Vie de parent

Prix Versele 2022 : et les gagnants sont…

En septembre dernier, nous lancions le décompte d’un sacré marathon de lectures : celui des vingt-cinq livres sélectionnés pour le prix Bernard Versele de la Ligue des familles. Les résultats viennent de tomber courant de ce mois de mai. 38 195 enfants ont voté cette année pour leurs livres préférés. 4 000 de plus que l’an dernier !

Prix Versele 2022 : et les gagnants sont…

Les livres primés cette année appartiennent à la production éditoriale à cheval sur 2019-2020. Ceux d’il y a deux ans car, entretemps, tout un processus de sélections, d’analyses, de rencontres, de confrontations de points de vue a eu lieu, mobilisant de nombreux adultes. D’abord, la quinzaine de lectrices du comité de prospection a épluché la quasi-totalité de la production éditoriale de juin 2019 à juin 2020 (et qui a apporté son expertise pour la rédaction de cet article).
Ensuite, 250 à 300 volontaires réparti·es dans 17 comités de lectures régionaux ont épluché les 80 livres présélectionnés et envoyé leurs délégué·es à la grande journée de vote pour lister les vingt-cinq titres de la sélection définitive, répartis en cinq catégories, les fameuses Chouettes.
Enfin, les enfants, ceux et celles pour qui le prix Bernard Versele a été imaginé, ont lu et élu leurs livres préférés accompagnés par des adultes volontaires soit dans leur école, soit en bibliothèque, soit en famille. Voici ci-dessous le résultat de leurs votes communiqués par internet ou par voie postale.

1 chouette (dès 3 ans)

Lauréat

Mamie, ça suffit !
Marie Colot et Françoise Rogier (À pas de loups)

« Faites des bêtises, mais faites-les avec enthousiasme », écrivait Colette. La phrase convient tout à fait à la mamie de ce récit signé par des créatrices belges dans une maison d’édition belge. Dans une inversion de rôles jouissive, voici un petit garçon confié à sa grand-mère désopilante un soir de pleine lune. Elle joue avec ses jeux vidéo et aux fléchettes avec son… doudou, se goinfre de friandises, prend le lit pour un trampoline… Le pire, c’est qu’elle n’écoute pas son petit-fils qui tente de la raisonner.
Jouant sur le trouble, cette histoire pleine de rebondissements nous fait entrer dans le monde ludique des enfants. Le retour à la réalité avec l’arrivée des parents est aussi un moment délicieux. Un album décalé comme on les aime sur une relation intergénérationnelle pleine de joyeuses complicités, servi par des illustrations tourbillonnantes à base de cartes à gratter et de monotype à encres, mélange de jeux d’ombres, de traits droits et courbes qui campent bien l’atmosphère de cette pépite d’humour. On comprend que les enfants aient aimé !

Label

Un renard : un livre à compter haletant
Kate Read (Kaléidoscope)

Rares sont les albums qui campent un suspense à la manière d’un thriller. L’auteure réussit ici la prouesse de le combiner avec un texte à compter, en s’appuyant sur une narration visuelle que les enfants ont manifestement appréciée. Ils tournent les pages et apparaissent un renard affamé, deux yeux rusés, trois poules dodues, quatre pattes de velours qui avancent à pas lents... Les voilà pris au piège du suspense ! Ce renard aux couleurs chatoyantes va-t-il arriver à ses fins ?
Kate Read offre un livre d’apprentissage de la numération, en chiffres et en toutes lettres. Sa narration est servie par des collages peints très expressifs. Ce grand album carré à la mise en page élégante se déroule jusqu’à un renversement de situations inattendu. Quoi de mieux qu’un moment fort et haletant pour expérimenter le plaisir de conter/compter !

2 chouettes (dès 5 ans)

Lauréat

Oscar et Carrosse : la soupe de pâtes
Ludovic Lecomte et Irène Bonacina (L'école des loisirs/coll. Moucheron : je peux lire !)

