Un animal pour mieux grandir ?

Pour le pédopsychiatre français Daniel Marcelli, président de la Fédération nationale des écoles des parents et des éducateurs, un chien ou un chat peut contribuer au développement émotionnel, affectif et social de l’enfant.

Un animal pour mieux grandir ?

Il n’est pas rare, loin s’en faut, qu’un enfant demande à ses parents de lui offrir un animal de compagnie. Pourquoi ?
Daniel Marcelli
 : « Cette requête, qui intervient souvent à partir de l’âge de 4 ou 5 ans, tient beaucoup à la proximité naturelle que les enfants ont, d’instinct, avec ces compagnons à quatre pattes. Cela s’explique, entre autres, par le fait que l’animal ne parle pas. Tout comme, au début de sa vie, le petit de l’homme, ainsi que nous le rappelle l’étymologie latine du mot enfant (l’infans est celui qui n’est pas doué de parole). Privé de langage, l’animal a développé une grande capacité de communication intuitive et émotionnelle, qui passe par des postures, des intonations, le fait de pencher la tête sur le côté ou de dresser les oreilles. Et il peut du coup s’opérer une sorte de ‘branchement’ émotionnel avec les tout-petits, notamment quand ils ne parlent pas encore, à 12, 14 ou 16 mois. On sait qu’à cet âge, même avec leurs parents, la qualité de l’échange passe davantage par la prosodie, la qualité émotionnelle de la parole, que par les mots.
Plus tard, l’enfant a le sentiment que le chien ou le chat est toujours disponible pour lui. S’il n’est pas content, bien sûr, il peut déguerpir ou s’isoler dans un coin, mais il n’est pas là pour nous répéter sans cesse qu’on doit se tenir droit, rester calme, être gentil. Et puis, si l’animal en question est un mammifère, il dégage une chaleur. L’enfant prendra l’habitude de son pelotonner contre lui, dans une manifestation naturelle d’attachement. Cela lui conférera un sentiment de douceur, lui procurera du réconfort. S’il est triste, il aura l’impression d’être accueilli et compris par l’animal, de pouvoir lui confier une part de son chagrin. C’est d’ailleurs là plus qu’une impression : il est prouvé que certains animaux s’approchent de personnes déprimées avec la volonté de les soigner. »

Les animaux aident-ils à affronter la séparation ?
D. M. :
« Oui, un peu de la même façon que les oursons ou les lapins en peluche, un vrai animal peut servir de substitut et aider l’enfant à ne pas se sentir seul. Notamment lorsqu’à 7 ou 8 mois, il commence à prendre conscience qu’il ne fait plus un avec sa mère. Dans certains cas, en particulier si le chien ou le chat est né en même temps que le bébé, tous deux dorment parfois ensemble. Ces compagnons, en tout cas, permettent d’affronter, de supporter la séparation. Plus tard, ils peuvent aussi devenir des partenaires de jeux, à condition qu’ils ne soient pas déjà trop âgés : on va pouvoir se taquiner, se lancer une balle, se sauter dessus, faire des courses-poursuites.
Au fur et à mesure que l’enfant grandit, qu’il se dirige vers l’adolescence, l’animal peut être utilisé pour ses compétences. On peut aller courir avec son chien dans la forêt, lancer un bâton et lui demander de nous le rapporter, ou bien, et on sort là bien sûr du cadre de l’animal de compagnie, pratiquer l’équitation. »

Un chat ou un chien peut-il nous aider à responsabiliser notre enfant ?
D. M. :
« Oui. Le rapport d’un enfant à l’animal est fait d’altérité, d’attention à l’autre. Un chat ou un chien, c’est un être vivant. Il faut faire preuve de précaution, se montrer attentif à ses besoins, lui donner à manger, lui permettre de se dégourdir les pattes. Même chose dans le cas d’un poisson rouge : il faut régulièrement changer l’eau de son bocal, le nourrir avec un peu de poudre… Si notre enfant nous demande de lui acheter un animal, et si on est prêt à s’engager dans une telle aventure, il faut au préalable lui demander de s’engager à s’en occuper. Même si l’on sait bien qu’il faudra être là nous-mêmes pour parer aux éventuels oublis… Ces tâches-là peuvent aider l’enfant à grandir, à se responsabiliser. Elles le situent, pourrait-on dire, dans une position intermédiaire entre celle qui est la sienne habituellement et celle d’un parent. Et cette ébauche de fonction parentale (il doit prendre soin d’un être plus vulnérable que lui) pourra l’aider dans sa vie future. Une personne qui, toute jeune, s’est bien occupée d’un animal comprendra probablement mieux les besoins de son bébé que quelqu’un qui a toujours vécu centré sur sa propre personne. »

Peut-on dire que les animaux donnent une dimension supplémentaire à la vie familiale ?
D. M. :
« Les animaux de compagnie peuvent constituer une richesse supplémentaire au sein de la famille, à une époque où celle-ci a eu tendance à se resserrer autour de son noyau (sauf exception, on ne vit plus aujourd’hui sous le même toit que ses grands-parents), quand elle n’est pas monoparentale. De plus, une grande partie de la population vit désormais dans des villes, coupée de la nature et de ce contact avec l’animal qui a représenté le quotidien des hommes depuis la nuit des temps. Avoir un animal chez soi peut permettre à l’enfant de percevoir cette dimension essentielle, de se familiariser avec les cycles de la vie. »

