Vie de parent

Secondaire à 100% présentiel : « Un retour à la "normale" n’est pas aussi facile qu’on pourrait le penser »

Sauf gros retournement de situation au Comité de concertation, tous les élèves du secondaire devraient retrouver les cours en mode 100% présentiel dès le 10 mai prochain. Pour les étudiants des deuxième et troisième niveaux, ce « retour à la normale » se doit d’être accompagné. Entre stress vécu et risque de contrecoup, cette nouvelle étape sanitairo-scolaire mérite une certaine attention que ce soit au niveau des parents ou de l’école.

Secondaire à 100% présentiel : « Un retour à la "normale" n’est pas aussi facile qu’on pourrait le penser »

Il semble donc acquis que tous les élèves de l’enseignement secondaire reprendront leurs cours à 100% en présentiel à partir du lundi 10 mai. C’est ce qui a été annoncé ce mercredi après une réunion avec les différents acteurs de l’école. Au début, il était question du 3 mai, néamoins, par prudence, il a été décidé de reculer d’une semaine ce retour plein-temps.

Que tous les élèves reviennent « full-time » à l’école était une demande formulée par de nombreux pédiatres, par des psychologues, par des associations, aussi, dont la Ligue des familles qui, cet après-midi, s’est réjouie dans une communication « de ce retour à l’école en présentiel pour tout l’enseignement obligatoire après presque 7 mois de distantiel. » La Ligue soulignant dans la foulée que « vu le peu de temps qu’il restera avant les examens, il est souhaitable que l’accent soit mis sur le raccrochage de tous les élèves mis en difficulté par ces longs mois de distantiel. »

" Il faut maintenir cette grande disponibilité par rapport à ce que les jeunes peuvent vivre."

Cette remarque de l’organisation parentale met en relief une chose essentielle, le retour des élèves à temps plein doit être accompagné. Nous avons contacté à ce sujet Fabienne Glowacz, professeure de psychologie clinique à l’ULiège. Pour elle, la situation vécue par ces jeunes demande une attention particulière qu’il s’agit de rencontrer.

Quel est le conseil que donneriez aux parents dans cette période de reprise des cours ?

Rester présent, attentif. Favoriser les espaces de confidence, d’échange. Fondamentalement, pour moi, la meilleure protection pour les jeunes, pour qu’ils se sentent bien, c’est de maintenir cette grande disponibilité par rapport à ce qu’ils peuvent vivre. Les entendre, recourir aux aides extérieures quand c’est nécessaire. Il peut être aussi intéressant de créer des communications, des ponts entre enseignants, équipes éducatives et parents pour favoriser une cohérence dans l’encadrement d’adultes autour de ces jeunes qui ont été bousculés et qui le sont encore. 

" Il est essentiel de mettre en place, à côté de l’acquisition des savoirs, des espaces de discussions, de réflexions."

Quel sont les points d’attention qu’il vous semble importants d’avoir à l’œil en cette période de reprise des cours « full time » ?

D’abord, je pense que c’est important que tout ne soit pas orienté sur les matières ou sur la façon de rattraper les matières non vues. De mon point de vue, on ne peut pas non plus penser les examens comme ceux des années précédentes. Il faut prendre conscience que ces élèves ont vécu un stress scolaire important. Le système hybride a été particulièrement déstructurant pour certains d’entre eux. Au sein des écoles, il est essentiel de mettre en place, à côté de l’acquisition des savoirs, des espaces de discussions, de réflexions. Il faut bien sûr préserver la dimension pédagogique, mais il faut aussi sortir du cours, instaurer des temps d’échange. Cela peut se faire à partir des matières, mais aussi dans un autre cadre. Trouver des temps de parole pour se sentir entendu dans les difficultés vécues depuis un an peut être d’un grand secours. Il faut se rendre compte que les jeunes ne vont pas sortir de tout cela comme s’ils n’avaient rien vécu du tout. Ils ont été largement impactés, il faut pouvoir l’entendre, le laisser s’exprimer. Il ne faut pas que l’étudiant se retrouve face à une simple exigence de matières non intégrées.

