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Un deuxième enfant
réinvente la famille

Un deuxième enfant, c’est une suite logique ou un véritable cataclysme ? L’arrivée d’un deuxième petit chou bouleverse l’équilibre familial pour recréer une jolie nouvelle famille.

Un deuxième enfant réinvente la famille

« On attendait avec impatience ce deuxième enfant. Mais depuis qu’il est là, c’est dur-dur. Fini, les longues siestes avec mon bébé, le grand veut souvent être tout près de moi et je suis épuisée. Entre mes deux enfants, les lessives et les courses, je n’arrête pas… et je ne vois plus mon homme qui n’a d’yeux que pour sa petite demoiselle », témoigne Fred, maman de Paulin et de Jeanne.
Après un premier enfant, on croit parfois qu’un second, ce n’est qu’une formalité, un détail. On croit que tout roule et que ça ne changera pas grand-chose… Que nenni ! Il faut réorganiser son quotidien et apprendre à se partager en tant que parents.
« L’organisation est différente, nous confirme Brigitte, maman d’Inès et de Louis. Lorsque les enfants dorment dans la même chambre, le deuxième perturbe le sommeil du premier. Il faut donc trouver une solution pour les siestes. Lors des promenades, il faut penser aux petites affaires pour les deux : des langes de tailles différentes, un biberon et une gourde, etc. Mais quel bonheur de voir l'aînée grandir d'un coup en prenant soin du cadet. Et puis, notre vie n'a pas été autant bouleversée que pour le premier. Ce n'est pas l'inconnu, on est déjà parents. On a le sentiment d'être une ‘famille’, au complet depuis l’arrivée du deuxième », poursuit cette jeune maman dynamique.

Des frangins qui ne se ressemblent en rien

C’est sûr qu’avec un deuxième, l’équilibre familial se modifie et certaines adaptations sont nécessaires. Il faut prendre le temps de s’organiser, de se concerter et l’appel à un baby-sitter devient vite une nécessité ! Bizarrement, les propositions spontanées de baby-sittings semblent moins nombreuses depuis l’arrivée du deuxième.
« Pour mon premier, on se bousculait au portillon pour le garder, se souvient Talia, j’avais des propositions tous les week-ends, des visites, des cadeaux… on était très entourés. L’arrivée de notre deuxième a suscité moins d’enthousiasme, je n’ai eu que trois visites à la maternité et quelques coups de téléphone, se remémore cette jeune maman. Pourtant deux enfants, c’est plus de boulot qu’un seul ! »
Le psychologue Jan De Mol observe également cette tendance : « Lors de l’arrivée d’un second, l’entourage agit comme si les parents étaient en ‘mode automatique’ et que tout fonctionnait sans couacs. Or, ce n’est pas du tout le cas. L’arrivée d’un deuxième enfant amène un dynamisme, des conflits et une complexité constructive dans la famille. On devient de nouveaux parents, c’est une nouvelle famille qui se crée. Certains parents sont surpris et n’osent pas toujours partager leurs difficultés avec leur entourage. »
D’autant plus que ce second bébé ne fonctionne pas tout à fait comme le premier. Pour langer, donner le bain et moucher bébé, on est rodés. Mais les parents découvrent très tôt les particularités de leur dernier-né. Si le premier s’endormait facilement bercé dans les bras de son papa, le second ne supporte pas de chanson ou de bercement quand il est fatigué, il faudra chercher encore et encore jusqu’à trouver ce qui lui convient : les papouilles sur le visage, le dos calé contre un coussin… « Ça demande une créativité énorme des parents. C’est très difficile, car on ne peut pas toujours être créatifs », explique le psychologue.

La solution ? Être créatif

« Ce sont les enfants qui éduquent leurs parents et qui éduquent la société, de manière non-intentionnelle, bien sûr. Pour les parents, il est impossible d’éduquer deux enfants différents de la même manière, ajoute Jan De Mol. Naturellement, on aime tout autant nos deux enfants et ils ont une importance égale pour nous. Mais ce que l’on fait avec l’un ne donnera pas les mêmes résultats avec l’autre. »
Une étude de ce professeur révèle d’ailleurs que les parents apprennent beaucoup de leurs enfants. Ils apprennent surtout qu’ils ne peuvent pas gérer ni diriger les gens. Chaque personne a sa propre capacité à réfléchir et à agir. Tenter d’être juste ou équitable avec des enfants différents n’a donc pas de sens.
« Cette volonté de traiter tous les enfants de la même façon est une pression de notre société, dénonce le professeur. Certains parents se mettent la pression pour tenter d’être égaux avec leurs enfants, par peur de ne pas être de ‘bons parents’. Or, c’est nier complètement l’enfant lui-même et ses particularités. »
Et même si ça nous demande un effort d’adaptation énorme en tant que parents, il faut bien avouer que toutes ces « complexités positives » que nous apportent nos enfants colorent et donnent une saveur intense à nos vies.

Estelle Watterman

La question

Que penser des livres qui proposent des programmes éducatifs pour les enfants ?

« La réalité, c’est qu’avec des enfants, on ne fait pas ce qu’on veut. Certains vivent dans l’illusion que tel comportement entraînera tel résultat, ils croient avoir le pouvoir de manipuler les choses ou les gens, mais ce n’est pas le cas.
Les programmes parentaux qui se présentent comme des modèles d’éducation renforcent cette illusion d’un mode d’emploi unique, déclare Jan De Mol. Les parents se bercent d’illusions et de réussite, ils nient l’enfant et ressentent souvent un sentiment d’échec. Ça peut les conduire à une dépression parentale car ils n’atteignent pas les objectifs annoncés.
Il ne faut pas oublier qu’une relation est toujours bidirectionnelle. Parents et enfants agissent les uns sur les autres. Quant aux programmes parentaux, ils ne sont pas spécialement mauvais, ils peuvent toujours donner des idées, sans plus. »

Mode d’emploi

Et le couple dans tout ça ?

Avec un enfant, on pouvait pratiquer l’alternance pour les soins et profiter de certains loisirs en solo… Quand on a deux enfants ou plus, cette liberté est bien plus rare. On est toujours occupés avec un enfant ou l’autre et on a moins de temps à se consacrer « en amoureux ».
Si ce sont les mêmes personnes, un couple et des parents n’ont pas les mêmes rôles. « Les parents parlent en thérapie de la complexité parentale dans la société d’aujourd’hui tandis que les couples parlent plutôt de leur relation et de leur satisfaction sexuelle, détaille le psychologue Jan De Mol. Avec un enfant déjà, la parentalité joue sur l’identité du couple. Avec un deuxième enfant, il est important de se poser la question : quelle place laisse-t-on à notre couple ? Prend-on encore le temps de s’organiser un week-end à deux ? Les parents ont parfois tendance à confondre parentalité et couple. Un deuxième enfant ‘éduquera’ ses parents en leur montrant qu’ils doivent prendre soin d’eux en tant que couple. »
Pas la peine donc de culpabiliser avant un week-end en amoureux, les enfants ne peuvent que se réjouir d’avoir des parents détendus qui prennent soin d’eux ! Et si vous n’avez pas d’amoureux ou d’amoureuse, un peu de temps pour soi quand on a plusieurs enfants, ça fait du bien aussi.

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