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Youssef et Khadija, un peu de Maroc
à Wavre

Après avoir loué leur logement à Bruxelles pendant des années, Youssef et Khadija ont entamé des démarches pour devenir propriétaires et assurer leur avenir, quitte à quitter la capitale. Leurs efforts les ont menés à Wavre, qu’ils ne connaissaient pas.

Youssef et Khadija, un peu de Maroc à Wavre - © Bea Uhart

Nous sommes sur la chaussée de Louvain, face à un alignement de petites maisons mitoyennes assez semblables, la couleur mise à part. Celle de Youssef et Khadija est blanche. À l'étage, sur le rebord des deux fenêtres, trois jardinières fleuries de pensées. Les seules fleurs du quartier... Le couple y vit avec ses quatre enfants : Imran, Bilal, Reda et Yassine, respectivement 8, 13, 16 et 18 ans.
Ce jour-là, leur grand-mère est de passage. Même si elle ne parle pas français, elle assistera intriguée à notre entretien, allongée sur un des divans qui font le pourtour du salon, avec des coussins à foison et des tentures aux couleurs mauves et violettes.
Aux murs, des cadres dorés avec des phrases en arabe. Et sur des tables basses, des plats avec des pétales de fleurs. Le tout agrémenté de gâteaux marocains et d'un délicieux thé à la menthe maison, préparé par un des fils et monsieur. Le thé : symbole de l'accueil à ses yeux.

Vive le sport

Youssef est arrivé à Bruxelles à 20 ans, il y a donc vécu vingt-sept ans. Il a rencontré son épouse Khadija dans une société de nettoyage où il avait été engagé grâce au… football.
« À l'époque, se souvient-il, je jouais dans des clubs flamands. Le président de l'Incontro Laeken m'avait repéré, mais ne pouvait pas me payer des primes de match. Il m'a alors proposé un CDI dans son entreprise. Dans cette équipe italienne, il y avait un Congolais, un Hongrois, des Flamands, des francophones... »
Que ce soit dans la vie en général ou pour rencontrer de nouvelles personnes, Youssef voit dans le sport de nombreuses opportunités. Il pourrait difficilement s'en passer et il essaie de transmettre cette passion et les valeurs qu'elle véhicule à ses enfants.
« J'ai été quasi professionnel à Tanger où j'évoluais en 3e division. La plage a été mon école de foot, ce qui est très différent des clubs belges. Aujourd'hui, j'ai remplacé le foot par la natation. Le sport est inséparable de moi. C'est lui qui me donne un esprit positif, optimiste. »

Une maison pour la vie

Youssef et Khadija ont emménagé en juillet 2016. Acheter était devenu pour eux une priorité. « En Belgique, se loger est un vrai problème, surtout avec une famille nombreuse. Si on loue un appartement, on dépend du propriétaire s'il décide de vendre. Pour un logement social, j'ai dû attendre onze ans. Nous n'étions que ma femme et moi au moment de la demande, mais six une fois le dossier accepté ».
Devenir propriétaire ne fut cependant pas simple : « On a souffert pour avoir ça. Je ne travaillais pas. On n'était jamais accepté, à cause d'une sélection sur base de la fiche de paie, du nombre d'enfants... ». Jusqu’au moment où on leur parle d’une possibilité d’achat en viager. Ils visitent la maison en un clin d’œil. Pour constituer le fameux bouquet indispensable à tout achat en viager, Youssef vend un appartement de vacances qu'ils avaient au Maroc, inoccupé onze mois sur douze.
« Si nous sommes devenus propriétaires, c'est grâce à ma femme, avoue-t-il, car je ne me décidais pas. C'est elle qui a insisté de peur de rater l'occasion. Je n'avais jamais pensé habiter dans cette ville. Nous n'avons pas choisi Wavre, c'est Wavre qui nous a choisis. »
Le couple ne cache pas son bonheur : « C’est la première fois que j’ai un jardin, se réjouit Youssef en insistant pour nous le montrer. J’ai planté les premières tulipes de ma vie. Un vrai bonheur. C’est un plaisir pour les autres aussi. Ma voisine m’a dit qu’elle était heureuse de voir ces fleurs. Les plantes, c’est la vie ».

