6/8 ans

Première année primaire,
quand les cotes sont secondaires

Outre le passage à une « vraie » classe, la 1re primaire est marquée par l’arrivée du bulletin scolaire. Mais comment faut-il le prendre, ce bulletin, avec ses cotes et ses commentaires ? Très au sérieux ? Avec une bonne dose de recul ? Parents et professionnels de l’enseignement nous donnent leurs points de vue.

Première année primaire, quand les cotes sont secondaires

Les tout premiers jours en primaire sont toujours un événement particulier, autant pour les élèves que pour les parents. Changement de rythmes, devoirs, apprentissage de la lecture et de l’écriture, règles plus strictes sont autant de difficultés que nos tout jeunes écoliers doivent surmonter. Les uns avec facilité, les autres de façon plus chaotique.
Et puis, septembre passe. Octobre aussi. Arrivent ensuite la Toussaint et son premier congé bien mérité. Et nous voilà, nous parents, devant une autre nouveauté : le bulletin. D’une famille à l’autre, d’un parent à l’autre, les réactions peuvent être bien différentes face à cette feuille remplie de TB (très bien), de B (bien), de S (satisfaisant), de I (insuffisant) ou encore de points verts, oranges et rouges.

La trouille de Stéphane, la quasi indifférence de Nora

Pour Stéphane, 32 ans, cette première expérience a tout d’abord été ressentie comme une difficulté. Avant un épilogue plus heureux. « J’ai eu une scolarité très difficile, explique-t-il, faite de cotations faibles et de commentaires parfois assassins des enseignants. Quand j’ai vu le bulletin de Lucie, j’ai vraiment eu un mouvement de recul. J’ai dû prendre sur moi pour le regarder, je l’avoue. Ce que j’y ai vu ? Que des bonnes choses ! Ça m’a fait tellement plaisir que je crois que je ne suis pas loin d’être réconcilié avec l’école. »
Son de cloche totalement différent chez Nora, la maman de Nassika : « Je ne vais pas dire que ça m’a fait ni chaud, ni froid, mais c’est un peu ça quand même. Je suis son journal de classe et je la vois faire des progrès énormes en lecture et en écriture, donc je pense que je sais où en est Nassika. Elle n’a que des points verts et des TB, ce qui me paraît assez normal pour un premier bulletin de 1re primaire. »

Le premier d’une longue série

Du côté du corps enseignant, les différents avis récoltés abondent tous dans le même sens : oui, ce premier bulletin est important, voire très important même. La raison ? Les premiers mois de 1re primaire posent des jalons pour l’ensemble de la scolarité.
« Apprendre à lire et à écrire, ce n’est pas anodin quand même, sourit madame Valérie. En tant qu’enseignants, nous avons la responsabilité de mettre nos petits élèves sur de bons rails. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai choisi de revenir en 1re primaire après dix ans passés auprès de 3es primaires, parce que le déficit d’acquis de base est déjà catastrophique à ce niveau-là. Donc, à mon sens, ce premier bulletin doit être pris très au sérieux par les parents. Si leur enfant est déjà en difficultés sur des acquis de base dès le premier trimestre, c’est déjà problématique. Mais c’est aussi une chance de le savoir si tôt, cela va permettre de mettre en place tout ce qu’il faut pour rattraper le retard. Les parents doivent bien garder en tête que combler des lacunes de 1re primaire les années suivantes est difficile. »

Savoirs, mais aussi savoir-être

Au-delà des cotes, Joëlle Denis, directrice du fondamental à l’école Ma Campagne à Saint-Gilles, fait aussi de ce premier rendez-vous de l’année scolaire un moment-clé. « Pour moi, la cotation en 1re primaire n’est finalement pas le plus important. L’enjeu principal se situe ailleurs. Cette première prise de contact avec le bulletin scolaire vient dire aux parents et aux écoliers que, régulièrement et tout au long de la scolarité, on va pouvoir regarder où on en est, voir ce qui est acquis, éventuellement là ou ça coince. Et puis, tout aussi important, on va pouvoir dire comment se comporte votre enfant dans la classe, face au travail, avec les adultes ou avec les autres enfants. »
Le savoir-être, voilà une notion qui revient très souvent dans la bouche des parents autant que dans celle du corps enseignant. La 1re primaire doit donc valider ce que nos chères têtes blondes et brunes ont appris pendant leurs années de maternelle : évoluer en société en respectant les autres, leur travail, leurs différences, sans s’oublier soi-même, petit être social en construction.
« Renforcer la notion de collectif en montrant que chacun peut être très différent fait clairement partie de mes objectifs du premier trimestre, explique madame Claire. À 6-7 ans, on voit encore des enfants un peu ‘bébés’, mais aussi d’autres qui sont déjà dans la compétition. C’est quelque chose auquel je fais super-attention en classe, qui me tient vraiment à cœur, pour tenter de faire en sorte que tous mes élèves aient leur chance. Par exemple, je n’hésite pas à changer de place tel ou tel élève pour mettre un plus compétiteur à côté d’un plus passif ou bien un élève en difficultés à côté d’un performant. Cette dynamique de classe, je n’hésite pas à en faire part aux parents via le bulletin. Tout simplement parce qu’il y a des choses qui peuvent - voire qui doivent - être prises en main en dehors du cadre de l’école. »

Romain Brindeau

En pratique

Le bulletin, ça stresse un peu tout le monde. Pour éviter que chaque fin de trimestre vire au drame, on vous livre quatre petites règles à garder en tête :

  • Les comparaisons, tu éviteras : chaque enfant est unique, en conséquence de quoi les frères-sœurs-copains ne peuvent en aucun cas être des mètres étalons. Par contre, les expériences des autres parents peuvent vous permettre de trouver des idées pour solutionner un problème.
  • Le positif, tu privilégieras : la confiance en soi ne tient parfois qu’à peu de choses, surtout chez des enfants de 6-7 ou même 8 ans. Alors, même s’il ne faut pas occulter ce qui ne va pas ou va moins bien, il est indispensable de toujours valoriser ce qui peut l’être (une chouette remarque, une capacité particulière, etc.).
  • La cotation, tu relativiseras : oui, les TB, les B, les points verts, c’est bien, mais attention, vos petits génies ne sont qu’en primaire ! Ce qui compte vraiment, ce sont les compétences acquises.
  • Les commentaires des enseignants, tu scruteras : de prime abord, on n’y fait pas très attention à ces « à l’aise à l’oral », « souriant(e) », « toujours prêt(e) à aider », « volontaire ». Pourtant, ce sont d’excellents indicateurs du comportement de votre enfant, soit des éléments fiables sur lesquels on peut s’appuyer.

En savoir +

Le socle de compétences, c’est quoi ?

Le socle de compétences est défini par l’Administration générale de l’Enseignement et de la Recherche scientifique de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Pour l’enseignement fondamental et premier degré de l’Enseignement secondaire, le socle de compétences concerne le français, les mathématiques, l’éveil et l’initiation scientifique, les langues modernes, l’éducation physique, l’éducation par la technologie, l’éducation artistique, l’éveil et la formation historique et géographique.

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