9/11 ans

Voyage scolaire : c’est dur de se séparer !

Départ en classe de neige. Les parents se réjouissent de l’expérience qui attend leur enfant, mais appréhendent la séparation qui est parfois, une première fois ! Le Ligueur était au départ du car à destination de la Savoie qui amenait élèves et instituteurs de l’école Saint-Pierre de Charleroi vers les sommets enneigés. Papas et mamans nous livrent leurs conseils pour vivre au mieux ces dix jours « sans le petit ».

Voyage scolaire : c’est dur de se séparer ! - Thinkstock

Le grand sourire de Corentin contraste un peu avec les mines inquiètes des parents qui l’entourent. Dans une demi-heure, cet élève de 6e et toute sa classe s’apprêtent à partir pour les Alpes françaises, à Marcinelle-en-Montagne. Si Corentin est déjà en train d’explorer la petite place de Montignies-sur-Sambre à la recherche de ses futurs copains de chambre, sa maman reste près des sacs.
Le bus va bientôt arriver, l’avertit Murielle. Et de nous confier : « Le plus difficile, c’est le départ. Mais je pense que ça va vraiment lui faire du bien. Il était déjà parti en classe verte et ça l’avait aidé à s’épanouir et à devenir plus indépendant. »

Trajet : première source d’inquiétude

Pour Murielle, comme pour les parents des vingt-trois élèves en partance pour la Savoie, l’inquiétude et le sentiment d’éloignement à tendance à gâter le plaisir. « J’ai réellement peur du trajet. Je ne serai rassurée que quand j’aurai reçu le message qui confirme qu’ils sont bien arrivés », nous dit la maman de Marion.
Le trajet est la première source d’angoisse des parents, mais aussi des enfants car on leur en a beaucoup parlé. La directrice de l’école, Anne Pierrard, se veut rassurante : « Nous avons deux chauffeurs de bus qui se relaieront pendant la nuit et nous veillerons à ce que les enfants gardent bien leur ceinture de sécurité. »
La directrice comprend le stress des parents mais rappelle que, malgré les tristes évènements de 2012, les accidents de ce genre sont rares et ne devraient pas empêcher les élèves de partir.

Tout autre en groupe

Médicaments, dernières recommandations et questions angoissées… Madame Bénédicte, comme l’appelle les enfants, a encore beaucoup à faire. Dans le coin de la place où se trouve l’institutrice, les parents défilent pour se rassurer une dernière fois.
« Beaucoup de grands-parents et de parents viennent me voir en me disant : ‘Occupez-vous particulièrement de lui, il va avoir du mal à se débrouiller seul‘, raconte la titulaire de la classe. Par habitude, je sais que quand nous sommes là-bas, tout se passe bien. Les enfants n’agissent pas de la même façon quand ils sont en groupe ».
Six ans déjà que Bénédicte Lourtie part avec sa classe de 6e découvrir les joies de la montagne. Pour l’institutrice, la véritable découverte, ce sont les élèves qui se révèlent dans ce contexte extrascolaire. « Un enfant seul trouve sa place dans le groupe. Il devient plus autonome. Des côtés positifs de sa personnalité se dévoilent. On voit une solidarité se créer et des affinités naître entre les jeunes. »
Le voyage scolaire est donc une découverte de soi-même et bien plus encore. « Faire du ski et voir la neige », dit Chamyae, 12 ans qui n’est encore jamais allée en montagne. « Passer des soirées avec mes copines », renchérit Alizée, 11 ans. Pendant ces dix jours, les enfants vont varier les plaisirs entre cours de ski, activités pédagogiques et excursions.
Pour suivre au quotidien les activités de leur fille ou de leur fils, les parents ont accès à un blog sur lequel des photos seront publiées. Ils pourront également écrire des mails et recevoir des cartes de leurs enfants. Et… c’est tout ! Les parents sont les premiers à déjà ressentir le manque…

Difficile de couper le cordon

« Ça va être dur », soupire une maman. Dur, sans doute, mais pour qui ? Adultes et enfants semblent sereins. Quelques yeux brillent… le froid peut-être. Quand soudain apparaît le bus et avec lui toutes les émotions qu’on avait retenues jusqu’alors.
Sa petite dernière serrée contre lui, le papa d’Ulrich a du mal à retenir ses larmes. « Je suis ému, car c’est la première fois que nous sommes séparés. Nous passons beaucoup de temps tous ensemble. Nous sommes très proches ». Autour de ce jeune instituteur, d’autres visages se crispent. Ceux des adultes !
« C’est un réel apprentissage pour les parents. Ils doivent couper le cordon, commente Madame Bénédicte. Avant le départ, nous tenons des réunions pour les préparer autant que leur enfant à ce séjour. Il faut les rassurer, leur expliquer qu’ils peuvent nous écrire, mais sans excès. Si l’enfant reçoit trois mails par jour, et ça peut arriver, l’expérience ne sera pas tout à fait la même pour lui. » 
La séparation, chacun la vit à sa façon. Les parents qui ont des enfants dans des mouvements de jeunesse semblent plus habitués. Pour les autres, on invente des petites astuces pour vivre cette absence le mieux possible. « J’ai laissé des petits mots dans sa valise, ses chaussettes, sa trousse de toilette, pour lui rappeler que je pense à lui », explique Géraldine. Son fils Alan, lui, s’est engagé à rester positif, profiter un maximum et penser à sa maman tous les soirs.
Un autre programme tentait bien le jeune Flavian : rester au chaud à la maison. Mais pour sa maman, pas question de rater une si belle occasion de se changer les idées. « Tous ses copains seraient revenus avec des souvenirs et des anecdotes communes. Nous avons donc essayé de le convaincre en lui montrant des photos de montagne, de ski, en le rassurant. Quand son beau-père lui a raconté toutes les bêtises qu’il faisait en voyage scolaire, il s’est décidé ! »
Embarquement. À la fenêtre, Loïc fait signe à sa maman et, en un geste, lui dit de sécher ses larmes. Les portes se ferment. Les mains et les bisous volent de chaque côté des vitres. À dans dix jours.

Cécile Bouniton

AUTANT SAVOIR

Le voyage scolaire : pas obligatoire !

Le coût des voyages scolaires s’avèrent souvent onéreux pour les parents. De 90 € à 1 150 € (pour un voyage rhéto, par exemple), les prix varient selon le type de séjour. Ajoutez à cela le coût de l’équipement qui peut, parfois, doubler la note.
Certains parents rencontrés lors de notre reportage nous ont parlé de dépenses qui s’élevaient à 400 € pour les vêtements et accessoires de ski ! D’autres ont choisi des alternatives moins chères comme l’emprunt de vêtements ou les achats en occasion.
À l’école St-Pierre, à Montignies-sur-Sambre, le prix du voyage est pondéré en fonction du revenu des parents, car l’établissement jouit de Marcinelle-en-Montagne, le centre de vacances que possède la ville de Charleroi. Cela permet à l’établissement scolaire de proposer des prix s’élevant entre 216 et 420 €, soit entre 20 et 40 € par jour.
Mais ce système n’est pas une généralité et les prix peuvent représenter un obstacle pour les parents. «Dans la classe de ma fille, si un parent ne souhaite pas que son enfant participe à la classe de neige qui s’élève à 495 €, l’école demande une justification », raconte Diane, mère de deux enfants.
Si les voyages scolaires ne sont nullement obligatoires, la pression provenant des écoles peut parfois le laisser croire. Erreur de la part de la direction qui pense en toute bonne foi que ces voyages pédagogiques sont obligatoires ou volonté de l’école que tous y participent ?

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