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Avril 1953 : J’ai du bon tabac…

Avril 1953 : J’ai du bon tabac…

De la pub pour le tabac dans le Ligueur ? Ben, oui, nous sommes en 1953. Bien loin de l’interdiction de « parrainage ou de publicité » qui va frapper définitivement cigarettes et cigares en 1999. Une décision prise à reculons par les autorités belges qui ont longtemps tergiversé avant d’être plus strictes vis-à-vis de la réclame faite au tabac. Ce n’est d’ailleurs que depuis le début de cette année que cette pub est complètement interdite, puisque que jusqu’ici, les points de vente (librairies, etc.) profitaient encore d’une exception.
Il faut savoir qu’un de ceux qui ont fait avancer la cause des anti-pubs pour le tabac, c’est (un peu malgré lui) Eddy Merckx. En 1979, notre héros sportif national avait été recruté pour vanter les mérites de « R6, la première cigarette pauvre en goudrons avec tant de saveur ». L’affaire fera grand bruit et alimentera les argumentaires de ceux qui s’opposent à la promotion des « produits tabagiques ». Eh oui, vendre de la graisse à frites Resi ou un tonneau de poudre Ariel, ce n’est pas la même chose que d’inviter à la fumette. On ne peut pas manger à tous les râteliers, le Cannibale l’apprendra à ses dépens.
Mais revenons à nos cibiches. En 1953, les produits belges font souvent l’objet de publicités. Ils sont portés comme des étendards par les stratèges de la communication. Chocolat Côte d’Or, chicorée Pacha… Le noir-jaune-rouge est vendu à toutes les sauces dans votre magazine. Dès lors, pas étonnant que, lorsqu’il s’agit de vendre du tabac, c’est celui de la Semois, produit du terroir, qui pointe le bout de ses feuilles.
On l’a un peu oublié, mais le tabac de la Semois a eu son heure de gloire. Réintroduit au milieu du XIXe siècle, sa culture s’est rapidement développée, ce tabac étant apprécié pour son arôme. Mais voilà, dans les années 50, sa réputation ne suffit plus à le faire vendre. La production est limitée et, surtout, la concurrence venue de l’étranger est sans merci. De 1950 au début des années 80, le nombre de planteurs va partir en fumée. On est passé de 15 millions de plants à quasiment plus rien.
Depuis une bonne trentaine d’années, certains ont relancé cette culture, mais on est bien loin des quantités produites jadis. Du côté de la manufacture de tabac Manil-Goosse, installée à Corbion, on estime qu’aujourd’hui, il reste une demi-douzaine de planteurs le long de la Semois. Une activité qui, désormais, relève plus du folklore, du tourisme et de la tradition que de l’essor économique d’une région.
T. D.