Les coups de cœur du Ligueur

 

 Les archives du Ligueur

Mai 1966 : hippie, hippie, Hourra

Mai 1966 : hippie, hippie, Hourra

En 1966, si le mot beatnik doit être apposé à une personnalité du moment, nul doute qu’Antoine figure en bonne place. Cette année-là, celui-ci sort ses fameuses « élucubrations », ainsi que le single Un éléphant me regarde, petit bijou rare de psychédélisme à la française. À lui seul, il personnifie un look qu’aujourd’hui on rapproche plus du terme hippie. En ce mois de mai 1966, les lecteurs du Ligueur doivent donc avoir l’image du chanteur français en tête lorsqu’ils lisent cet article épinglé dans nos archives.
Au cœur de l’histoire racontée, un étudiant écossais qui « se rendait à un stage de travail Jeunesse et Reconstruction » en France. Malgré son objectif de villégiature plutôt louable, le jeune homme s’est fait refouler à la frontière française. Pourquoi ? Parce qu’il ne possédait pas de billet retour et surtout parce que son allure n’inspirait pas confiance aux pandores. Cheveux longs, sac au dos, guitare en bandoulière, ce n’est pas une tenue pour entrer en France. Bref, go home. Ce fait divers a eu les honneurs des pages du journal Le Monde. Et le Ligueur s’en fait l’écho.
Pourquoi cet intérêt ? C’est que ces derniers temps, les hippies se retrouvent victimes de discrimination en France. Sont évoquées notamment des mesures prises « contre des jeunes trop chevelus qui avaient pris leurs quartiers sur les quais de la Seine ». Citant Le Monde, votre magazine de l’époque explique les origines du mouvement qui, d’une vie en marge de la société, a décidé de s’opposer à celle-ci. « Les nouveaux beatniks protestent volontiers contre la guerre au Vietnam et manifestent en faveur des droits civiques des noirs. Ils défient les tabous au lieu de les ignorer et s’emploient à choquer parce qu’ils ne désespèrent plus ».
Face au rejet des hippies, le Ligueur prend la défense de ces derniers en relayant les propos d’un observateur averti : « On sait qu’il est malheureusement bien facile d’exciter cette hostilité des foules à l’égard de ceux qui leur sont étranger. Cette hostilité est de même nature que la xénophobie, l’antisémitisme et le racisme ». Le Ligueur en rajoute une couche en ajoutant que cet incident de police « nous ouvre les yeux sur l’épaisseur et la rigidité du moule social dans lequel nous nous enfermons ».
Mais 68 n’est pas loin. Pendant ce temps, Antoine entonne : « Si je porte des chemises à fleurs, c’est que je suis en avance de deux ou trois longueurs. Ce n’est qu’une question de saison, les vôtres n’ont encore que des boutons ».
T. D.