiète pour lui durant tout le séjour, parce que c’est gênant quand cela arrive. C’est pour cela que je ne l’ai jamais poussé à aller dans un mouvement de jeunesse ou à des stages résidentiels. Quand il est invité à un anniversaire, je lui propose d’aller le rechercher le soir. Pour une maman, c’est une souffrance. »
Une souffrance combinée à un sentiment de honte, de gêne. « À part mes parents et mes sœurs, personne n’est au courant. Mon mari n’en parle à personne. J’aimerais parfois trouver un groupe de personnes avec qui je pourrais partager notre expérience. »

Vers des nuits sèches

« On lui a mis des langes jusqu’à 5-6 ans, explique notre maman, mais ils sont devenus trop petits. En plus, c’est inconfortable. Le pédiatre a prescrit un médicament pour permettre à la vessie d’arriver à maturité, ainsi qu’un appareil, le pipi-stop, une sorte d’alarme qui réveille l’enfant quand les premières gouttes arrivent. Cela a marché au début, puis les problèmes sont revenus après quelques mois. Un pédopsychiatre a proposé un spray nasal, sans succès. Nous avons également consulté un ostéopathe. Sans succès. Pour le moment, on a tout arrêté, par découragement. On attend que ça passe. »
Le docteur Sakellarios Klimis, chirurgien pédiatrique au CHU de Charleroi, confirme le recours fréquent à une alarme par sonnerie pour augmenter le stimulus du réveil, ou encore à un calendrier, ainsi qu’à des traitements médicamenteux comme l’oxibutinine ou un équivalent pour inhiber la vessie d’une part, la desmopressine d’autre part qui est une sorte d’analogue de l’hormone antidiurétique.
Pour le docteur Klimis, l’essentiel n’est pas là : « Le premier message à faire passer, c’est qu’il faut consulter et insister sur la première visite. Elle doit permettre un interrogatoire rigoureux pour faire le tour du problème avec l’enfant, qui doit être l’interlocuteur privilégié, à côté de ses parents. Il faut aller vers l’enfant pour créer un lien de confiance et lui rappeler qu’il n’est en rien responsable de ce pipi au lit. On assiste d’ailleurs à des guérisons spontanées. Si l’enfant n’est pas demandeur, n’est pas motivé par les traitements, les chances de réussite sont fortement réduites. Cet examen préliminaire est important car, derrière l’énurésie, il peut aussi y avoir d’autres problèmes comme un diabète non diagnostiqué. Cette mise en confiance est d’autant plus importante que l’énurésie peut fragiliser l’estime de soi de l’enfant et son développement personnel. »
Pour faire passer ce message, le docteur Klimis et plusieurs de ses collègues de diverses institutions hospitalières francophones et flamandes se sont réunis dans une association qui a créé un site internet . Un site très bien fait, destiné notamment aux médecins généralistes afin de leur offrir de l’e-learning, mais aussi aux enseignants, dont le rôle est loin d’être négligeable. Une entrée est prévue pour les enfants, ainsi que pour les parents qui y trouveront une information très accessible, par exemple via des interviews de spécialistes et des témoignages. Quant aux parents qui, à défaut de trouver un groupe de paroles, voudraient échanger sur ces questions, d’autres sites leur en offrent la possibilité sur leurs forums.

Michel Torrekens

En savoir +

  • Quelques sites Internet : nuitsseches.be - pipi-au-lit.net - e-sante.be - creapharma.ch
  • Des livres jeunesse parlent également de ce sujet sensible : Attention fou rire de Nathalie Kuperman aux éditions l'école des loisirs. Pas facile à vivre, le pipi dans la culotte, quand on a 9 ans. - Tu seras la risée du monde de J.-P. Nozière aux éditions de la Martinière. Confession d’un adolescent de 12 ans confronté à l’énurésie.
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