L’intégration par l’emploi

Avoir leur maison a apporté un vrai soulagement dans leur existence. « Le problème de logement est réglé à vie. Cela nous permet de réfléchir à d'autres projets ». Parallèlement à leur déménagement et à l’achat de cette maison, Youssef imaginait difficilement son intégration et sa nouvelle vie sans retrouver un emploi. Il prend dès lors contact avec le Forem de Wavre qui lui renseigne la Mire (Mission régionale pour l’emploi) de Chaumont-Gistoux.
« Comme au football, on m’a mis en contact avec un coach. Je le rencontrais une fois par semaine. Il m’a aidé à refaire mon CV, m’a donné des adresses. Parfois, il appelait des patrons lui-même ». Youssef se présente aussi dans des entreprises du zoning industriel où il dépose des candidatures spontanées et s’inscrit dans des agences intérimaires. Un jour, il décide de tenter sa chance à l’hôtel de ville.
« Je suis tombé sur une dame super gentille, se souvient Youssef. Elle m’a demandé si j’accepterais un contrat de remplacement pour quinze jours. Même pour une semaine, j’étais d’accord. Quelques jours après, elle m’a appelé pour me proposer quinze jours en remplacement au service entretien de la ville. Puis un mois, puis six mois. Je croise maintenant les doigts pour un contrat à durée indéterminée. Tout le monde me dit espérer que je reste dans l’équipe. Cette dame, je l’aime particulièrement, car elle a été mon premier contact à la ville et elle m’a fait confiance ! »

Le bien-être de la famille

À Bruxelles, les enfants fréquentaient des écoles néerlandaises. « J'adore les langues, nous confie Youssef. Un proverbe dit que si on apprend la langue d'un peuple, le mal de ce peuple s'éloigne de vous. C'était important pour nous qu'ils soient en immersion à Jodoigne ou Ottignies. Au début, les garçons étaient perturbés par ce déménagement, mais ma femme et moi étions certains que ce ne serait qu'une période de transition, une question de temps. Ils s'étaient fait des copains à Bruxelles, ils s'en feraient d'autres ici. Et puis, il y a le sport. Dès l'âge de 5 ans, ils en ont tous pratiqué un : du taekwondo, du karaté, de la boxe... Une fois que le premier est inscrit dans un sport, les autres suivent. Les communes aident aussi avec les chèques-sport. Aujourd'hui, Bilal joue au foot au Racing Jet de Wavre, Imran participe aux activités sportives de l’école en attendant de pouvoir commencer le football à Wavre. J’ai aussi acheté un Golden Pass Family à Aqualibi, ce qui permet de rencontrer des gens ».
Khadija part aussi à la découverte de Wavre sur internet et cherche d’autres activités pour les enfants, mais aussi… pour elle-même. « Ils vont maintenant au parc de l’Orangerie, m’explique-t-elle, à la maison de quartier Vitamine Z où il y a des jeux pour les jeunes. L’équipe de la cohésion sociale organise pas mal de choses, comme une excursion à Disneyland. Il y a aussi la bibliothèque où Bilal va chaque mercredi. Tout le monde le connaît. La commune aide aussi les jeunes à trouver un job pour les vacances ».
De son côté, Khadija a rencontré une éducatrice de rue de la cohésion sociale. Elle a rejoint une association qui s’intéresse aux droits des femmes. « Nous avons préparé des gâteaux marocains pour le marché de Noël de la place Bosch. Nous allons visiter l’église, la mosquée, un musée… », se réjouit-elle.

Le verre de l’amitié

Après avoir reçu un carton d’invitation de la Ville de Wavre, Youssef et Khadija ont eu l’occasion de participer à la réception organisée le dimanche 29 janvier à l’intention des familles installées dans l’entité en 2016. Première surprise du couple marocain : plus de deux cents nouveaux Macas, le surnom des Wavriens, s’étaient inscrits à cette cérémonie d’accueil annuelle.
Il faut dire que 1 257 familles se sont domiciliées à Wavre en 2016 pour 34 162 habitants de 114 nationalités différentes ! La cérémonie a permis aux autorités, au CPAS et à la police locale de présenter quelques actions communales, autour d’une dégustation de tarte au Stofé en compagnie de la Confrérie et d’un buffet apéritif permettant de poursuivre les échanges, de mieux faire connaissance entre voisins et de poser pour quelques photos-souvenirs !
« La bourgmestre a remercié mon mari pour la qualité de son travail », confie Khadija avec fierté. « Quand les gens ont une bonne impression de vous, le bouche à oreille aide à en rencontrer d’autres. Tout le monde veut faire votre connaissance », conclut Youssef avec un large sourire.

Michel Torrekens

En pratique

  • Vous êtes prêts à témoigner du bon, du mauvais ou du non-accueil vécu lors de votre installation dans un nouveau lieu ? Merci de nous communiquer vos coordonnées pour un prochain portrait à l’adresse : m.torrekens@leligueur.be
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