Les coups de cœur du Ligueur

 

 Cinéma

Il était une forêt

Il était une forêt

Je sais maintenant pourquoi j’éprouve un étrange sentiment de bien-être et de sérénité chaque fois que je me promène dans les bois. Les arbres ont une temporalité différente de la nôtre. Ils règnent sur le temps tandis que nous régnons sur l’espace. Un arbre vit immobile durant des centaines d’années : il incarne le temps, ce temps qui nous manque cruellement. L’arbre nous regarde et nous protège. Les forêts tropicales remontent à la nuit des temps. Cette forêt primaire subsiste dans son état originel où chaque organisme, du plus petit au plus grand, connecté l’un à l’autre, participe à l’avènement d’un biotope précieux pour l’humanité. Une forêt arrive à maturité après sept siècles de croissance et de décomposition en humus. Le botaniste Francis Hallé a regardé pendant cinquante ans les arbres naître, vivre et mourir. Juché au faîte de la canopée, l’homme des bois contemple l’univers mystérieux du monde végétal et touche « quelque chose qui le dépasse, mais dont il apprécie la grandeur. »

Il n’imaginait pas la forêt disparaître aussi vite de la main de l’homme. La déforestation aveugle ruine des vies séculaires en quelques minutes. Luc Jacquet (La marche de l’empereur, Le renard et l’enfant) signe un passionnant documentaire sur le robuste ami de l’homme. Il invente un système de travelling pour tourner à 70 mètres de haut, en virevoltant dans des ramures gigantesques. Le cinéaste naturaliste recourt également à l’animation en surimpression pour illustrer divers phénomènes se déployant sur des dizaines d’années.

La forêt naît avec des arbres pionniers qui poussent et meurent ensemble à 50 ans. Pendant ce demi-siècle, des graines germent tranquillement à l’ombre des pionniers. Les pionniers disparus, place aux essences géantes, nourries des arbres défunts, transformés en humus par les décomposeurs. Sentant leur fin proche, après des siècles figés à la verticale, les anciens libèrent des graines disséminées au loin par le vent, l’eau et les pattes d’animaux. Ainsi les arbres voyagent et renaissent en terrain vierge.

Précieuse forêt qui règle le cycle de l’eau, stocke le gaz carbonique (photosynthèse) et modèle le sol. Voici 2 000 ans, les forêts couvraient 80 % de nos régions, contre 34 % aujourd’hui (source Imagine n°100). La déforestation massive dans l’hémisphère sud touche principalement le Brésil et l’Indonésie, mais elle ralentit, tandis que les pays tempérés reboisent. Ouf ! Un film à voir en famille pour enraciner la conviction que l’arbre et l’humain forment un tissu vivant solidaire.

Patrice Gilly

Toutes les séances.

 

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