Y compris en faisant l’expérience de la mort de son animal ?
D. M. :
« À 8, 10 ou 12 ans, voir mourir le chat ou le chien avec lequel on a grandi est forcément une cause de tristesse, parfois même de dépression, dans certains cas, lorsqu’on trouvait en l’animal une affection qui faisait défaut chez les membres de la famille. Cette expérience peut s’avérer d’autant plus douloureuse que, contrairement à ce qui se passait il y a encore un siècle, la mort, confinée pour l’essentiel dans l’univers médical, ne nous entoure plus au quotidien. La plupart du temps, cependant, les parents savent respecter cette tristesse. Ils improvisent un rituel d’enterrement, puis de loin en loin emmènent l’enfant sur les lieux où repose l’animal. Ils ont l’intelligence de ne pas lui proposer immédiatement un autre animal en remplacement mais laissent passer un certain délai, de quatre ou six mois, voire plus, avant d’en prendre un autre, si l’enfant le demande. Cela permet à ce dernier d’apprendre ce qu’est la vie, la mort, le retour de la vie. L’expérience de la souffrance fait partie de notre condition. Ce n’est pas en évitant à notre enfant toute forme de souffrance que nous l’aiderons à être plus fort. C’est au contraire en l’aidant à surmonter sa souffrance, pour en sortir d’une certaine manière enrichi. »

Est-on un mauvais parent si l’on refuse d’acheter à son enfant l’animal qu’il nous réclame ?
D. M. :
« En matière d’éducation, toute décision produit ses propres toxines. Si les parents se forcent à prendre un chat ou un chien pour faire plaisir à leur enfant, s’ils ne sont pas à l’aise avec ces animaux, voire nourrissent à leur égard une forme de phobie, je ne suis pas bien sûr que l’opération soit bénéfique. Il est essentiel aussi que l’enfant comprenne qu’un animal présente des besoins qui ne cadrent pas toujours avec un mode de vie urbain : avoir un chien ou un chat dans un appartement situé au cinquième étage, sans balcon, ce n’est pas évident. Mieux vaut peut-être s’orienter vers un hamster ou un poisson. Il ne faut pas oublier non plus que certains animaux, y compris certains chiens, peuvent présenter des dangers et qu’il faut faire le bon choix, en évitant par exemple des bêtes qui ont été maltraitées et peuvent se montrer agressives. On peut aussi, sans avoir d’animal à la maison, offrir à son enfant des temps de partage avec la nature et les bêtes en partant de temps en temps à la campagne ou en se rendant dans une ferme pédagogique. De même, on peut aussi nourrir l’imaginaire de son enfant en lui racontant des histoires qui mettent en scène des animaux. Que je sache, on ne voit plus guère de dinosaures sous nos cieux, et pourtant ces gros animaux disparus, qui avaient l’air si fort, continuent de fasciner les plus jeunes. Tout simplement parce qu’ils incarnent le mystère des origines et de la vie. »

Pourquoi, précisément, les animaux sont-ils si présents dans l’imaginaire des petits ?
D. M. :
« Le monde animal fascine l’enfant par la diversité de ses formes et de ses comportements. Et cet attachement aux animaux revêt aussi une dimension culturelle. Les adultes l’encouragent par le biais de la littérature de jeunesse et du cinéma. Avec toutefois une particularité : la plupart du temps, dans ces œuvres, les animaux ont la capacité de parler. Et ils ne tiennent pas tout à fait le discours des parents, ils expriment plutôt ce que le jeune public aurait envie d’entendre ou de dire. Ils traduisent l’imaginaire, les rêves, les peurs des enfants. »

Propos recueillis par Denis Quenneville

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Un précieux compagnon à l’adolescence

Lorsqu’on est ado, avoir un animal, c’est, explique Daniel Marcelli, un peu comme avoir « un confident vers lequel se tourner quand les relations avec sa famille sont tendues, quand on est en pétard contre ses parents ». Le chat ou le chien ne juge pas. Dans cette période marquée par les grands changements qui s’opèrent dans notre corps et notre psychisme, des changements rapides que l’on a parfois du mal à comprendre et à accepter, l’animal nous accueille tel qu’on est. Lui ne change pas son attitude. « Une jeune fille qui devient adolescente n’est plus regardée de la même manière par les adultes. La constance du rapport qu’elle entretient avec son animal peut alors s’avérer précieux », souligne le pédopsychiatre.
Comme le montre un récent ouvrage collectif qu’il a co-dirigé (L’enfant, l’animal, une relation pleine de ressources, avec Anne Lanchon - éd. Erès, L’école des parents), les chiens, chats, poneys, chevaux peuvent par ailleurs devenir, dans le cadre d’une médiation, « des partenaires de soins, auxiliaires subtils des thérapeutes et des éducateurs, pour les enfants souffrant de handicaps physiques, mentaux ou psychiques ».

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