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Janvier 1971 : quand « Ma chérie » fait entendre sa voix

Janvier 1971 : quand « Ma chérie » fait entendre sa voix

On l’a déjà évoqué dans cette rubrique : au début des années 1970, la lutte pour le droit des femmes prend différentes formes. C’est le cas dans le Ligueur où, petit à petit, l’image de la femme au foyer parfaite des années 50 a fait place à celle de femmes qui revendiquent leur place dans la société, au même titre que les hommes. Il s’agit de démonter les clichés, de changer les mentalités.
D’où ce petit jeu du Ligueur qui, en janvier 1971, participe, à sa manière, à une certaine forme d’émancipation. Dans les magazines de l’époque, le dessin d’humour est une entreprise florissante, chacun publie sa blague dessinée mettant en scène, généralement, un moment de la vie quotidienne.
Star récurrente, malgré elle, de ces dessins : la « blonde », comprenez la femme. Bonne à faire le ménage et encaisser les réparties moqueuses de son mari, elle passe son temps à faire la vaisselle et à écrabouiller des voitures quand elle est plus jeune. Ou alors à être acariâtre et revêche lorsqu’elle est plus âgée. L’homme a souvent le crachoir et la femme, peu de répartie.
Le Ligueur a donc décidé d’inverser la tendance. Dans ce jeu, les lectrices sont invitées à répondre à la saillie du mari qui se plaint de choses essentielles à la hauteur d’un plat un peu trop cuit. Bon, il arrive que les réponses envoyées se limitent au bon mot, au simple gag qui parfois même renforce le cliché. Dans le cas du plat un peu carbonisé, le mari déclare : « Et si tu demandais la recette à ta mère ? ». Propositions de lectrices : « Mais c’est celle que TA mère m’a donnée ! » ou encore « Maman fait plus de sauce, mais papa gagne plus ».  
Du florilège, on retiendra celle-ci : « La vraie cuisine conjugale, mon chou, c’est aussi l’affaire du mari ! ». Cette lectrice de Braine envoie un uppercut verbal au mari qui n’a plus qu’à manger son rôti carbonisé avec la moue des vaincus. Un peu comme l’autre conjoint dans l’illustration ci-dessus, rembarré par sa chérie dans la cuisine, au moment où il lui propose de choisir vaisselle ou cinéma. « Si tu veux m’aider, l’un n’empêche pas l’autre ! », réplique la blonde aux grands yeux par la voix d’une lectrice.
Partage des tâches et de la charge mentale ? Oui, des lectrices du Ligueur, par le biais de l’humour, s’en faisaient bien les porte-drapeaux en ce début des seventies.
T. D.