Vie de parent

Quels besoins pour l’aidant proche monoparental ?

Ce mardi 21 avril, la Ligue des familles organisait un colloque pour parler des aidants proches et des besoins de ces personnes qui viennent en aide au quotidien à un proche. Son enquête fait un focus sur les aidants proches monoparentaux.

Quels besoins pour l’aidant proche monoparental ?

Ils sont presque 10 % de la population à donner de leur temps pour un proche. Mais qui sont-ils ? À qui viennent-ils en aide ? Quelles sont leurs difficultés au quotidien ? Et leurs besoins en matière de conciliation entre la vie personnelle et professionnelle ? Parce que cette réalité est peu connue, la Ligue de familles a placé les aidants proches au cœur d’un colloque ce mardi 21 avril.
Objectif : déterminer avec tous les acteurs politiques et du monde associatif des réponses à la situation difficile des aidants proches afin de les soutenir socialement.

Une enquête de terrain

La Ligue des familles s’est penchée sur les aidants proches et plus particulièrement sur les aidants proches monoparentaux à travers une enquête auprès de 120 répondants.
Ce qui ressort des principaux résultats :

► 90 % des répondants sont des femmes ;
► 57 % ont dû soit abandonner leur travail (32 %), soit réduire leur temps de travail (25 %) ;
► 55 % consacrent plus de 20 heures par semaine à aider un proche ;
► 80 % ont de grandes difficultés à obtenir un répit et n’ont pas de temps pour eux et pour les loisirs.

Les aidants proches monoparentaux sont donc essentiellement des femmes qui risquent de tomber dans la pauvreté. Entre les multiples tâches à effectuer, elles s’oublient, s’isolent et leur qualité de vie se détériore dans la majorité des cas. « Les difficultés rencontrées par ce public sont les mêmes que celles de la majorité des aidants porches. Par contre, l’intensité observée dans les besoins est plus grande », indique Matthieu Paillet, chargé de l’étude.

Des réponses à définir

Au vu de ces premiers résultats, la Ligue des familles plaide un renforcement des dispositifs à destination de l’ensemble des aidants proches. Autrement dit, de soutenir des politiques structurelles de protection sociale, des politiques de santé publique qui améliorent l’accès et la qualité des services médicaux et des politiques de lutte contre la pauvreté.
« Les aidants proches ont besoin d’être aidés. Et ce n’est pas qu’une affaire de famille. C’est une question publique. Même s’il est question d’amour, de don, de partage... ça n’a rien de naturel d’être un aidant proche. S’occuper d’une personne dépendante, c’est faire des gestes qui ne sont pas ceux d’une mère, d’une sœur, d’une fille : donner à manger à son frère adulte, faire la toilette de son père, contrôler un enfant en crise… c’est social. La réponse doit donc être collective et publique », soutient Delphine Chabbert, directrice du service Études et action politique de la Ligue des familles.

Besoin de soutien et de répit

« Trop souvent, les aidants proches sont considérés comme des profiteurs. Pour les aider, on bricole avec les moyens du bord. Il faut des réponses structurelles adéquates et adaptées. Pas juste le chômage. » Céline Feuillat, de l’asbl Aidants Proches.
« On a réinstauré certains motifs pour permettre d’accorder le congé pour assistance médicale aux aidants proches, comme la dispense de rechercher activement et passivement du travail. Mais on ne peut pas tout supprimer. Nous devons respecter un accord de gouvernement et il y a des impératifs budgétaires : nous devons mettre fin à l’hémorragie qui a un coût énorme pour la société. Ici, on fait quelques exceptions, notamment pour les aidants proches. » Laurence Dayez, conseillère du ministre de l’Emploi Kris Peeters.
« Il est important que l’aidant proche se trouve dans l’environnement proche de la personne qui a besoin d’aide, et pas à 10 km. Il faut aussi prévoir du temps pour la formation et l’évaluation de l’aidant proche. » Benoît Mores, conseiller de la ministre des Affaires sociales et de la Santé publique Maggie De Block.
« Beaucoup d'aidants proches préféreraient travailler. Ils ont fait de lourds sacrifices et sont empêchés d’être disponibles sur le marché de l'emploi. » Une participante du Gamp.
« Les aidants proches ont besoin de répit pour souffler mais aussi pour répondre à des besoins médicaux, sociaux et accessoirement professionnels. Il faut instaurer des relais de qualité pour leur permettre d’avoir du temps libre et garantir ainsi le bien-être de chacun. »  Grégory Beclin, gestionnaire de projet à l’Awiph.
« Il faut que le répit soit spécifiquement calibré pour l’aidant proche. » Brice Many, directeur de la FASD.
« Il faut permettre l'accessibilité financière des services et augmenter l'offre des prestations... » Sandie Cheniaux, responsable du service répit de l’ASPH Brabant wallon.

Tous les acteurs sont d’accord que les aidants proches ne sont pas des profiteurs qui vivent bien leur situation et que s’ils ont fait le choix de s’occuper d’un proche, c’est surtout par nécessiter, pour répondre à un devoir moral. Ils ont surtout besoin de soutien psychologique, de répit, de moyens financiers mais aussi de pouvoir concilier leur vie de famille et, si possible, la vie professionnelle.
La Ligue des familles préconise de renforcer des dispositifs à destination de l’ensemble des aidants proches : des politiques structurelles de protection sociale, des politiques de santé publique qui améliorent l’accès et la qualité des services médicaux et des politiques de lutte contre la pauvreté.

Stéphanie Grofils

Ils en parlent

  • « Il est parfois difficile pour moi de prévoir que je vais avoir besoin de répit la semaine suivante. »
  • « Quand je reçois une annulation alors que je vais travailler, ce n’est pas d’écoute dont j’ai besoin, mais de solutions concrètes »
  • « Qu’est-ce que je fais avec mon fils de 21 ans si je ne trouve aucune structure ? »
  • « J’aimerais tellement pouvoir m’offrir un week-end de répit en dehors de chez moi. »
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