Les coups de cœur du Ligueur

 

 Les archives du Ligueur

Avril 1991 : la force du soleil levant

Avril 1991 : la force du soleil levant

Il y a quelques semaines, on vous parlait d’une archive retrouvée où Daniel Fano, regretté collaborateur éclairé du Ligueur, dégommait avec ardeur le dessin animé Ulysse 31. Un vrai procès à charge signé en 1982 où notre homme ne semblait souhaiter qu’un hara-kiri pour les films d’animations japonais de l’époque (Goldorak, Albator, etc.). Daniel Fano, vieux grincheux, rétif au changement ? C’est mal le connaître ! En avril 1991, le voilà qui rédige un article baptisé Jap jap jap, hourra  !, où il fait l’apologie d’un manga devenu culte, Akira
Soyons clair, avant qu’Akira ne débarque, le manga en occident n’est pas vraiment en odeur de sainteté. Son graphisme est raillé. Le fond des histoires est critiqué. Trop de violence. Trop de sexe aussi. Le manga est méconnu et recouvre une réalité beaucoup plus large que l’image d’Épinal qu’on lui colle.
Lorsqu’il découvre Akira, Daniel Fano s’emballe dans le Ligueur : « Récit d’anticipation fondé sur les réalités d’aujourd’hui, le chef d’œuvre de Katsuhiro Otomo conjugue avec une rare maîtrise la sophistication artistique et les fantasmes populaires ». Il souligne au passage les clins d’œil aux films Blade Runner et Shinning.
Daniel Fano résume son approche ainsi : « Akira est un phénomène éditorial et culturel qui nous incite à nous intéresser à l’univers des mangas, les bédés japonaises ». Le journaliste du Ligueur a parfaitement capté ce qui est en train de se passer : avec Akira, c’est tout un pan de la culture nippone qui s’apprête à envahir le marché européen. Et il s’agit de l'explorer de façon raisonnée afin de séparer le bon grain de l’ivraie. Avec Akira, Daniel Fano tient le bon bout, « c’est une exception, qui tient un propos universel propre à passionner en occident les bédéphiles adolescents et adultes lassés par trop de virtuosités vides ».
En 1991, la version film sortira en France, achevant d’installer le côté mythe de la série. De son côté, l’auteur Katsuhiro Otomo deviendra, en 2015, le premier Japonais à être sacré au festival de la Bande dessinée d’Angoulême. Il y recevra le Grand Prix. Mais son plus grand mérite restera sans aucun doute d’avoir été adoubé par l’érudit Daniel Fano, dès 1991, dans les pages du Ligueur
T. D.