La qualité de ce livre tient notamment aux illustrations d’Irène Bonacina, déjà récompensée par le prix Versele en 2017 pour Cinq minutes et des sablés. L’histoire, bien amenée, accompagne les progrès en lecture du chien Carrosse qui font écho à ceux des jeunes lecteurs et lectrices. Qui parmi eux ne s’est pas amusé à former des mots avec des lettres de pâtes ?
La langue est parfois rimée et se prête à la lecture à haute voix. S’y ajoute l’apprentissage de l’amitié entre deux personnages que tout sépare puisqu’Oscar est un squelette tout en os qui a peur… des chiens ! Au final, une belle histoire de complicité improbable qui sonne juste.

Label

Julia à la plage
Matt Myers (Le Genévrier/Est-Ouest)

La couverture est une peinture marine traitée avec un hyperréalisme à l’américaine comme l’ensemble du livre : on entend quasiment le bruit des vagues, on sent les grains de sable sur la p(l)age. Matt Myers est Américain et signe là son premier album en solo. Jouer, c’est du sérieux.
Cet album nous le rappelle dans cette ode à la créativité d’une petite fille concentrée sur son projet. Tout ce que la mer peut lui offrir est utilisé, assemblé, animé. Mais voilà, son entourage l’assaille de questions et vient troubler son monde intérieur. Son visage s’assombrit, puis s’agace, puis s’empourpre… À grand renfort d’expressions très bien rendues, sa réponse fuse toujours identique : « J’sais pas ! ». Jusqu’à l’arrivée d’une dame âgée avec son chevalet. Se profile une rencontre intergénérationnelle tout en connivence autour de leur passion pour la mer et la création.

3 chouettes (dès 7 ans)

Lauréat

Les Adultes ne font jamais ça
Davide Cali et Benjamin Chaud (Hélium)

Ils ne crient pas, ne pleurent pas, ne trichent pas, ne boudent pas… Les adultes sont parfaits ! La couverture donne immédiatement le principe de l’album : alors que le titre surprend avec une assertion péremptoire, l’illustration « dit » exactement le contraire par un spectaculaire comique de situation. Un contraste texte-image repris à chaque page de ce catalogue impertinent, résumant le grand écart fréquent entre certains principes éducatifs et ce qu’en font les adultes. Des enfants, dissimulés ici et là, observent, parfois effarés, souvent surpris, goguenards ou réprobateurs, ces adultes si… différents.
L’humour est cultivé depuis longtemps et sous de nombreuses formes par Davide Cali, toujours avec un sens aigu du tempo. Les scénettes et surtout les personnages sont croqués avec la fantaisie et le panache inimitables de Benjamin Chaud.

Label

Le grand serpent
Adrien Parlange (Albin Michel Jeunesse/coll. Trapèze)

Adrien Parlange construit peu à peu une œuvre remarquée. On retrouve sa formation de graphiste dans son trait épuré et sa manière d’occuper l’espace-page, jusqu’à la couverture. Les lithogravures à l’encadrement net et aux couleurs chaudes jouent sur les droites, les obliques, les ondulations.
Pour raconter la rencontre inattendue et tendre entre un petit garçon et… un serpent, l’auteur déploie le corps du reptile de page en page, dans un format à l’italienne, épousant le déroulé de la lecture. Le suspense est entretenu à travers une promenade qui va de la chambre d’enfant à la forêt en passant par la ville jusqu’à une grotte. Avec l’amitié au bout de ce cheminement initiatique. Car le garçon persévérant et généreux manifeste une attention à l’autre et à sa souffrance, le rassure, lui rend confiance sans mentir.

4 chouettes (dès 9 ans)

Lauréat

Yukio, l'enfant des vagues
Jean-Baptiste Del Amo et Karine Daisay (Gallimard Jeunesse)

Inspirée des légendes traditionnelles japonaises et par le thème de la métamorphose, cette narration poétique est, tel un conte, écrite au passé. Del Amo, écrivain et défenseur de la cause animale, raconte la rencontre entre un écrivain sans inspiration et une mystérieuse femme sur une plage. Un vieillard, M. Nakamura, lèvera le mystère de sa présence. Il y a longtemps, son fils Yukio a rejoint peu à peu sa vraie nature : nager avec les tortues, devenir poisson volant.
Le personnage de la maman, protecteur et intuitif, accueille avec amour la destinée de son fils, sa volonté d’être soi, mais vit aussi la mélancolie de sa perte sur terre. La célébration des paysages de l’île et de ses profondeurs marines est superbe. La magie opère entre le style imagé de l’auteur, le surnaturel du récit et la délicatesse des collages dans des bleu vert tout en fraîcheur. Les enfants ont adhéré à cette invitation à découvrir un pan original et délicat de la culture japonaise.

