Tribu curieuse : les bons plans du Ligueur

 

Namur Musée

Un pavillon à la magie numérique

Un pavillon à la magie numérique

Toute l’année

À Namur, le Pavillon est ouvert depuis un mois. Dans ce nouveau lieu d’expo,  la culture digitale se vit notamment en famille. Près pour le grand bond numérique ? Suivez le guide !

Par Thierry Dupièreux

Si ce Pavillon sent encore autant le neuf, c’est qu’il n’est pas complètement terminé. Installé au sommet de la citadelle, il vient de s’offrir une première ouverture avant une nouvelle phase de travaux qui débutera à l’été. Le bâtiment, érigé sur l’esplanade de l’ancienne place forte, est un recyclage de luxe. L’ensemble a été créé par l’architecte namurois Patrick Genard pour l’exposition universelle de Milan, en 2015. Il a donc été démonté, puis transporté dans la capitale wallonne.
En attendant l’ouverture définitive, l’endroit (géré par l’asbl KIKK) se livre en mode temporaire avec des œuvres qui allient prouesses technologiques, réflexions et démarches artistiques. Les trois forment un cocktail ludique et stimulant qui a la faculté d’accrocher toutes les générations en vulgarisant, en démystifiant.
« L’objectif, c’est vraiment de s’adresser au plus grand nombre et donc aux plus petits. C’est d’ailleurs incroyable le nombre de parents et de grands-parents qui viennent accompagnés de leurs enfants et petits-enfants ». Celle qui parle ainsi, c’est Milan, notre guide. On lui a demandé de nous faire découvrir le lieu à hauteur d’enfant. Un vrai bonheur.

La clé humoristique

Devant un robot jaune planté sur un banc d’école, Mélodie, 7 ans, se fend d’un regard amusé. Elle observe l’étrange créature mécanique écrire une punition en de multiples exemplaires avec application. « C’est une œuvre de Filipe Vilas-Boas », souffle notre guide. Le robot est puni à titre préventif contre les crimes qu’il pourrait perpétrer contre les hommes. Une référence aux trois règles de la robotique dressées par l’auteur de science-fiction Isaac Asimov. « L’œuvre amène à réfléchir sur le rôle du robot dans la société. Elle le fait par le biais de l’humour. Pour accrocher les enfants, c’est une bonne porte d’entrée ».
Les différents degrés de lecture permettent de toucher tous les publics avec un sens aigu de la pédagogie. « Vu les mesures sanitaires, il n’y a pas de visites guidées. Par contre, il y a un personnel de salle qui est là pour jouer le rôle de médiateur. Il peut amener contexte et explications. Ça permet d’approfondir et de rendre le contenu de l’expo encore plus accessible ».
Poursuivons l’exploration du rez-de-chaussée. D’étranges bocaux abritent des sortes d’embryons de robots. Une bouche articulée se met en mode papote. Le tout intrigue et suscite des questions. « Là, c’est une partie de l’expo qui accroche beaucoup les enfants. Il est question des deepfakes ». Il s’agit par exemple de ces visages (notamment de célébrités) que l’on colle sur d’autres corps et à qui on fait dire n’importe quoi. « Cela peut lancer le débat sur ce qu’on voit sur internet, sur les fake-news. Ça questionne aussi sur le fait de mettre ses images à tort et à travers sur internet ».
Tiens, à propos de visage modifié, Liam, 8 ans, vient de donner ses mimiques à un portrait de Dali pour entonner une chanson de Madonna. « C’est un photomaton karaoké basé, lui aussi, sur la technologie du deepfake. Il a son petit succès. Devant, il y a toujours une belle petite file ».

Terrain de jeu

Mais il est grand temps de se rendre au sous-sol. « Là, c’est vraiment la partie qui a été pensée pour les enfants. Elle ne s’appelle pas Playground (terrain de jeu) pour rien. Le week-end, ça court et ça crie dans tous les sens. C’est vraiment chouette ». L’endroit, 100% interactif, joue sur les couleurs et la pénombre. On comprend que les enfants s’y attardent comme ces deux frangines devant « Ego » de Klaus Obermaier.
Face à elles, des formes traçant des silhouettes géométriques les suivent comme des ombres devenues folles. « Ici, les grands retournent en enfance et les petits y restent. Quant à nous, on y passe souvent nos pauses de midi », glisse Milan avec malice.
Bien occupés également cette balançoire connectée à un ciel étoilé ou encore ces écrans qui vous déstructurent la petite famille façon « tableau célèbre ». « J’aime particulièrement cette installation-ci, confesse notre guide. Elle est de Superbe, un collectif namurois. On enregistre un son et puis on joue sur la vitesse et la tonalité. Au début, on dirait un gag. Mais sans s’en rendre compte, les enfants se lancent dans l’élaboration d’une œuvre sonore collaborative et complexe ».
À l’étage, les plus petit·e·s seront intrigué·e·s par ce miroir qui refuse de les regarder, tandis que les plus grand·e·s seront interpellé·e·s par les questions de normalité, d’intelligence artificielle et de reconnaissance faciale.
On termine la visite conquis et séduit. Le pari de surprendre et d’émerveiller afin d’amener à la réflexion et au questionnement fonctionne. « Peut-être que ça suscitera des vocations parmi les enfants qui viennent nous rendre visite ». Ce qui est sûr, c’est qu’au minimum, ils ressortiront de ce voyage inédit avec des images et des sons plein la tête.

En pratique

Les tickets se réservent sur le-pavillon.be. C’est 8 € pour les adultes, 5 € pour les 7 à 18 ans, gratuit jusqu’à 6 ans.

 

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