Il faut réapprivoiser l’école comme lieu de vie ?

L’école c’est plus que l’apprentissage des matières. Il y a les activités physiques, les espaces sociaux et de rencontres. Le retour au présentiel à plein-temps, c’est réapprendre à vivre ensemble, à être confronté à de nouvelles tensions, à de nouvelles relations parfois difficiles. Tout cela va aussi reprendre. C’est important d’être attentifs à cela, d’avoir des référents présents dans l’accompagnement des étudiants.

" Il est important de mettre en place une phase de transition."

Concrètement comment cela peut se mettre en place ?

Les outils qui peuvent être utilisés, ce sont les cercles des émotions, les cercles de paroles. Ils ont beaucoup de vertus positives pour le bien-être des élèves. Je les vois plutôt de façon formelle et structurée, à un moment de la semaine précis avec des rites d’entrées et de sorties. Bref, des prises de paroles organisées. Bien sûr, certains profs peuvent donner la parole en classe, de façon moins formelle, mais ce type d’espace, plus cadré, est particulièrement indiqué. Ces espaces permettent de sécuriser les façons de prendre la parole. Ils peuvent être pris en charge par des professeurs, mais aussi par des éducateurs ou d’autres équipe qui accompagnent les établissements scolaires.

Pourquoi ces espaces sont-ils importants ?

Pour cerner le point de vue des jeunes qui ont dû évoluer dans des rythmes changeants, non structurés. Là, ils vont se retrouver dans un rythme plus habituel, plus régulier, mais il ne faut pas se leurrer, un retour à la normale n’est pas aussi facile qu’on pourrait le penser. Il est important de mettre en place une phase de transition, d’en profiter pour retrouver une aisance dans le présentiel full time. Il y a toujours un temps d’adaptation et de réajustement pour remettre un fonctionnement en route. Bon, on est au mois de mai, donc la phase transitoire va être un peu ramassée. Mais c’est important d’installer cette transition, de la mettre au profit des jeunes.

" La résistance peut avoir été opérante tout un temps et puis s’effondrer d’un coup."

Ces espaces peuvent aussi révélateurs d’autres chose. Ainsi, il y a des risques d’avoir une certaine fatigue chez les jeunes. Il va aussi y avoir de grandes différences dans leurs ressentis et leurs réactions. Il n’y aura pas une grande monoréaction partagée par tous. Ainsi, ce que l’on a déjà pu observer dans des périodes de transition, c’est que l’après-coup est un instant où on peut voir des personnes craquer. La résistance peut avoir été opérante tout un temps et puis s’effondrer d’un coup lorsque la pression se relâche. Le besoin d’attention psychologique par rapport aux jeunes est définitivement primordial.  Il faut anticiper sur ce phénomène d’après-coup que l’on risque d’observer. Il faut prendre conscience de cela pour mieux aider et prévenir.

Qu’est ce qui peut encore aider les élèves dans ce « retour à la normale » ?

Ce que j’ai pu observer, c’est ce besoin qu’ont les jeunes d’être activés, d’appartenir à une école, à une institution. De se sentir inscrits dans des projets dont ils ont été privés pendant tout un temps. C’est positif et résilient. Résultat, instaurer des projets mobilisateurs, constructifs dans les écoles avec les jeunes, cela peut être intéressant. Revivre un projet collectif, cela alimente de façon positive la construction, la mobilisation, le vivre ensemble. Il faut organiser quelque chose. Avoir un projet de communauté. Revivre un mouvement positif au sein de l’école. Ces projets de classes ont cette vertu de replacer l’enfant dans un sentiment d’appartenance, de développer aussi une notion de plaisir associée.

T.D.

Et l'enseignement supérieur?

Concenant l'université et les hautes écoles, le retour au 100% présentiel ce sera pour septembre. La ministre de l'enseignement supérieur l'a annoncé ce mercredi. Bref, jusqu'à la fin de l'année scolaire, les cours se donneront avec une présence simultanée de maximum 20% des étudiants.

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