Label

L'incroyable histoire du homard qui sauva sa carapace
Thomas Gerbeaux et Pauline Kerleroux (La joie de lire)

Voici une belle histoire d’amitié, à la frontière du récit réaliste et du fantastique. La préface, rédigée par la narratrice en… 2078, annonce d’emblée la couleur d’une histoire décalée. Et question couleurs, les illustrations se concentrent sur un bleu nuit vertigineux et deux orangés du plus bel effet, renforçant l’atmosphère onirique du récit. Celui-ci se déroule sur une île bretonne, dans un restaurant où un homard s’échappe de son aquarium. À sa suite, une fillette échafaude la mise en liberté audacieuse, mais des plus sérieuses, de ses comparses.
Mêlant poésie, humour et suspense, Thomas Gerbeaux alterne le point de vue de Jeanne et celui du homard, amenant le juste rythme à cette aventure de liberté gagnée qui a su séduire les lecteurs et lectrices.

5 chouettes (dès 11 ans)

Lauréat

Masca. Manuel de survie en cas d'apocalypse
Erik L'Homme et Éloïse Scherrer (Gallimard Jeunesse)

Les romans graphiques ont la cote. Ainsi que le survivalisme. Le jeune Justin, livré à lui-même dans une ville dévastée par un cataclysme, raconte son périple dans une forêt, puis en montagne, pour retrouver sa famille. Avec humour, il se crée des alliés imaginaires : le guerrier Björn et Wilson, le chien un peu moisi, qu’il dessine dans le carnet de ses aventures.
Dans ces crayonnés nerveux en orange, crayonnés avec un semblant de dessins faits à la va-vite comme des instantanés d’un journal de bord, Éloïse Scherrer fait preuve d’une vraie maîtrise de la narration visuelle. Dynamique et originale, celle-ci offre une respiration au texte, qu’ont apprécié les apprenti·es lecteurs et lectrices. L’ouvrage permet également d’aborder avec ses enfants les peurs qui les habiteraient. Le dossier final avec les techniques de survie en forêt est assurément un boni inspirant.

Label

L'affaire méchant loup
Marie-Sabine Roger et Marjolaine Leray (Seuil Jeunesse)

Le livre jeunesse n’hésite pas à revisiter des classiques avec bonheur. Cela se vérifie ici avec La chèvre de Monsieur Seguin. Apparemment, rien ne diffère de la version originale : une chèvre se bat contre un loup toute une nuit avant d’être croquée. Mais ce loup est vieux et solitaire, un brin flemmard et se contente de peu. Une chèvre dodue ne l'intéresse pas. Or, celle-ci cherche la bagarre ! Sa mort suite à un bête accident vaut au malheureux loup trente années de prison. Les préjugés ont la dent dure !
Le texte, sur le ton d’une fable digne de La Fontaine, est ciselé avec des alexandrins rythmés par des rimes qui apparaissent et disparaissent, un ton professoral et faussement sentencieux. Les illustrations nerveuses et déjantées au crayon noir soulignent la causticité du propos.

Michel Torrekens

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Le prix Versele, comment ça fonctionne ?

Plusieurs centaines de volontaires s'impliquent dans le prix Bernard Versele de la Ligue des familles. Les enfants ont à se positionner sur vingt-cinq livres proposés à la suite d'un long processus : prospection au sein de la littérature de fiction publiée chaque année, discussions au sein d'une quinzaine de comités de lecture régionaux en Wallonie et à Bruxelles, vote final en séance plénière. Pour encourager les enfants à émettre leurs choix, des volontaires vont présenter, notamment dans des classes, les titres sélectionnés. De nombreux enseignant·es et bibliothécaires sont également partie prenante de cette action de médiation culturelle.
Pour tout savoir du prix Versele : liguedesfamilles.be

Avec le soutien du Fifty-One International, du Fonds Marinette M. de Cloedt, de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de la Cocof 

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