Vie de parent

Priorité aux 1 000 premiers jours des enfants

Le mercredi 5 mai, la petite Lola n’est pas allée à la crèche. Elle n’avait pas de fièvre, sa crèche ne comptait aucun cas covid, et pourtant elle a passé la journée à la maison. En effet, ce 5 mai, comme le 1er avril dernier, les crèches étaient en grève. Leurs revendications : la reconnaissance du travail du personnel de l‘enfance pendant toute la crise actuelle, des moyens pour mettre en place l’importante réforme votée en 2019 et l’accord non marchand de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Priorité aux 1 000 premiers jours des enfants

Cette date n’a pas été choisie au hasard, et pour cause le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) entamait son conclave budgétaire quelques jours plus tard. Pas besoin de vous faire un dessin : les besoins sont immenses et les moyens de cette entité fédérée sont limités. Malgré ce contexte peu évident sur le plan financier, l’annonce tombe : la politique de l’enfance se voit dotée de soixante millions d’euros complémentaires et vingt autres millions seront consacrés à l’accord non marchand de la FWB.

La Ligue des familles constate des tendances lourdes

La FWB met de l’argent sur la table : soixante millions, ce n’est pas rien, c’est même inespéré dans le cadre de la crise sanitaire actuelle. Mais c’est aussi très loin des besoins et attentes que le vote du décret de la réforme de la petite enfance avait suscités en 2019 : entre 200 et 300 millions d’euros auraient été nécessaires uniquement pour ce secteur.

Parmi tous les secteurs de la politique de l’enfance, une priorité claire est mise sur l’accueil de la petite enfance, au détriment notamment de l’ATL (Accueil Temps Libre) et du soutien à la parentalité. Ce n’est pas sans rapport avec la mobilisation des crèches évoquée ci-dessus. Notons que l’on critique souvent les pouvoirs publics quand ils font du saupoudrage budgétaire. Ici, c’est tout le contraire : les moyens sont dirigés pour soutenir les 1 000 premiers jours des enfants, car ils sont primordiaux pour la suite.

La Ligue des familles ne peut que se réjouir de cette décision. Elle s’inscrit dans un effort général pour améliorer l’accès à l’ensemble des services de la petite enfance à l’égard de tous les publics, particulièrement ceux qui en bénéficient actuellement le moins.

Hélas, ce sera au détriment des autres projets sur la table et singulièrement de l’accueil temps libre. L’ATL, ce sont tous les stages, les activités extrascolaires organisées avant et après l’école, les week-ends et pendant les vacances. Ce secteur, très peu financé et qui compose avec des conditions de travail difficiles (contrats précaires, rémunérations basses, horaires coupés et inconfortables, etc.), est à l’aube de discussions pour mettre en place une grande réforme. Cependant, malgré des annonces initialement ambitieuses, il est presque certain que rien de plus ne sera obtenu d’un point de vue budgétaire pour la mettre en œuvre sous cette législature.

Tous les œufs dans le même panier,
le pari osé de la FWB

Il y a une volonté nette d’améliorer les conditions de travail au sein des milieux d’accueil : accord non marchand, passage d’un certain nombre d’accueillant·e·s à un statut de salarié·e et prime covid. La Ligue des familles se réjouit de ces avancées qui visent à stabiliser et valoriser le travail de celles et ceux œuvrant dans ce secteur. Cela permet de réduire des inégalités dont pâtissaient en très grande majorité des femmes.

Une priorité claire mise sur l’accueil de la petite enfance, au détriment notamment de l’ATL (Accueil Temps Libre) et du soutien à la parentalité

Cependant, les moyens étant limités, cela se fait au détriment d’autres politiques d’importance majeure pour les parents. Comme la création de places d’accueil pour la petite enfance en suffisance ou la mise en œuvre de la réforme de l’ATL annoncée.

On le voit, les politiques de l’enfance se concentreront principalement sur les 1 000 premiers jours des enfants avec l’objectif d’obtenir des résultats mesurables d’ici la fin de cette législature. Ce choix assumé est un pari osé pour le gouvernement qui met tous ses œufs dans le même panier. La Ligue des familles, quant à elle, restera attentive à ce que les autres missions de la politique de l’enfance bénéficient également d’une attention renforcée dans le futur.

Christophe Cocu, directeur général de la Ligue des familles